1. Introduction :
Le frottis vulvaire est un examen cytologique simple, rapide et non invasif.
Contrairement au FCV de dépistage, il n’est pas réalisé de manière systématique mais est réservé à l’exploration de lésions vulvaires spécifiques.
Son principal objectif est d’orienter le diagnostic en analysant les cellules prélevées à la surface d’une lésion, afin de distinguer une pathologie infectieuse, inflammatoire ou néoplasique.
2. Indications :
Le frottis vulvaire est particulièrement utile pour l’étude de :
– Lésions ulcérées ou érosives : pour en déterminer l’origine (infectieuse, tumorale…).
– Lésions vésiculeuses ou bulleuses : notamment en cas de suspicion d’infection herpétique.
– Plaques ou papules suspectes dont l’aspect clinique n’est pas formel.
– Suivi de certaines pathologies dermatologiques vulvaires.
Il aide à différencier rapidement une lésion bénigne d’une lésion potentiellement maligne, guidant ainsi la décision de réaliser ou non une biopsie pour confirmation histologique.
3. Technique du prélèvement :
La qualité du prélèvement est fondamentale pour une interprétation fiable.
1) Matériel :
– Lames de verre propres et dégraissées.
– Spatule d’Ayre, cytobrosse ou écouvillon.
– Spray fixateur (type laque de polyéthylène-glycol) ou flacon d’alcool à 95°.
– Gants, compresses sèches.
2) Procédure :
a) Préparation de la lésion :
Nettoyer délicatement la surface de la lésion avec une compresse sèche pour retirer les exsudats, les débris nécrotiques ou les sécrétions superficielles qui pourraient masquer les cellules d’intérêt.
Éviter tout antiseptique qui altérerait la cytologie.
b) Prélèvement :
Deux techniques principales peuvent être utilisées selon la nature de la lésion :
– Technique par grattage (pour les lésions solides ou croûteuses) : à l’aide d’une spatule ou d’une cytobrosse, gratter fermement mais sans faire saigner la base et les bords de la lésion.
– Technique par empreinte ou apposition (pour les lésions ulcérées ou suintantes) : c’est la méthode souvent préférée pour les ulcérations.
Appliquer directement et fermement une lame de verre sur la lésion. On peut réaliser plusieurs empreintes successives sur la même lame pour augmenter la richesse cellulaire. C’est la technique de référence pour le test de Tzanck (suspicion d’herpès).
c) Étiquette et fixation :
– Étaler immédiatement le matériel cellulaire en une fine couche sur la lame.
– La fixation est une étape cruciale qui doit être effectuée sans délai pour éviter le dessèchement des cellules :
. Fixation humide : vaporiser le spray fixateur à environ 20-30 cm de la lame ou immerger la lame dans l’alcool. C’est la méthode standard pour la coloration de Papanicolaou.
. Séchage à l’air : laisser la lame sécher complètement à l’air libre pour une coloration de type May-Grünwald-Giemsa (MGG), souvent utilisée en dermatologie.
4. Interprétation et principaux résultats :
L’analyse au microscope permettra de rechercher des signes spécifiques :
1) En faveur d’une infection :
– Herpès (HSV) : recherche de l’effet cytopathogène viral avec la présence de cellules géantes multinucléées, de modelage nucléaire et de noyaux dépolis (cellules de Tzanck).
– Mycose (ex : Candida albicans) : présence de levures et de pseudofilaments.
– Granulome inguinal (Donovanose) : mise en évidence de corps de Donovan (petits corps ovoïdes) dans le cytoplasme des macrophages.
2) En faveur d’une lésion néoplasique (VIN, carcinome épidermoïde…) :
– Recherche d’atypies cytonucléaires : augmentation du rapport nucléo-cytoplasmique, irrégularité des membranes nucléaires, hyperchromatisme, chromatine anormale.
– Présence de cellules malignes isolées ou en amas.
Important : Si une néoplasie est suspectée sur le frottis, la biopsie vulvaire pour analyse histopathologique reste l’examen de référence (« gold standard ») pour poser un diagnostic de certitude et déterminer la stratégie thérapeutique.
5. Diagnostics différentiels :
Le frottis cytologique ne doit pas être confondu avec d’autres types de prélèvements réalisés dans la région vulvo-périnéale pour des diagnostics spécifiques.
1) Suspicion de syphilis (chancre) :
Le diagnostic ne se fait pas par cytologie standard ; il nécessite un prélèvement de la sérosité de l’ulcération pour un examen au microscope à fond noir afin de visualiser les spirochètes mobiles (Treponema pallidum).
Aujourd’hui, une PCR sur le prélèvement est une alternative plus sensible et spécifique.
L’ancien terme « ultramicroscope » désignait le microscope à fond noir.
2) Recherche de parasites :
– Oxyurose (prurit anal et vulvaire nocturne) :
Le diagnostic repose sur le scotch-test anal, qui consiste à appliquer un ruban adhésif sur les plis de la marge anale (de préférence le matin au réveil) pour recueillir les œufs d’oxyures et à l’examiner au microscope.
– Phtiriase pubienne (« morpions ») :
Le diagnostic est le plus souvent clinique. Il consiste en l’examen direct des poils pubiens, à l’œil nu ou à la loupe, à la recherche des parasites adultes (Phtirius pubis) accrochés à la base des poils ou de leurs lentes (œufs). Un examen au microscope d’un poil prélevé peut confirmer le diagnostic.
6. Conclusion :
Le frottis vulvaire est un outil diagnostique d’orientation précieux, simple et rapide pour l’exploration des lésions vulvaires.
Il permet d’identifier rapidement de nombreuses affections infectieuses et de suspecter une pathologie tumorale, orientant ainsi efficacement la suite de la prise en charge.
Il s’intègre dans une démarche diagnostique complète qui inclut l’examen clinique et, si nécessaire, des examens complémentaires comme la biopsie, qui demeure indispensable en cas de suspicion de malignité.