La stimulation ovarienne hors FIV regroupe les stratégies qui permettent d’obtenir une ou quelques ovulations, dans le cadre de rapports programmés ou d’une insémination intra-utérine (IIU).

Ce chapitre porte sur la stratégie : bilan, indications, protocoles, monitorage, complications.

Les molécules et leurs doses détaillées figurent dans le chapitre « Inducteurs d’ovulation ».

1. Définitions :

– Induction de l’ovulation : traitement des anovulations et dysovulations. Objectif : une ovulation unique.

– Stimulation douce : chez une femme qui ovule déjà (infertilité inexpliquée, facteur masculin modéré, endométriose légère). Objectif : deux follicules, rarement trois.

– Elle se distingue de la FIV, où l’objectif est de recueillir plusieurs ovocytes.

2. Évaluation préthérapeutique :

1) Évaluation de la femme :

– Interrogatoire : âge, durée de l’infertilité, régularité des cycles, antécédents chirurgicaux et obstétricaux.

– Clinique : indice de masse corporelle, tour de taille, signes d’hyperandrogénie.

– Biologie : β-hCG, FSH, LH, estradiol, prolactine, TSH, AMH. Selon le contexte : androgènes, 17-hydroxyprogestérone.

– Échographie pelvienne : compte des follicules antraux, volume ovarien, recherche de SOPK.

– Bilan métabolique en cas de SOPK : glycémie, bilan lipidique, hyperglycémie provoquée par voie orale si besoin.

2) Évaluation du couple :

– Spermogramme du conjoint (avec test de migration-survie avant IIU).

– Perméabilité tubaire : hystérosalpingographie, hystérosonographie ou HyFoSy selon le contexte, cœlioscopie si suspicion de pathologie associée.

– Évaluation de la cavité utérine.

3) À ne plus faire en routine :

– Le test aux progestatifs n’est pas indiqué de façon systématique dans le bilan préthérapeutique.

– L’indice HOMA-IR n’est pas un critère recommandé de routine pour le SOPK.

3. Optimisation avant traitement :

– Perte de poids de 5 à 10 % en cas de surpoids ou d’obésité : elle restaure des cycles ovulatoires chez une part importante des patientes avec SOPK et améliore la réponse aux inducteurs.

– Arrêt du tabac, limitation de l’alcool, activité physique régulière.

– Acide folique 0,4 mg par jour, au moins un mois avant la conception.

– Mise à jour des vaccinations (rubéole, varicelle).

4. Indications et non-indications :

1) Indications :

– Anovulation ou dysovulation (SOPK, hypogonadisme hypothalamique, hyperprolactinémie corrigée sans reprise d’ovulation).

– Infertilité inexpliquée, avec rapports programmés ou IIU.

– Facteur masculin léger à modéré, avec IIU.

– Endométriose minime ou légère, avec IIU.

2) Non-indications :

– Insuffisance ovarienne avec FSH élevée.

– Obstruction tubaire bilatérale ou facteur masculin sévère : orientation vers la FIV.

– Âge avancé : au-delà de 40 ans, le recours à la FIV doit être rapide ; un traitement inducteur n’est pas recommandé après 45 ans.

– Tumeur ovarienne suspectée, saignement génital inexpliqué.

5. Stratégies selon la situation clinique :

1) SOPK avec anovulation :

– Première étape : mesures hygiéno-diététiques et perte de poids.

– Létrozole en première intention médicamenteuse (hors AMM en France). Le clomifène reste une alternative.

– En cas d’échec après trois à six cycles : gonadotrophines à faible dose, ou drilling ovarien (voir le chapitre de chirurgie).

– Échec persistant ou autre facteur d’infertilité : FIV.

– La metformine en association peut être discutée en cas de surpoids et d’insulinorésistance.

2) Hypogonadisme hypogonadotrope :

– GnRH pulsatile, ou FSH associée à une activité LH, avec monitorage rigoureux.

– Le clomifène et le létrozole sont en général inefficaces en cas de déficit profond.

– En cas d’aménorrhée hypothalamique fonctionnelle, corriger d’abord le déficit énergétique, le stress et l’exercice excessif.

3) Hyperprolactinémie :

Cabergoline en première intention. Si l’ovulation n’est pas restaurée après normalisation de la prolactine, reprendre le bilan et traiter selon la cause associée.

4) Infertilité inexpliquée ou facteur masculin modéré :

– Stimulation douce (létrozole, clomifène ou FSH à faible dose) avec IIU.

– Essai AMIGOS (2015) : en infertilité inexpliquée, naissances vivantes de 35,5 % avec les gonadotrophines, 28,0 % avec le clomifène, 22,4 % avec le létrozole ; mais grossesses multiples d’environ 32 %, 13 % et 9 % respectivement.

– Les agents oraux sont donc généralement préférés, les gonadotrophines étant réservées à un monitorage strict et à un projet clairement exposé à la patiente.

– Trois à six cycles d’IIU, puis réévaluation et orientation vers la FIV selon l’âge et la réserve ovarienne.

5) Femme de plus de 38 à 40 ans :

– Stimulation douce possible si la réserve est correcte, mais le délai avant la FIV doit rester court.

– Réserve très diminuée : orientation d’emblée vers la FIV ou le don d’ovocytes.

6. Protocoles pratiques :

1) Clomifène :

– 50 mg par jour de J2 à J6. Surveillance échographique dès J10-J12.

– Augmentation de 50 mg par cycle jusqu’à 150 mg en l’absence de croissance folliculaire.

– Déclenchement par hCG facultatif.

2) Létrozole :

2,5 mg par jour de J3 à J7, puis 5 mg et 7,5 mg si besoin. Surveillance échographique vers J10-J12.

3) Gonadotrophines à faible dose (step-up) :

– Début à 37,5 à 50 UI par jour. Maintien 7 à 14 jours, puis augmentation de 25 à 50 % de la dose en l’absence de réponse.

– Échographie tous les 2 à 3 jours après les premiers jours.

– Objectif : un, au maximum deux follicules dominants.

4) Association clomifène puis FSH :

Elle est parfois utilisée chez les patientes résistantes. Les protocoles ne sont pas standardisés, aucune dose consensuelle ; à réserver aux équipes entraînées.

5) Déclenchement de l’ovulation :

– hCG 5 000 à 10 000 UI ou hCG recombinante 250 microgrammes quand le follicule dominant atteint 17 à 18 mm et que l’endomètre est d’au moins 7 mm.

– Alternative : agoniste de la GnRH, qui réduit le risque de SHO.

– Rapports dans les 24 à 48 heures, ou IIU environ 36 heures après le déclenchement.

6) Soutien lutéal :

– Non systématique avec le clomifène ou le létrozole.

– Recommandé après gonadotrophines : progestérone par voie vaginale, jusqu’au test de grossesse, voire jusqu’à 8 à 10 semaines d’aménorrhée.

7. Surveillance :

1) Échographique :

– Échographie pelvienne endovaginale à partir de J9-J12 selon le protocole, puis tous les un à trois jours.

– Nombre et taille des follicules, épaisseur de l’endomètre, absence de kyste.

2) Biologique :

– Estradiol : utile avec les gonadotrophines pour détecter une réponse excessive (seuil d’alerte autour de 1 000 pg/mL, à adapter au centre).

– Progestérone mi-lutéale : une valeur supérieure à environ 3 ng/mL (10 nmol/L) atteste l’ovulation.

– LH urinaire : peut guider le moment des rapports.

3) Critères d’annulation (seuils variables selon les centres) :

– En induction chez une patiente anovulante : plus de deux follicules de 16 mm ou plus.

– En stimulation pour IIU : plus de trois follicules de 16 mm ou plus.

– Conduite : abstinence ou rapports protégés, ou conversion en FIV selon le contexte, avec information de la patiente.

8. Complications :

1) Grossesses multiples :

– Prévention : monitorage, annulation du cycle en cas de réponse excessive, préférence pour les agents oraux, information préalable.

– Conséquences : prématurité, morbidité néonatale, complications maternelles.

2) Syndrome d’hyperstimulation ovarienne (SHO) :

– Rare en induction simple, plus fréquent avec les gonadotrophines et dans le SOPK.

– Classification : légère (distension, gêne, ovaires de moins de 8 cm) ; modérée (nausées, vomissements, ascite à l’échographie, ovaires de 8 à 12 cm) ; sévère (ascite clinique, hémoconcentration, oligurie, hyponatrémie, hypoalbuminémie) ; critique (ascite tendue, hydrothorax, thrombose, détresse respiratoire).

– Formes légères et modérées : surveillance ambulatoire, hydratation orale, paracétamol, éviter les anti-inflammatoires non stéroïdiens, contrôle clinique et biologique rapproché.

– Formes sévères : hospitalisation, bilan (numération, hématocrite, ionogramme, créatininémie, albuminémie, bilan hépatique, hémostase), anticoagulation préventive par HBPM, ponction évacuatrice de l’ascite si symptomatique ou oligurie.

– Prévention : faibles doses, monitorage, déclenchement par agoniste de la GnRH ou renoncement au déclenchement.

3) Autres : 

– Kystes fonctionnels, torsion d’annexe, grossesse extra-utérine.

– Effets indésirables propres à chaque molécule (voir le chapitre « Inducteurs d’ovulation »).

9. Conduite en cas d’échec :

– Résistance : absence d’ovulation malgré des doses maximales (clomifène 150 mg, létrozole 7,5 mg).

– Échec de conception : ovulation obtenue, mais pas de grossesse après un nombre suffisant de cycles ovulatoires.

– Réévaluer le diagnostic et le bilan du couple (facteur tubaire, masculin, endométriose, réserve ovarienne).

– Après trois à six cycles ovulatoires sans grossesse, changer de stratégie : gonadotrophines, drilling ovarien dans le SOPK résistant, puis FIV.

– Tenir compte de l’âge : plus il est avancé, plus le délai avant la FIV doit être court.

– Appliquer les règles locales de prise en charge de l’assistance médicale à la procréation, à vérifier selon le pays.

10. Information de la patiente :

– Expliquer le but (obtenir l’ovulation), les chances réalistes par cycle et cumulées.

– Informer des risques (grossesse multiple, SHO) et du caractère hors AMM du létrozole.

– Donner un calendrier clair : jours de prise, échographies, moment des rapports.

– Consigne d’alerte : douleurs abdominales importantes, prise de poids rapide, troubles visuels.

– Prévoir une consultation de réévaluation après trois à six cycles.

– Proposer un accompagnement psychologique : l’infertilité a un retentissement émotionnel majeur.

11. Synthèse décisionnelle :

– Anovulation + SOPK : hygiène de vie, létrozole, puis gonadotrophines ou drilling, puis FIV.

– Hypogonadisme : GnRH pulsatile ou FSH + LH.

– Hyperprolactinémie : cabergoline.

– Infertilité inexpliquée : stimulation douce avec IIU, trois à six cycles, puis FIV.

– Au-delà de 40 ans ou réserve effondrée : FIV d’emblée.

Références :

CNGOF : recommandations sur les médicaments inducteurs de l’ovulation (2010) et sur la prise en charge de l’infertilité du couple.

HAS : infertilité du couple et assistance médicale à la procréation.

ESHRE : infertilité inexpliquée (2023) et stimulation ovarienne.

International evidence-based guideline for the assessment and management of polycystic ovary syndrome (2023).

Legro RS et al. PPCOS II, N Engl J Med, 2014 ; Diamond MP et al. AMIGOS, N Engl J Med, 2015.

ANSM : RCP en vigueur.

Points clés

Le bilan du couple précède toute stimulation.

Induction (une ovulation) et stimulation douce (deux follicules) n’ont pas les mêmes objectifs.

Le létrozole est le traitement oral de première intention dans le SOPK (hors AMM en France).

Le principal risque est la grossesse multiple : le monitorage échographique est indispensable, l’annulation du cycle doit rester possible.

Réévaluer après trois à six cycles, plus tôt chez la femme de plus de 38 à 40 ans.

Situation ou facteur de risqueMesure préventive
Plus de 2 follicules de 16 mm ou plus (induction chez une anovulante), plus de 3 (IIU)Annulation du cycle ou conversion en FIV ; rapports protégés
Traitement par gonadotrophinesDose minimale, progression lente (step-up), monitorage échographique rapproché
Antécédent de grossesse multiplePrivilégier les agents oraux (létrozole, clomifène) plutôt que les gonadotrophines
SOPK, jeune âge (réponse ovarienne vive)Monitorage rapproché ; objectif : un, au maximum deux follicules dominants
Estradiol élevé avec multifollicularitéAnnulation du cycle ou renoncement au déclenchement

Seuils d’annulation variables selon les centres ; à adapter à la patiente et aux pratiques du centre.

DegréCritèresConduite
LégerDistension abdominale, gêne ; ovaires de moins de 8 cmSurveillance ambulatoire, hydratation orale, paracétamol ; éviter les anti-inflammatoires non stéroïdiens
ModéréNausées, vomissements, ascite à l’échographie ; ovaires de 8 à 12 cmSurveillance ambulatoire rapprochée (contrôle clinique et biologique à 48 heures), hydratation orale, paracétamol
SévèreAscite clinique, hémoconcentration, oligurie, hyponatrémie, hypoalbuminémieHospitalisation ; bilan (numération, hématocrite, ionogramme, créatininémie, albuminémie, bilan hépatique, hémostase) ; anticoagulation préventive par HBPM ; ponction évacuatrice si ascite tendue ou oligurie
CritiqueAscite tendue, hydrothorax, thrombose, détresse respiratoirePrise en charge en soins intensifs ; ponction de l’ascite ou de l’épanchement pleural selon la clinique ; anticoagulation

Prévention : doses minimales, monitorage, déclenchement par agoniste de la GnRH ou annulation du cycle. Plusieurs classifications du SHO existent ; celle-ci distingue quatre degrés.

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