1. Définition :

L’abcès du sein est une collection de pus, limitée par une coque inflammatoire, développée dans le parenchyme mammaire.

2. Origines de l’abcès :

Les origines de l’abcès mammaire sont essentiellement l’allaitement : l’abcès est le plus souvent secondaire à un engorgement mammaire, à une crevasse, porte d’entrée du germe, à l’échec du traitement d’une lymphangite ou d’une galactophorite.

C’est la complication septique la plus sévère de l’allaitement.

Mais l’abcès du sein peut aussi survenir en dehors du contexte de l’allaitement :

– après une chirurgie du sein,

– être révélateur d’un cancer du sein sous-jacent (à ne pas méconnaître),

– survenir « de novo », c’est à dire sans cause connue.

3. Epidémiologie et facteurs de risque :

1) Epidémiologie :

– Complique 5 à 10 % des galactophorites / lymphangites non traitées ou mal traitées.

– 90 % des abcès mammaires surviennent en période d’allaitement, surtout entre la 2ème et la 6ème semaine post-partum.

– 10 % concernent des femmes non allaitantes (abcès non puerpéraux), souvent en lien avec le tabagisme ou un terrain particulier (diabète, obésité, immunodépression). 

2) Facteurs de risque :

– Facteurs liés à l’allaitement :

. Stase lactée (tétées insuffisantes, engorgement, limitation des tétées du côté douloureux, mauvaise mise au sein, frein de langue court chez le nourrisson, hyperlactation).

. Crevasses ou plaies mamelonnaires persistantes.

– Facteurs généraux :

. Tabagisme (notamment dans les abcès sous-aréolaires récidivants).

. Diabète, obésité, immunodépression.

– Facteurs de prise en charge :

. Retard de consultation pour mastite ou galactophorite.

. Antibiothérapie inadaptée ou trop courte, absence de drainage adéquat.

4. Physiopathologie :

– Stase lactée :

. Vidange insuffisante du sein (tétées espacées, mauvaise prise du sein, hyperlactation).

. Œdème et dilatation des canaux galactophores.

– Inflammation → infection :

. Lésions du mamelon (crevasses, morsures) = porte d’entrée bactérienne.

. Colonisation bactérienne (surtout par Staphylococcus aureus).

– Constitution de l’abcès :

. Foyer suppuré localisé, entouré d’une coque fibreuse ; la masse devient fluctuante, douloureuse, chaude.

– Evolution spontanée :

. Fistulisation cutanée ou galactophorique (écoulement purulent mamelonnaire).

. Extension à plusieurs logettes (abcès multiples, phlegmon), risque de sepsis.

5. Diagnostic clinique :

1) Interrogatoire :

– Contexte obstétrical et lactation :

. Date de l’accouchement, allaitement exclusif ou mixte, côté atteint.

. Installation progressive d’une mastite / galactophorite dans les jours / semaines précédentes.

– Symptômes actuels :

. Douleur mammaire intense, localisée, pulsatile, insomniante (réveille la patiente la nuit).

. Sensation de « boule chaude » dans le sein, avec impression de tension extrême.

. Fièvre élevée (souvent ≥ 39–40 °C), frissons, sueurs, altération marquée de l’état général.

. Difficulté ou impossibilité d’allaiter du côté atteint (douleur insupportable à la succion).

. Eventuel écoulement purulent par le mamelon ou un orifice cutané.

2) Examen physique :

– Signes généraux :

. Fièvre élevée : ≥ 39-40°C, souvent oscillante (en plateau ou en dents de scie).

. Altération marquée de l’état général : asthénie intense, anorexie, prostration, frissons, sueurs profuses.

. Possible tachycardie, parfois hypotension (recherche sepsis *).

[ Sepsis : fièvre élevée ou hypothermie, tachycardie (> 100 bpm), tachypnée (> 22/min), hypotension artérielle persistante malgré remplissage, confusion ou altération conscience, oligurie ; hyperlactatémie biologique (>2 mmol/L)].

– Examen du sein :

. Inspection :

. Sein augmenté de volume, tendu, asymétrique.

. Érythème franc, intense, parfois violacé en regard de l’abcès, peau luisante ; parfois aspect de peau d’orange.

. Déformation locale (voussure), rétraction cutanée si adhérence à la peau.

. Orifice fistuleux cutané ou écoulement purulent mamelonnaire (forme évoluée).

. Palpation (souvent très douloureuse) :

. Chaleur locale, hypersensibilité au toucher.

. Zone indurée, bien limitée, avec fluctuation : signe pathognomonique de l’abcès collecté (sensation de liquide et de ballottement).

. Empâtement inflammatoire périphérique, parfois difficile à distinguer de l’engorgement.

. Adénopathies axillaires douloureuses, mobiles, inflammatoires.

. Signe de Budin : lait exprimé sur compresse contenant des débris purulents jaunâtres (signe inconstant : son absence n’élimine pas l’abcès si le canal est obstrué).

3) Diagnostic différentiel : Cf tableau ci-dessous

⚠️ Chez la femme NON allaitante : toujours éliminer un carcinome inflammatoire du sein (examen, imagerie, biopsie) : pas de fluctuation, pas de fièvre, altération de l’EG (±), pas d’amélioration sous antibiotiques.

6. Examens complémentaires :

1) Echographie mammaire (INDISPENSABLE) :

– Indications :

. Systématique devant toute suspicion clinique d’abcès.

. Toute mastite lactationnelle (lymphangite / galactophorite) qui n’est pas nettement améliorée en 48–72 h malgré un traitement bien conduit.

– Objectifs :

. Confirmer la présence d’une collection liquidienne bien limitée.

. Mesurer le diamètre maximal, préciser la localisation et le nombre de collections.

. Différencier mastite (œdème diffus sans collection) et abcès véritable.

. Guider la ponction et le drainage percutané.

– Signes échographiques : ►

. Signe pathognomonique : collection liquidienne hypoéchogène (pus) ou anéchogène avec renforcement postérieur.

. Paroi épaissie, contours irréguliers ou polylobés.

. Contenu hétérogène (pus, débris nécrotiques).

. Hypervascularisation périphérique au Doppler (coque inflammatoire).

. Épaississement cutané en regard.

. Collections multiples possibles, parfois cloisonnées.

. Mesure : diamètre (important pour la stratégie thérapeutique).

2) Prélèvements bactériologiques :

– Indications : SYSTÉMATIQUES.

– Ponction du pus (aiguille fine) ou prélèvement du pus (au moment du drainage) : examen direct (coloration de Gram) + culture avec antibiogramme.

– Lait maternel (si poursuite de l’allaitement) : après désinfection du mamelon, recueil « milieu de jet », seuil >10³ UFC/mL significatif.

– Hémocultures (si fièvre > 38,5°C ou signes de sepsis) : 2 à 3 paires à 30 minutes d’intervalle.

– Germes habituellement isolés :

. Staphylococcus aureus : 60-90 % des cas :

. SASM (sensible méticilline) : majoritaire.

. SARM communautaire : 5-30 % (en augmentation).

. Streptococcus (groupe A, B).

. E. coli, autres BGN (plus rare).

. Anaérobies (abcès chroniques, fistulisés).

3) Autres examens :

– Bilan biologique :

. NFS : hyperleucocytose avec polynucléose neutrophile.

. CRP : très élevée (> 100 mg/L).

. Fonction rénale, ionogramme (avant ATB IV).

– IRM mammaire (rare) :

. Si doute diagnostique (masse/abcès).

. Abcès profond, rétro-aréolaire complexe.

. Abcès récidivants.

. Bilan d’extension (abcès multiples).

7. Evolution et complications :

1) Evolution naturelle (sans traitement) :

– Fistulisation spontanée :

. Vers la peau : fistule cutanée (cicatrisation longue, séquelles).

. Vers un canal galactophore : écoulement purulent par le mamelon.

– Extension : abcès multiples, phlegmon du sein.

– Septicémie, choc septique (rare mais grave).

– Nécrose du parenchyme mammaire.

2) Complications post-thérapeutiques :

– Récidive (10-20 %) :

. Drainage insuffisant.

. Poches résiduelles non drainées.

. Antibiothérapie inadaptée ou trop courte.

. Facteurs favorisants persistants.

– Fistule chronique :

. Persistance d’un trajet fistuleux.

. Nécessite reprise chirurgicale (fistulectomie).

– Séquelles esthétiques :

. Cicatrice cutanée (incision chirurgicale).

. Déformation du sein (rétraction, asymétrie).

. Dépigmentation cutanée.

– Arrêt définitif de l’allaitement (impact psychologique).

8. Conduite à tenir : stratégie en pratique 

1) Étape 1 : évaluer la gravité et le cadre de prise en charge

– Critères imposant une hospitalisation :

. Signes de sepsis sévère (fièvre > 40 °C, tachycardie >100 bpm, TA instable, frissons intenses, sueurs profuses).

. Abcès volumineux (> 5 cm), collections multiples ou cloisonnées.

. Terrain fragile : diabète, obésité majeure, immunodépression.

. Échec de prise en charge ambulatoire (absence d’amélioration à 48–72 h).

. Contexte social défavorable, impossibilité de suivi rapproché.

– Sinon, prise en charge ambulatoire possible avec ponction échoguidée (abcès < 3 cm) + ATB + surveillance rapprochée.

2) Étape 2 : organiser le drainage

a) Ponction-aspiration échoguidée (1ère intention) :

– Indications :

. Abcès < 3–5 cm, unique, bien accessible à l’échographie, non cloisonné, patiente stable.

– Technique :

. Explications, consentement, prémédication antalgique si besoin.

. Installation en décubitus dorsal, asepsie rigoureuse.

. Anesthésie locale : on injecte de la lidocaïne ® 1 % (xylocaïne) au site de ponction après sélection cutanée, parfois précédée d’un patch Emla  ® 1 heure avant pour les peaux sensibles.

. Guidage échographique : repérage de la zone la plus superficielle, trajet le plus court.

. Ponction à l’aiguille 14–16 G, aspiration lente jusqu’à collapse maximal de la cavité.

. Lavage au sérum physiologique ; prélèvements bactériologiques systématiques pour culture et antibiogramme.

. Pansement compressif ; consignes de surveillance et antalgiques.

. Contrôle clinique et échographique à 48–72 h : reponction si recollection ; plusieurs ponctions possibles tant que bien tolérées.

– Résultats :

. Taux de succès élevé, permettant de conserver l’intégrité du sein et de favoriser la poursuite de l’allaitement.

b) Drainage chirurgical : 

– Indications :

. Abcès volumineux (> 5 cm), collections multiples ou cloisonnées, abcès récidivants, nécrose tissulaire, échec de plusieurs ponctions, signes de sepsis.

– Technique : Cf chapitre spécial

3) Étape 3 : antibiothérapie

– Débuter une ATB probabiliste IV si forme sévère, puis adapter à l’antibiogramme.

– Relais per os dès apyrexie ≥ 48 h et bonne évolution clinique, pour une durée totale de 10–14 jours.

9. Traitement médical :

1) Antibiothérapie :

Principes généraux :

– Toujours associer une antibiothérapie au drainage en cas d’abcès constitué.

– Couvrir Staphylococcus aureus (SASM ± SARM selon contexte épidémiologique local), streptocoques, et parfois anaérobies.

– Adapter secondairement selon l’antibiogramme des prélèvements bactériologiques.

– Voie IV en première intention pour les formes sévères (infection sévère, abcès volumineux, signes de sepsis, hospitalisation).

a) Antibiothérapie probabiliste initiale (avant résultats bactériologiques) :

* Formes sévères / hospitalisation (abcès volumineux, sepsis, terrain fragile) :

Situation

Antibiotique

Posologie

SASM suspecté (contexte communautaire standard)

Amoxicilline-Acide clavulanique IV

1–2 g × 3–4/j

 

ou Oxacilline IV

1–2 g × 4–6/j

 

ou Céfazoline IV

1–2 g × 3/j

SARM suspecté (prévalence locale élevée, échec thérapeutique)

Vancomycine IV

15–20 mg/kg × 2/j

 

ou Clindamycine IV

600–900 mg × 3/j

Allergie aux pénicillines

Clindamycine IV

600–900 mg × 3/j

* Formes modérées, sans critère de sepsis / prise en charge ambulatoire :

– Amoxicilline-acide clavulanique PO : 1 g × 3/j, pendant 10–14 jours.

– Si allergie aux β-lactamines : Clindamycine PO : 600 mg × 3/j.

b) Antibiothérapie adaptée (après antibiogramme) :

Germe identifié

Antibiotique

Posologie

Durée

Staphylococcus aureus (SASM)

Amoxicilline-acide clavulanique

1 g × 3/j PO

10–14 jours

Staphylococcus aureus (SARM)

Vancomycine

15–20 mg/kg × 2/j IV

10–14 jours

 

ou Clindamycine

600 mg × 3/j PO/IV

10–14 jours

Anaérobies

Clindamycine

600 mg × 3/j

10–14 jours

 

ou Métronidazole

500 mg × 3/j

10–14 jours

Streptococcus

Amoxicilline

1 g × 3/j

10–14 jours

 

ou Céfalexine

500 mg × 4/j

10–14 jours

Mycobacterium tuberculosis

Quadrithérapie antituberculeuse

Rifampicine + Isoniazide + Pyrazinamide + Éthambutol

6 mois

c) Modalités pratiques :

– Ajustement thérapeutique : selon les résultats bactériologiques et l’évolution clinique.

– Relais per os : dès amélioration clinique et apyrexie stable ≥ 48 h.

Options de relais per os :

. Amoxicilline-Acide clavulanique : 1 g × 3/j.

. Pristinamycine (Pyostacine ®) : 1 g × 3/j.

. Clindamycine : 600 mg × 3/j.

. Rifampicine + acide fusidique (si SARM) : protocole spécialisé.

– Durée totale : 10–14 jours minimum (par exemple : 10 jours IV + relais PO possible), prolongée si collections persistantes, évolution défavorable ou terrain particulier (immunodépression, diabète).

2) Traitement antalgique :

La prise en charge de la douleur est prioritaire dans la gestion de l’abcès du sein.

Selon la classification OMS par paliers :

– Palier I (systématique) :

. Paracétamol 1 g × 4/j.

– Palier II (si palier I insuffisant) :

. Tramadol ou Codéine (opioïdes faibles).

– Palier III (rare, douleur réfractaire) :

. Morphiniques per os (opioïdes forts).

– Traitement anti-inflammatoire AINS (en association si nécessaire) :

. Ibuprofène, si pas de contre-indication :

. Ibuprofène 400 mg × 3/j (dose standard = 1200 mg/j),

. ou Ibuprofène 600 mg × 3/j (dose maximale = 1800 mg/j).

. Courte durée : 3–5 jours.

. Utiles pour leur double action antalgique et anti-inflammatoire.

Remarque : Les AINS peuvent être associés aux paliers I ou II pour optimiser l’analgésie, en l’absence de contre-indication (ulcère gastroduodénal, insuffisance rénale, grossesse au 3ème trimestre, troubles de l’hémostase).

3) Mesures associées :

– Repos au lit : 24–48 h minimum.

– Hydratation IV : si vomissements ou déshydratation.

– Soutien nutritionnel.

– Surveillance rapprochée :

. Température × 2/j.

. Évolution des signes locaux (rougeur, chaleur, tuméfaction, douleur).

. Tolérance du traitement (effets secondaires, allergie).

. Efficacité clinique à 48–72 h (défervescence thermique, amélioration locale).

10. Allaitement : conduite pratique

Les recommandations récentes insistent sur le maintien de la lactation autant que possible.

1) Pendant la phase aiguë :

– Côté atteint (sein abcédé) : selon la douleur et l’écoulement purulent :

. soit arrêt temporaire de la tétée (tant que pus présent), mais expression régulière au tire-lait toutes les 3–4 h pour éviter l’engorgement, et jeter le lait extrait,

. soit maintien de la tétée si écoulement non franchement purulent et ATB compatibles.

– Côté sain : poursuivre l’allaitement normalement.

2) Reprise de l’allaitement sur le sein traité :

– Après ponction-aspiration :

. Reprise souvent rapide possible, dès que douleur tolérable et diminution des signes inflammatoires, avec surveillance de l’écoulement.

– Après chirurgie :

. Reprise plus tardive, une fois la plaie cicatrisée, disparition des signes inflammatoires locaux, absence d’écoulement purulent et confort maternel suffisant.

11. Surveillance :

– A 24–48 h :

. Contrôle T°, douleur, état général ; vérifier début de régression locale.

. Echographie de contrôle après ponction ou drainage.

– A 5–7 jours :

. Apyrexie, diminution nette de la douleur, réduction de l’induration, tarissement des écoulements.

– A 2–3 semaines :

. Cicatrisation satisfaisante, absence de récidive, évaluation esthétique.

12. Prévention :

1) Prévention primaire (avant l’infection) :

– Information et accompagnement des mères sur la mise au sein, la gestion de la lactation, la prévention de l’engorgement et des crevasses.

– Tétées fréquentes à la demande.

– Drainage efficace des seins (alternance, positions variées).

– Hygiène des mains et des mamelons.

– Soutien-gorge adapté (sans compression).​

2) Prévention secondaire (éviter l’abcès) :

– Diagnostic précoce et traitement rapide des galactophorites/mastites.

– Antibiothérapie adaptée et complète (10-14 jours).

– Drainage mammaire optimal (tétées + tire-lait).

– Surveillance à 24-48 h de toute infection mammaire.

3) Prévention tertiaire (éviter la récidive) :

– Drainage complet de l’abcès.

– Antibiothérapie complète.

– Correction des facteurs favorisants (technique d’allaitement, tabac, crevasses, hyperlactation).

(*) Références :

– CNGOF – Recommandations pour la pratique clinique : Allaitement maternel (2021-2022)

– Academy of Breastfeeding Medicine (ABM) – Protocol #4: Mastitis (Revised 2022)

– OMS – Mastite : causes et prise en charge (2020)

– SPILF – Antibiothérapie par voie générale en pratique courante (2020)

– HAS – Favoriser l’allaitement maternel (2022)

– Collège National de Gynécologie Obstétrique – Infections mammaires du post-partum

📌 Note importante : La prise en charge doit être multidisciplinaire (gynécologue-obstétricien, radiologue, sage-femme, consultante en lactation) pour une approche globale et optimale.

CritèreEngorgementLymphangiteGalactophoriteMastite parenchymateuse
DébutProgressif lent (2-5 jours)Progressif rapide (1-2 jours)
[Sensation de progression continue]
Progressif (2-4 jours)Brutal (< 24-48 h)
[Sensation de "coup de massue"}
FièvreLégère (< 38°C) [< 24 h]Elevée (> 39°C)Modérée (38-39°C) ou absenteElevée (> 38.5°C)
RougeurAbsente / rosée diffuseDiffuse, en nappe ± traînée vers l’aisselleTrajet linéaire, cordonQuadrant localisé
Intensité rougeurLégèreIntenseModéréeIntense
LocalisationDiffuseCutanéeCanalaireParenchyme glandulaire
PalpationTension diffuseChaleur locale, douleur, peau épaissieCordon induréPlacard induré localisé
BilatéralSouventRarementRarementNon (unilatéral)
AEGNon++++/-+++
ÉcoulementLait normalNonLait trouble ± purulentLait purulent possible
Signe de BudinNégatifNégatifPositifPositif
Risque abcèsNonFaible (possible en cas de retard de traitement)ModéréÉlevé

Points clés

• Diagnostic :

– Masse fluctuante = signe pathognomonique.

– Fièvre ≥ 40°C, altération état général marquée.

– L’échographie est l’examen clé : diagnostic, mesure, guidage du drainage, suivi.

– Prélèvements bactériologiques (ponction du pus) = indispensables (culture + antibiogramme).

• Traitement :

– DRAINAGE (ponction ou chirurgie) = OBLIGATOIRE.

Drainage (aiguille pour abcès < 5 cm, incision pour abcès > 5 cm).

– Antibiothérapie (IV puis PO) pendant 10–14 jours, adaptée à l’antibiogramme, en complément du drainage.

– Arrêt temporaire allaitement côté atteint.

– Reprise possible après 3 semaines (si cicatrisation + bactério lait négative × 2).

• Prévention :

– Traitement précoce et complet des galactophorites/mastites.

– Drainage mammaire optimal.

– Antibiothérapie adaptée (durée complète).

⚠️ URGENCE :

– Hospitalisation si sepsis, abcès volumineux, échec ambulatoire.

– Drainage en urgence (dans les 24-48 h).

Question de synthèse

En 20 lignes, rédigez une conduite à tenir structurée devant un abcès du sein de 6 cm chez une femme allaitante, en abordant :

. L’évaluation initiale.

. Les examens complémentaires.

. Le traitement (drainage et antibiothérapie).

. La gestion de l’allaitement.

. La surveillance.

Question de synthèse – Éléments de réponse

Conduite à tenir devant un abcès du sein de 6 cm chez une femme allaitante :

1. Évaluation initiale :

. Rechercher signes de sepsis (fièvre, tachycardie, hypotension).

. Abcès > 5 cm = critère d’hospitalisation.

. Évaluer terrain (diabète, immunodépression).

2. Examens complémentaires :

. Échographie mammaire : confirmer collection, évaluer cloisonnement.

. Bilan biologique : NFS, CRP, ionogramme, fonction rénale.

. Hémocultures si fièvre > 38,5°C.

. Prélèvements bactériologiques lors du drainage.

3. Traitement :

. Drainage chirurgical (abcès > 5 cm) : incision, évacuation du pus, effondrement des cloisons, lavage, mise en place de drains.

. ATB IV probabiliste : Amoxicilline-acide clavulanique 1-2g × 3-4/j.

. Adaptation à l’antibiogramme, relais PO après 48 h d’apyrexie.

. Durée totale : 10-14 jours.

. Antalgiques (paracétamol ± AINS ± palier II).

4. Gestion de l’allaitement :

. Arrêt temporaire côté atteint, expression au tire-lait (jeter le lait).

. Poursuite côté sain.

. Reprise après cicatrisation complète.

5. Surveillance :

. Température, douleur, état local quotidien.

. Pansements quotidiens, raccourcissement progressif des mèches.

. Contrôle à 48-72h, puis 5-7 jours, puis 2-3 semaines.

. Évaluation de la cicatrisation et recherche de récidive.

Récit typique – Abcès d’emblée (rare) :

Mme R., 35 ans, troisième pare à J18 post-partum :

« Docteur, j’ai eu une mastite il y a 5 jours, vous m’aviez mis sous antibiotiques.

Au début ça allait mieux, la fièvre était partie en 2 jours.

Mais depuis avant-hier, alors que je prends toujours les antibiotiques, j’ai à nouveau de la fièvre à 38,5°C.

Surtout, j’ai remarqué qu’au niveau du placard rouge sur le sein gauche, il y a maintenant une boule dure très douloureuse qui s’est formée.

Avant c’était diffus, maintenant je sens vraiment une masse bien délimitée, comme une balle de golf sous la peau.

C’est très douloureux au toucher, pulsatile même.

La peau au-dessus commence à devenir violacée.

Je n’arrive plus à allaiter de ce sein tellement c’est douloureux. »

 

Analyse :

Évolution secondaire d’une mastite.

Notion d’échec de l’antibiothérapie.

Passage de « placard diffus » à « masse collectée ».

Douleur pulsatile caractéristique.

Changement de coloration cutanée.

Impossibilité d’allaiter du côté atteint.

 

———————————–

 

Récit typique – Abcès post-mastite (le plus fréquent) :

Mme T., 27 ans, primipare à J25 post-partum :

« Docteur, je viens en urgence.

J’ai eu une mastite il y a une semaine, j’ai pris les antibiotiques pendant 3 jours puis j’ai arrêté parce que je me sentais mieux et je n’avais plus de fièvre.

Mais depuis 2 jours, la fièvre est revenue à 39°C avec des frissons.

Et surtout, au niveau de la zone qui était rouge, je sens maintenant une grosse boule dans le sein, très dure, très douloureuse.

Quand j’appuie dessus, j’ai l’impression que ça « ballotte », que c’est liquide à l’intérieur.

La peau est tendue, rouge foncé presque violacée par endroits.

Je ne peux même plus toucher mon sein tellement c’est douloureux.

J’ai arrêté d’allaiter de ce côté depuis hier. »

 

Analyse :

Arrêt prématuré de l’antibiothérapie (❌ facteur de risque).

Récidive fébrile après amélioration initiale.

Sensation de fluctuation (« ballotte », liquide).

Douleur exquise au toucher.

Arrêt de l’allaitement (aggravation).

Signe de liquéfaction (abcès constitué).

 

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Récit – Abcès froid (post-partum tardif) :

Mme C., 30 ans, deuxième pare à J45 post-partum :

« Bonjour docteur, depuis 2 semaines j’ai remarqué une boule dans mon sein droit qui grossit progressivement.

Au début je pensais que c’était juste un peu de lait qui stagnait.

Mais maintenant c’est vraiment une masse de la taille d’une mandarine, bien ronde, un peu mobile.

Ce n’est pas très douloureux, juste une gêne.

Je n’ai jamais eu de fièvre, je me sens bien.

La peau au-dessus est un peu rouge mais pas chaude.

J’ai eu une petite mastite il y a 3 semaines que j’ai soignée avec des antibiotiques, mais là ce n’est pas pareil, il n’y a pas de douleur intense ni de fièvre.

Je continue à allaiter normalement.

Mais cette boule m’inquiète parce qu’elle ne diminue pas, au contraire. »

 

Analyse :

Installation très progressive (2 semaines).

Absence de syndrome fébrile (abcès « froid »).

Masse collectée bien délimitée.

Douleur modérée (≠ abcès aigu).

Antécédent de mastite (3 semaines avant).

Consultation tardive (pas d’urgence ressentie).

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