1. Spécialité :

Une seule spécialité contraceptive progestative injectable est actuellement disponible.

DCI

Dosage

Spécialité

Acétate de médroxyprogestérone

150 mg

DEPO PROVERA 150 mg/3 ml susp inj IM ®

2. Mode d’action :

L’effet contraceptif est assuré par trois mécanismes conjoints :

– Inhibition de l’ovulation par action antigonadotrope (suppression du pic de LH).

– Épaississement de la glaire cervicale, la rendant imperméable aux spermatozoïdes.

– Atrophie de l’endomètre, empêchant toute nidation (ce qui explique aussi la réduction des règles).

3. Indications :

C’est un contraceptif de longue durée d’action (3 mois), particulièrement indiqué dans les situations suivantes :

– Contre-indication ou intolérance aux œstrogènes : femmes chez qui la pilule combinée est interdite (ex : tabagisme > 35 ans, antécédents de migraine avec aura…).

– Difficultés d’observance : femmes ayant des difficultés à prendre un comprimé quotidien (oublis fréquents, mode de vie irrégulier) ou pour qui le stérilet (DIU) est refusé ou contre-indiqué.

– Indication psychiatrique ou sociale : peut être proposé aux patientes ne pouvant gérer seules leur contraception de manière fiable, en accord avec l’éthique médicale.

– Femmes allaitantes : compatible avec l’allaitement (idéalement après 6 semaines post-partum).

– Femmes ayant terminé leur projet parental mais ne souhaitant pas de stérilisation définitive.

4. Mode d’administration et posologie :

Ce médicament doit être administré par voie intramusculaire profonde (fessier ou deltoïde).

– Important : bien agiter le flacon avant l’emploi pour homogénéiser la suspension.

– Ne pas masser la zone après l’injection (risque d’accélérer la résorption et de réduire la durée d’action).

– Conservation : température ambiante (ne pas réfrigérer).

1) Posologie et Calendrier :

Une injection de 150 mg assure une contraception efficace pour 12 semaines (3 mois).

a) Première injection :

– Administrer dans les 5 premiers jours du cycle (règles). L’efficacité est alors immédiate.

– Post-partum (femme qui n’allaite pas) : dans les 5 jours suivant l’accouchement.

– Post-partum (femme qui allaite) : de préférence après la 6ème semaine (pour assurer la maturité hépatique du nouveau-né), bien que l’OMS autorise l’usage plus précoce si nécessaire.

b) Renouvellement (Répétition) :

Une injection IM tous les 3 mois (12 semaines).

c) Gestion des retards (Critères OMS) :

– Fenêtre de sécurité : l’injection peut être renouvelée jusqu’à 4 semaines de retard (soit 16 semaines après la précédente injection) sans besoin de test de grossesse ni de protection supplémentaire.

– Au-delà de 4 semaines de retard : il faut exclure une grossesse avant de réinjecter et utiliser une méthode barrière (préservatif) pendant 7 jours suivant l’injection.

5. Efficacité :

L’efficacité est très élevée, comparable à la stérilisation chirurgicale, car elle ne dépend pas de l’observance quotidienne.

Indice de Pearl : 0,3 grossesse pour 100 femmes/année (utilisation correcte).

6. Contre-indications :

1) Absolues :

– Grossesse : connue ou suspectée.

– Méningiome : existence ou antécédent de méningiome. Nouveau critère majeur.

– Cancer du sein : connu ou antécédent (tumeur hormono-dépendante).

– Saignements vaginaux inexpliqués : tant que l’étiologie n’est pas bilantée (éliminer un cancer du col ou de l’endomètre avant de traiter).

– Accidents thromboemboliques veineux ACTIFS : phlébite, thrombose veineuse profonde (TVP), embolie pulmonaire en cours de traitement aigu.

– Maladie hépatique sévère active : hépatite aiguë, cirrhose décompensée, tumeur hépatique.

2) Relatives (évaluation bénéfice/risque) :

Selon les critères de recevabilité médicale de l’OMS :

– Antécédents cardiovasculaires lourds : AVC, cardiopathie ischémique (Infarctus).

– Facteurs de risque multiples : association tabac + âge + HTA + diabète.

– HTA sévère mal contrôlée.

– Diabète compliqué : diabète avec lésions vasculaires (néphropathie, rétinopathie, neuropathie) ou diabète évoluant depuis plus de 20 ans.

– Antécédents de thrombose veineuse (TVP/EP) : l’utilisation est généralement possible (Catégorie 2 OMS) sous surveillance, sauf si risque de récidive majeur ou traitement anticoagulant en cours.

7. Effets indésirables et mise en garde :

1) Troubles du cycle (le plus fréquent) :

C’est la cause principale d’arrêt du traitement. Il faut prévenir la patiente :

– Spotting (saignements légers) : très fréquents et irréguliers durant les 3 à 6 premiers mois.

– Aménorrhée (absence de règles) : s’installe souvent après 9 à 12 mois d’utilisation (concerne 50 à 70 % des femmes). C’est un effet attendu et sans danger (liée à l’atrophie de l’endomètre).

2) Prise de poids :

– C’est le seul contraceptif hormonal dont l’association avec une prise de poids significative est prouvée (stimulation de l’appétit).

– Surveillance de l’IMC recommandée, particulièrement chez les patientes déjà en surpoids.

3) Densité Minérale Osseuse (DMO) :

– L’usage prolongé peut induire une baisse de la densité osseuse (par hypo-œstrogénie relative).

– Cette perte est généralement réversible à l’arrêt.

– Prudence chez l’adolescente : à utiliser si les autres méthodes sont inadaptées, car cela peut affecter le pic de masse osseuse.

– Conduite à tenir : assurer un apport suffisant en Calcium / Vitamine D.

4) Retour à la fertilité :

Le retour à une ovulation normale est différé.

Il faut compter en moyenne 5 à 10 mois après la dernière injection pour concevoir (parfois plus, jusqu’à 12-18 mois), le temps que le produit stocké dans les graisses s’élimine.

Ce n’est pas une cause de stérilité définitive.

8. Grossesse et allaitement :

– Grossesse : en cas de découverte d’une grossesse sous traitement, il n’y a pas de preuve d’effet malformatif sur le fœtus.

La grossesse peut être poursuivie si la patiente le souhaite (arrêt immédiat des injections).

– Allaitement : l’acétate de médroxyprogestérone passe en faible quantité dans le lait mais sans danger pour le nourrisson.

C’est une méthode de choix pour la femme allaitante, recommandée à partir de 6 semaines post-partum.

9. Surveillance et Suivi :

– Avant la première injection : examen clinique (poids, tension artérielle), interrogatoire (recherche d’antécédents de méningiome, thrombose, cancer du sein) et élimination d’une grossesse.

– A chaque injection (tous les 3 mois) :

. Interrogatoire (tolérance, signes cliniques nouveaux : céphalées, troubles visuels…).

. Prise de poids et tension artérielle.

– Signes d’alerte imposant l’arrêt :

. Survenue de migraines sévères ou troubles visuels (faire fond d’œil / IRM pour éliminer un méningiome ou une cause vasculaire).

. Accident thrombo-embolique veineux ou artériel.

. Ictère (jaunisse).

10. Interactions médicamenteuses :

L’efficacité peut être diminuée par les inducteurs enzymatiques puissants (certains anticonvulsivants, rifampicine, millepertuis).

Contrairement aux autres progestatifs, l’impact est réel : il peut être nécessaire de rapprocher les injections (toutes les 10 semaines) ou de changer de méthode.

11. Conclusion :

L’administration trimestrielle de Dépo-Provera est une méthode contraceptive très efficace, pratique et non contraignante au quotidien.

Elle offre un effet protecteur contre le cancer de l’endomètre et traite les règles hémorragiques.

Cependant, elle nécessite une surveillance du poids, de la densité osseuse et une information claire sur les troubles du cycle et le délai de retour à la fertilité.

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