1. Définition :

L’avortement spontané est l’expulsion, avant terme, d’un fœtus non viable.

Il survient de lui-même en dehors de toute tentative volontaire, locale ou générale.

La période pendant laquelle on peut avorter va de la fécondation à la viabilité (28 SA). 

Il existe 2 types d’avortements spontanés : 

– avortements précoces : survenant au 1er trimestre,

– avortements tardifs : survenant au 2ème trimestre.

La maladie abortive désigne 3 avortements consécutifs au moins, sans grossesse à terme intercalée. 

NB : Les avortements spontanés tardifs doivent faire rechercher une cause même s’ils ne se répètent pas.

2. Fréquence :

Elle est difficile à apprécier, notamment en raison de l’existence d’avortements infracliniques.

Le taux apparent global des avortements et de 100 à 150/1.000 grossesses.

3. Etiologies :

1) Causes ovulaires :

– Aberrations chromosomiques : leur fréquence est d’autant plus élevée que l’avortement est plus précoce, pouvant atteindre 70 % des cas avant la 6ème semaine.

Elles sont dans la grande majorité des cas dues à une anomalie de la méiose, sans risque de récidive, mais cependant favorisées par l’âge maternel (avancé) et le vieillissement des gamètes (asynchronisme entre ovulation et fécondation).

On distingue 2 types d’anomalie :

. anomalies de nombre : les plus fréquentes (96 %) : le plus souvent accidentelles ; sont en cause : trisomies (13, 16, 21…), triploïdie, monosomie X, tétraploïdie… 

. anomalies de structure : plus rares (4 %) : translocations, chromosomes en anneau, mosaïques.

Le caryotype parental s’impose si l’œuf est porteur d’une anomalie chromosomique de structure ; si 2 avortements successifs sont porteurs du même type d’anomalie.

– malformations fœtales,

– anomalies funiculaires : insertion vélamenteuse, artère ombilicale unique, agénésie,

– hématome décidual basal : lié à des accidents vasculaires locaux,

– rupture prématurée des membranes,

– défaut d’implantation (grossesse interstitielle ou prævia).

2) Causes maternelles :

a) Locales : 

– malformations utérines (hypoplasie, unicorne, bicorne, cloisonné), 

– fibromes sous-muqueux, responsables d'”effet stérilet”,

– BCI (congénitale ou traumatique),

– synéchies utérines,

– rétroversions utérines fixées.

b) Générales : 

Toute maladie maternelle grave peut-être cause d’avortement :

– HTA sévère, cardiopathie, allo-immunisation rhésus grave, anémie, insuffisance rénale,

– maladies de la coagulation (dosage ATIII),

– dénutrition sévère, avitaminose, néoplasie profonde, maladie psychique… 

– infections :

. maladies fébriles maternelles : toute fièvre maternelle peut-être cause d’avortement, les tissus embryonnaires non thermorégulés étant très sensibles à l’hyperthermie,

. infections ovulaires : de nombreux agents infectieux sont susceptibles de provoquer un avortement spontané, soit par voie locale (vagin, endomètre), soit par voie hématogène.

La relation de cause à effet est souvent difficile à mettre en évidence.

Elle sera suspectée devant un syndrome grippal, des adénopathies, une éruption cutanée, une infection urinaire, une vulvovaginite, et confirmée par les prélèvements bactériologiques, les sérodiagnostics, l’étude cytobactériologique avec mise en culture du produit d’expulsion (organes, placenta, cordon).

Agent en cause :

= bactériens : Listeria monocytogenes, Chlamydia trachomatis (avortements à répétition), mycoplasma hominis, ureaplasma, tréponème, germes banals (E. coli, streptocoque, staphylocoque),

= viraux : rubéole, CMV, grippe, herpès, varicelle, rougeole,

= parasitaires : toxoplasmose, paludisme. 

– causes endocriniennes : il est classique de rechercher des perturbations hormonales chez une femme qui présente des avortements spontanés à répétition :

. insuffisance lutéale : intéressant les avortements spontanés du 1er trimestre, elle est secondaire à une insuffisance primitive du corps jaune : sécrétion insuffisante de progestérone et d’estradiol malgré un œuf normal avec sécrétion adéquate d’hCG. Sont en cause toutes perturbations à l’origine d’une dysovulation :

= sécrétion insuffisante de FSH, pic LH déficient, 

= cause iatrogène, tumorale,

= dysthyroïdie (hypothyroïdie ++), 

= hyperandrogénie (surrénale ou ovarienne),

= dystrophie ovarienne,

= hyperprolactinémie,

= périménopause.

Après correction d’un éventuel désordre endocrinien, le traitement aura pour objectif une amélioration de la folliculogénèse : il repose sur les inducteurs de l’ovulation à préférer à une hormonothérapie substitutive.

. autres endocrinopathies : souvent intriqués avec l’insuffisance lutéale :

= hypothyroïdie (dosage T3, T4, TSH) ⇒ opothérapie substitutive,

= hyperandrogénie (dosage testostérone, D4-A, SDHA) ⇒ freinateurs : dexaméthasone 0,5 mg, un comprimé le soir.

= diabète : cause diversement appréciée, on en effectuera la recherche, surtout en cas d’avortement tardif. 

– causes immunologiques : évoquées devant la répétition des avortements précoces sans étiologie évidente :

. incompatibilité FM : la grossesse peut être considérée comme une greffe semi-allogénique, dont la tolérance s’explique par la reconnaissance maternelle des antigènes trophoblastiques ⇒ production de facteurs de tolérance, spécifiques des antigènes paternels ou non spécifiques.

Ces facteurs de tolérance mal connus  sont nécessaires à la survie de la grossesse.

Le traitement, après bilan immunologique, est en cours d’évaluation et repose sur l’immunothérapie (désensibilisation de la mère aux lymphocytes du mari).

. maladies auto-immunes : confirmé  pour le LED, de nombreuses autres maladies auto-immunes peuvent être impliquées.

Le bilan comporte la recherche d’anticorps antiphospholipides, d’anticorps anti-DNA, le dosage de la protéine C et de l’activité fibrinolytique.

Le traitement basé sur la corticothérapie est également en cours d’évaluation.

– autres causes :

. traumatiques : cause rare et contestée,

. conditions socio-économiques, tabagisme,

. conflits psychologiques. 

3) Cause masculine : 

La présence d’agglutinats au spermogramme serait une source d’avortements aussi bien précoces que tardifs à répétition…

4) Enfin les causes inexpliquées :

Elles représentent encore 20 % des cas.

Etiologie des avortements précoces à répétition :

– causes chromosomiques,

– causes hormonales,

– causes mécaniques : malformations utérines, synéchies, fibromes sous-muqueux responsables d'”effet stérilet”,

– causes infectieuses : chlamydia et mycoplasme,

– causes immunologiques : surtout si on trouve des anticorps antiphospholipides,

– maladies générales.

Etiologie des avortements tardifs :

– causes mécaniques : malformations utérines, fibromes surtout sous-muqueux, hypoplasie utérine, BCI,

– mort fœtale par malformation : d’origine chromosomique, infectieuse ou inconnue,

– causes infectieuses,

. primitives : listériose, autres septicémies,

. secondaires à la RPM,

– causes immunologiques : les syndromes lupiques et apparentés, dont la nosologie est encore floue (ils nécessitent la prise en charge par un interniste),

– maladies générales.

  • Syndrome des antiphospholipides (SAPL)
  • Maladies auto-immunes
  • Grossesse et maladies auto-immunes
  • Synéchie utérine
  • Exploration de la fonction ovarienne
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