1. Objectifs du traitement :

– Prolonger la survie et préserver la qualité de vie.

– Le cancer du sein métastatique est le plus souvent incurable, mais il peut devenir une maladie chronique contrôlée pendant des années, surtout dans les formes RH+ et HER2+.

– Le traitement est adapté à l’état général, à l’extension de la maladie, au sous-type tumoral, aux traitements antérieurs et aux souhaits de la patiente.

– Les soins de support et les soins palliatifs sont intégrés précocement, en parallèle du traitement spécifique.

2. Bilan préthérapeutique :

– Confirmation histologique de la métastase quand elle est accessible : les récepteurs hormonaux (RH) et HER2 peuvent différer de ceux de la tumeur primitive.

– Statut HER2 : positif, « low » (1+ ou 2+ sans amplification), « ultra-low » ou nul.

– Recherche de mutations ciblables selon le contexte : ESR1, PIK3CA, AKT1/PTEN, BRCA1/2 germinales. Statut PD-L1 (CPS) en cas de triple négatif.

– Évaluation de l’extension et des symptômes, avec reconnaissance d’une éventuelle crise viscérale (atteinte viscérale sévère avec dysfonction d’organe rapidement évolutive).

– Décision en RCP.

3. Traitement systémique selon le sous-type :

Doses indicatives, à confronter à la fiche produit (AMM) et aux protocoles de la RCP avant publication.

1) Tumeurs RH+ HER2− (environ deux tiers des cas) : 

– Première ligne : inhibiteur de l’aromatase + inhibiteur de CDK4/6. Chez la femme non ménopausée, on y associe une suppression ovarienne. Le fulvestrant est une alternative en association à un inhibiteur de CDK4/6.

– Après progression, selon le profil moléculaire : PIK3CA muté (alpélisib, inavolisib), AKT/PTEN altérés (capivasertib), ESR1 muté (élacestrant, imlunestrant, de préférence si la réponse à la première ligne a été prolongée), ou évérolimus + exémestane.

– Chimiothérapie ou conjugués anticorps-médicament (par exemple trastuzumab déruxtécan pour les tumeurs HER2 « low » ou « ultra-low ») : après épuisement des options endocrines, ou en cas de crise viscérale ou de progression rapide.

– Inhibiteurs de PARP (olaparib, talazoparib) en cas de mutation germinale BRCA.

Cancer du sein métastatique : hormonothérapie :

SituationMédicamentsDoseVoieRythme
1re ligneInhibiteur de l’aromatase ou fulvestrant 500 mg + inhibiteur de CDK4/6Palbociclib 125 mg/j ; ribociclib 600 mg/j ; abemaciclib 150 mg × 2/jPO (+ IM pour le fulvestrant)Palbociclib et ribociclib : J1-J21, reprise à J28 ; abemaciclib : continu ; fulvestrant : J1 et J15 (cycle 1), puis toutes les 4 semaines
PIK3CA muté, résistance endocrine (rechute sous hormonothérapie adjuvante ou ≤ 12 mois après), 1re ligneFulvestrant + palbociclib + inavolisibFulvestrant 500 mg ; palbociclib 125 mg/j ; inavolisib 9 mg/jIM + PO + POPalbociclib J1-J21, reprise à J28 ; inavolisib continu
PIK3CA muté, après progression sous CDK4/6 + hormonothérapieFulvestrant + alpélisibFulvestrant 500 mg ; alpélisib 300 mg/jIM + POAlpélisib continu
AKT/PTEN altérésFulvestrant + capivasertibCapivasertib 400 mg × 2/jPO4 jours sur 7
ESR1 mutéÉlacestrant ou imlunestrant345 mg/j ou 400 mg/jPOContinu
Autre option après CDK4/6Évérolimus + exémestane10 mg/j + 25 mg/jPOContinu

Notes :

– Suppression ovarienne (analogue de la GnRH) chez la femme non ménopausée.

– Test de mutation (ESR1, PIK3CA, AKT/PTEN) sur ADN tumoral ou circulant.

– Surveillance : ribociclib (ECG, QTc), alpélisib et inavolisib (glycémie, HbA1c), abemaciclib (diarrhée, NFS), évérolimus (stomatite, pneumopathie).

2) Tumeurs HER2+ :

– Première ligne : docétaxel + trastuzumab + pertuzumab (schéma de référence). Le trastuzumab déruxtécan associé au pertuzumab est une autre option reconnue en première ligne selon les pays.

– Après progression : trastuzumab déruxtécan en deuxième ligne, puis les autres lignes (trastuzumab emtansine, tucatinib…) selon la disponibilité.

– Si RH+ : l’hormonothérapie peut être associée, notamment en traitement d’entretien.

Cancer du sein métastatique : thérapies ciblées anti-HER2 :

LigneMédicamentsDoseVoieRythme
1re ligne (standard)Docétaxel + trastuzumab + pertuzumab (THP)75 mg/m² + 8 puis 6 mg/kg + 840 puis 420 mgIVJ1, reprise à J21, 6 à 8 cycles, puis maintenance
1re ligne (autre option)Trastuzumab déruxtécan + pertuzumab5,4 mg/kg + 840 puis 420 mgIVJ1, reprise à J21
MaintenanceTrastuzumab + pertuzumab (± hormonothérapie si RH+)6 mg/kg + 420 mgIVJ1, reprise à J21
Lignes suivantesTrastuzumab déruxtécan (si non reçu), T-DM15,4 mg/kg ; 3,6 mg/kgIVJ1, reprise à J21
Lignes suivantesTucatinib + trastuzumab + capécitabineTucatinib 300 mg × 2/j ; trastuzumab 6 mg/kg ; capécitabine 1000 mg/m² × 2/jPO + IV + POTucatinib continu ; capécitabine J1-J14 ; reprise à J21

Surveillance : FEVG tous les 3 mois, diarrhée (pertuzumab, tucatinib), bilan hépatique sous tucatinib.

3) Tumeurs triple négatives :

– Chimiothérapie, en association à un inhibiteur de point de contrôle immunitaire (pembrolizumab) si PD-L1 est exprimé (CPS ≥ 10).

– Si PD-L1 négatif ou immunothérapie non envisageable : datopotamab déruxtécan ou chimiothérapie séquentielle.

– Les conjugués anticorps-médicament (sacituzumab govitécan, trastuzumab déruxtécan pour les formes HER2 « low ») ont une place dans les lignes suivantes.

– Inhibiteurs de PARP en cas de mutation germinale BRCA.

Cancer du sein métastatique : immunothérapie :

SituationMédicamentsDoseVoieRythme
Triple négatif PD-L1+ (CPS ≥ 10), 1re lignePembrolizumab + paclitaxel, nab-paclitaxel ou gémcitabine-carboplatinePembrolizumab 200 mg (ou 400 mg toutes les 6 semaines) + chimiothérapieIVToutes les 3 semaines, jusqu’à progression ou toxicité
Triple négatif PD-L1−Pas d’immunothérapie : voir le tableau des conjugués anticorps-médicament (Dato-DXd) ou la chimiothérapie   

Surveillance et précautions :

– Bilan de base : TSH, glycémie, bilan hépatique, créatininémie, cortisol si symptômes.

– Effets immuno-médiés possibles à tout moment, y compris après l’arrêt : thyroïdite, colite, hépatite, pneumopathie, insuffisance surrénalienne.

– Toute diarrhée, toux, dyspnée ou fatigue inhabituelle doit être signalée rapidement. Corticothérapie précoce selon le grade.

4) Mutation germinale BRCA1/2 :

Cancer du sein métastatique : inhibiteurs de PARP :

MédicamentDoseVoieRythme
Olaparib300 mg × 2/jPOContinu
Talazoparib1 mg/jPOContinu

Surveillance : NFS mensuelle (anémie, neutropénie, thrombopénie), créatininémie.

5) Conjugués anticorps-médicament (ADC) :

Cancer du sein métastatique : conjugués anticorps-médicament :

ADCCibleIndicationDoseVoieRythme
Trastuzumab déruxtécanHER2HER2+, HER2-low, HER2-ultralow5,4 mg/kgIVJ1, reprise à J21
Trastuzumab emtansine (T-DM1)HER2HER2+ après traitement antérieur3,6 mg/kgIVJ1, reprise à J21
Sacituzumab govitécanTROP2Triple négatif, RH+/HER2− après chimiothérapie10 mg/kgIVJ1 et J8, reprise à J21
Datopotamab déruxtécanTROP2Triple négatif PD-L1− ou non éligible à l’immunothérapie ; RH+/HER2− après chimiothérapie6 mg/kgIVJ1, reprise à J21

Points de vigilance par ADC :

– T-DXd et Dato-DXd : pneumopathie interstitielle (toux, dyspnée), nausées. Dato-DXd : stomatite et atteinte oculaire.

– Sacituzumab govitécan : neutropénie, diarrhée.

– T-DM1 : thrombopénie, cytolyse hépatique.

– Les indications exactes des ADC sont à ajuster selon l’AMM de chaque pays.

6) Principes généraux :

– Une chimiothérapie n’est généralement pas associée à une hormonothérapie, sans bénéfice démontré.

– Les options changent selon les pays (disponibilité, remboursement) : discuter les alternatives en RCP.

4. Chimiothérapie :

– Les cytotoxiques usuels (taxanes, anthracyclines, capécitabine, vinorélbine, éribuline…) permettent des régressions parfois complètes.

– La durée des réponses varie beaucoup selon le sous-type et la ligne de traitement.

– Elle est réservée aux formes triple négatives, HER2+ (associée aux anti-HER2), aux formes RH+ en crise viscérale ou en résistance endocrine, avec le choix d’un schéma séquentiel de préférence aux polychimiothérapies lourdes.

Cancer du sein métastatique : chimiothérapie palliative :

ProtocoleMédicament (DCI)DoseVoieRythme
CapécitabineCapécitabine1000 à 1250 mg/m² × 2/jPOJ1 à J14, reprise à J21
VinorélbineVinorélbine25 à 30 mg/m²IVJ1 et J8, reprise à J21 (ou hebdomadaire)
 ou vinorélbine orale60 puis 80 mg/m²POHebdomadaire
DocétaxelDocétaxel75 à 100 mg/m²IVJ1, reprise à J21
Paclitaxel hebdomadairePaclitaxel80 mg/m²IVJ1, J8, J15, reprise à J28
Nab-paclitaxelNab-paclitaxel100 mg/m²IVJ1, J8, J15, reprise à J28
ÉribulineÉribuline1,4 mg/m²IVJ1 et J8, reprise à J21
Gémcitabine + carboplatineGémcitabine + carboplatine1000 mg/m² + AUC 2IVJ1 et J8, reprise à J21
Doxorubicine liposomale pégyléeDoxorubicine liposomale40 à 50 mg/m²IVJ1, reprise à J28
AC (situations particulières)Doxorubicine + cyclophosphamide60 + 600 mg/m²IVJ1, reprise à J21

5. Chirurgie en phase métastatique :

Son rôle reste limité. Les indications sont :

1) Diagnostique :

Biopsie d’une lésion suspecte (cutanée, pulmonaire, hépatique) pour confirmer le diagnostic et réévaluer RH/HER2.

2) Curative sélectionnée :

Dans la maladie oligométastatique (nombre très limité de lésions dans un territoire unique), un traitement local (chirurgie, radiothérapie stéréotaxique) peut être discuté en RCP, en association au traitement systémique :

– pulmonaire (1 à 3 nodules d’un seul côté),

– hépatique (1 à 2 métastases),

– cérébrale (1 localisation accessible, ou radiochirurgie),

– osseuse.

3) Palliative :

– mastectomie en cas de récidive locale agressive ou de symptômes locaux sévères,

– dérivation digestive en cas de métastases compressives,

– chirurgie orthopédique pour prévenir ou traiter les fractures pathologiques et les complications vertébrales.

La chirurgie de la tumeur primitive en phase métastatique d’emblée n’améliore pas la survie en routine : elle se discute en fonction des symptômes locaux.

6. Radiothérapie :

– Rôle palliatif majeur : douleurs osseuses, compressions, métastases cérébrales.

– Techniques adaptées à l’état général : schémas courts, radiochirurgie stéréotaxique pour les métastases cérébrales en nombre limité.

– Elle représente une part notable de l’activité d’un service de radiothérapie.

7. Situations particulières en phase métastatique :

1) Métastases osseuses :

– Fréquence : très fréquentes, souvent ostéolytiques, parfois ostéocondensantes ou mixtes.

– Complications : douleurs, fractures, hypercalcémie, compression médullaire.

– Traitement :

. antalgiques selon les paliers OMS (paracétamol, AINS si possible, opioïdes faibles puis forts),

. radiothérapie antalgique,

. chirurgie ou fixation en cas de fracture ou de risque élevé de fracture,

. acide zolédronique ou dénosumab pour réduire les complications osseuses.

Cancer du sein métastatique : traitements de support osseux :

IndicationMédicamentDoseVoieRythme
Métastases osseusesAcide zolédronique4 mgIVToutes les 4 semaines, puis toutes les 12 semaines après 1 an
 ou dénosumab120 mgSCToutes les 4 semaines

Précautions : bilan dentaire avant tout traitement osseux (ostéonécrose de la mâchoire), supplémentation en calcium et vitamine D, surveillance de la calcémie et de la créatininémie (acide zolédronique).

2) Compression médullaire :

– Urgence thérapeutique : diagnostic précoce devant des douleurs rachidiennes et des signes neurologiques.

– Examen clé : IRM de tout le rachis.

– Traitement : corticoïdes, puis radiothérapie ou chirurgie de décompression suivie de radiothérapie.

3) Métastases cérébrales :

– Le cancer du sein est l’une des premières causes de métastases cérébrales.

– Diagnostic : crises comitiales, hypertension intracrânienne, déficits neurologiques, troubles psychiques. Confirmation par IRM (de préférence) ou TDM.

– Traitement :

. chirurgie si métastase unique accessible,

. radiochirurgie stéréotaxique pour un nombre limité de lésions,

. radiothérapie encéphalique totale dans les atteintes multiples, selon l’état général,

. corticoïdes pour l’œdème.

– Les traitements systémiques ne sont pas systématiquement inefficaces : dans les formes HER2+, certains anti-HER2 (trastuzumab déruxtécan, tucatinib) ont une activité intracrânienne.

4) Hypercalcémie :

– Complication fréquente liée à l’ostéolyse maligne.

– Symptômes : asthénie, anorexie, soif, constipation, confusion, douleurs diffuses.

– Traitement : hydratation adaptée (en tenant compte de l’état cardiaque et rénal), acide zolédronique ou dénosumab, correction des troubles ioniques associés.

5) Métastases cutanées :

– Fréquentes (environ un tiers des patientes), souvent tardives : nodules de perméation, lymphangite carcinomateuse, siège de prédilection sur la paroi thoracique antérieure et la cicatrice.

– Symptômes possibles : prurit, douleur, sensation de brûlure, oppression thoracique.

– Traitement : exérèse chirurgicale ou radiothérapie locale, associée au traitement systémique adapté.

6) Épanchement pleural métastatique :

– Symptômes : dyspnée, toux, douleur thoracique.

– Traitement : ponction évacuatrice ou drainage pleural pour soulager, traitement systémique, pleurodèse ou cathéter pleural tunnelisé en cas de récidive.

7) Méningite carcinomateuse :

– Fréquence : 3 à 5 % des cas, pronostic très défavorable.

– Symptômes : tableau neurologique complexe (troubles moteurs ou sensitifs, atteinte des nerfs crâniens, troubles de la vigilance), rarement un syndrome méningé franc.

– Diagnostic : cellules tumorales dans le LCR, IRM.

– Traitement : radiothérapie ciblée, traitement intrathécal (méthotrexate) dans des cas sélectionnés, traitement symptomatique.

8) Ictère :

– Causes : obstruction biliaire ou atteinte hépatique massive.

– Il peut annoncer une évolution terminale lorsqu’il s’associe à une insuffisance hépatique grave.

– Traitement : endoprothèse biliaire en cas d’obstruction, sinon prise en charge symptomatique.

9) Métastases gastriques :

– Fréquence : 1 à 2 % des cas, souvent sous-estimée.

– Signes d’appel : douleurs ou brûlures épigastriques, satiété précoce, amaigrissement.

– Formes : nodulaires ou infiltrantes (linite gastrique).

– Diagnostic : histologie des biopsies gastriques.

– Traitement : traitement systémique adapté, chirurgie si forme nodulaire, radiothérapie pour les symptômes réfractaires.

8. Traitements symptomatiques :

1) Corticothérapie :

Elle est indiquée pour son effet anti-œdémateux dans :

– les syndromes compressifs (métastases cérébrales, compression médullaire ou médiastinale),

– la lymphangite carcinomateuse,

– l’amélioration subjective en phase avancée, en cure discontinue.

2) Antibiothérapie et prévention de la neutropénie :

– Antibiothérapie en cas d’épisode infectieux, notamment au nadir leucocytaire après chimiothérapie.

– Facteurs de croissance (G-CSF, voie SC, selon protocole) en prévention de la neutropénie fébrile, si le risque l’impose.

3) Autres :

– Prise en charge de la douleur, des nausées, de la dyspnée.

– Soutien psychologique, antidépresseurs ou anxiolytiques si besoin, pour aider la patiente à garder confiance et à bien suivre son traitement.

– Soins palliatifs précoces et accompagnement de la patiente et de ses proches.

9. Conclusion :

Le traitement du cancer du sein métastatique repose sur un traitement systémique adapté au sous-type tumoral (RH, HER2, biomarqueurs), complété par la radiothérapie, une chirurgie sélective et des soins de support.

L’hormonothérapie associée aux inhibiteurs de CDK4/6 est la base des formes RH+ HER2−.

Les formes HER2+ et triple négatives relèvent d’une stratégie spécifique (anti-HER2, immunothérapie, conjugués anticorps-médicament).

L’objectif est de prolonger la survie en préservant la qualité de vie.

Document pédagogique : ne remplace pas les référentiels de prise en charge (ESMO 2026, RCP).

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