En l’absence de retour des règles dans les délais attendus, il faut, avant tout traitement symptomatique, rechercher la cause, qui peut être physiologique, mécanique (utérine) ou fonctionnelle (hypothalamo-hypophysaire, ovarienne).

1. Repères physiologiques :

1) Sans allaitement :

– premières règles entre 6 et 12 semaines après l’accouchement,

– l’ovulation survient entre 6 et 13 semaines et peut précéder les premières règles,

– une contraception est donc nécessaire sans attendre le retour des règles.

2) Avec allaitement :

Le délai de retour des règles est très variable et dépend de l’intensité des tétées.

La méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée (MAMA ou LAM) est efficace à plus de 98 % si les trois conditions sont réunies :

– bébé de moins de 6 mois,

– aménorrhée persistante,

– allaitement exclusif ou quasi exclusif, à la demande, jour et nuit.

Dès qu’une condition n’est plus remplie, un relais contraceptif est nécessaire.

2. Absence d’allaitement et absence de règles après 3 mois :

– Nouvelle grossesse : première cause à éliminer, surtout en cas d’absence de contraception ou d’oubli de pilule. Faire le β-hCG, à répéter si doute.

– Retard simple si l’examen clinique, l’échographie pelvienne et le β-hCG sont normaux.

– Le test au progestatif témoigne d’une imprégnation œstrogénique et d’une voie génitale perméable. Débuter une contraception sans attendre.

3. Aménorrhée persistante pendant l’allaitement :

Elle est physiologique tant que l’allaitement est exclusif ou quasi exclusif. Explorer en cas de :

– signes d’alerte : hémorragie du post-partum, absence de montée laiteuse, asthénie, hypotension, douleurs pelviennes cycliques,

– aménorrhée persistant plus de 3 mois après l’arrêt de l’allaitement,

– aménorrhée malgré un allaitement non exclusif ou une introduction de l’alimentation complémentaire.

4. Causes :

– Nouvelle grossesse (y compris GEU).

– Contraception hormonale du post-partum (DMPA, implant, SIU-LNG, microprogestatifs) : fréquente, sans gravité.

– Synéchies utérines (syndrome d’Asherman) après curetage, endométrite ou chirurgie : Cf chapitre spécial

– Syndrome de Sheehan (nécrose hypophysaire après hémorragie du post-partum) : Cf chapitre spécial

– Hyperprolactinémie persistante (adénome, médicaments, ancienne appellation « syndrome de Chiari-Frommel ») : Cf chapitre spécial

– Dysthyroïdie (thyroïdite du post-partum) : TSH.

– SOPK ou dysovulation antérieure à la grossesse : Cf chapitre spécial

– Aménorrhée hypothalamique fonctionnelle : dépression du post-partum, stress, déficit énergétique, épuisement.

5. Conduite à tenir :

– β-hCG (répéter si doute),

– TSH, prolactine (hors allaitement), FSH, LH, œstradiol,

– échographie pelvienne,

– hystéroscopie si suspicion de synéchies,

– bilan d’insuffisance antéhypophysaire en cas de syndrome de Sheehan suspecté.

 

En pratique quotidienne :

Toujours éliminer une grossesse, puis chercher en priorité un syndrome de Sheehan (hémorragie du post-partum, absence de lactation) et des synéchies (curetage).

Proposer une contraception adaptée dès le post-partum, sans attendre le retour des règles.

Arbre décisionnel devant une aménorrhée du post-partum :
Femme dont les règles ne sont pas revenues après l'accouchement
Sans allaitement
Pas de règles 3 mois après l'accouchement
Après allaitement
Pas de règles 3 mois après l'arrêt
Aménorrhée du post-partum
Dosage des β-hCG
Positif : grossesse
(normale ou GEU)
Négatif
Bilan initial :
TSH · prolactine · FSH · LH · œstradiol
Échographie pelvienne
Rechercher : hémorragie du post-partum, curetage, endométrite, contraception hormonale, médicaments
Orientation selon le contexte et le bilan :
Contraception hormonale en cours
(DMPA, implant, SIU-LNG, microprogestatif)
Aménorrhée attendue, sans gravité
Après arrêt du DMPA : retour des règles parfois retardé jusqu'à 12 à 18 mois
Prolactine élevée
(non interprétable pendant l'allaitement)
Éliminer d'abord les causes secondaires :
médicaments, hypothyroïdie, insuffisance rénale, macroprolactinémie
Si hyperprolactinémie persistante : IRM hypophysaire (± champ visuel)
Prolactinome · compression de la tige · idiopathique
Hémorragie du post-partum
Absence de montée laiteuse, asthénie, hypotension
Syndrome de Sheehan (suspicion)
Bilan antéhypophysaire : TSH + T4 libre, cortisol à 8 h, FSH, LH, œstradiol
IRM hypophysaire ; avis endocrinologue
Insuffisance corticotrope : substitution en priorité
Curetage, endométrite, suites fébriles
Douleurs pelviennes cycliques
Échographie pelvienne, test aux progestatifs :
hématométrie, endomètre fin
Test œstroprogestatif négatif : cause utérine → hystéroscopie (synéchies, sténose cervicale)
TSH anormale
Dysthyroïdie (thyroïdite du post-partum)
Traitement de la cause
FSH élevée (> 25 UI/L)
Œstradiol bas
IOP (insuffisance ovarienne prématurée)
Caryotype, prémutation FMR1, auto-anticorps
Ostéodensitométrie
Bilan normal
Pas de contraception hormonale en cause
Aménorrhée fonctionnelle ou dysovulation préexistante :
dépression du post-partum, épuisement, déficit énergétique ; SOPK antérieur à la grossesse
Contraception adaptée ; induction de l'ovulation si désir de grossesse
Allaitement exclusif ou quasi exclusif, bébé < 6 mois :
aménorrhée physiologique (MAMA), pas d'exploration sans signe d'alerte (hémorragie du post-partum, absence de montée laiteuse, asthénie, douleurs pelviennes cycliques).
À retenir :
Toujours éliminer une grossesse, puis chercher en priorité un syndrome de Sheehan et des synéchies utérines.
Débuter une contraception sans attendre le retour des règles : l'ovulation peut précéder les premières règles.
β-hCG : gonadotrophine chorionique humaine · GEU : grossesse extra-utérine · MAMA : méthode de l'allaitement maternel et de l'aménorrhée · IOP : insuffisance ovarienne prématurée · SOPK : syndrome des ovaires polykystiques · DMPA : acétate de médroxyprogestérone retard · SIU-LNG : système intra-utérin au lévonorgestrel
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