Principes généraux :
– Toute décision passe en RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire).
– Le traitement dépend de :
. stade (TNM),
. sous-type : RE/RP, HER2, grade SBR, Ki67,
. âge et statut ménopausique, comorbidités, préférences de la patiente,
. mutation constitutionnelle (BRCA1/2),
. dans certains cas, signatures génomiques (Oncotype DX, MammaPrint…).
– Quatre armes : chirurgie, radiothérapie (locorégionales) ; chimiothérapie, hormonothérapie, thérapies ciblées/immunothérapie (systémiques).
| Sous-type (approximatif) | Profil | Traitement systémique de base |
|---|---|---|
| Luminal A | RH+ fort, HER2−, grade 1-2, Ki67 bas | Hormonothérapie seule le plus souvent |
| Luminal B | RH+, HER2− avec Ki67 élevé/grade 3/N+, ou HER2+ | Hormonothérapie + chimiothérapie selon le risque (± anti-HER2) |
| HER2+ (RH+ ou RH−) | Surexpression/amplification HER2 | Chimiothérapie + anti-HER2 (± hormonothérapie si RH+) |
| Triple négatif | RE−, RP−, HER2− | Chimiothérapie (± immunothérapie, ± olaparib si BRCA) |
1. Chirurgie :
– Traitement conservateur (tumorectomie) + radiothérapie, ou mastectomie (± reconstruction).
– Ganglion sentinelle si aisselle cN0.
– Curage axillaire si ganglion sentinelle atteint, avec nuances :
. en cas de traitement conservateur + radiothérapie, avec 1-2 sentinelles positifs, le curage peut être omis (Z0011),
. AMAROS : l’irradiation axillaire est une alternative au curage.
– Marges : l’objectif est une exérèse « no ink on tumor » (pas de cellules tumorales au contact de l’encre) pour les carcinomes infiltrants.
2. Chimiothérapie :
1) Néoadjuvante (avant la chirurgie) :
– Indications :
. cancer inflammatoire,
. tumeur localement avancée inopérable d’emblée,
. tumeur trop volumineuse par rapport au sein, pour permettre un traitement conservateur (downstaging),
. triple négatif et HER2+ de stade ≥ II (ou N+), même sans critère de taille, car on peut alors évaluer la réponse et adapter le traitement post-opératoire.
– Intérêt de la réponse histologique (pCR = réponse complète) :
. pCR : bon pronostic, on poursuit le traitement prévu.
. Maladie résiduelle : on intensifie
. Triple négatif : capécitabine (CREATE-X) ou olaparib si BRCA (OlympiA).
. HER2+ : T-DM1 (KATHERINE).
2) Adjuvante (après la chirurgie) :
| Sous-type | Indication |
|---|---|
| Triple négatif | Quasi systématique (sauf très petites tumeurs pT1a-b N0) |
| HER2+ | Systématique, sauf très petites tumeurs N0 (pT1a) |
| RH+/HER2− | Selon le risque : N+, grade III, Ki67 élevé, taille > 2 cm, âge jeune (< 35-40 ans), emboles, signature génomique à risque élevé |
– Signatures génomiques :
. utiles pour trancher dans les RH+/HER2− de risque intermédiaire (TAILORx, RxPONDER) ;
. chez la femme ménopausée avec 1-3 N+ et score bas, la chimiothérapie n’apporte pas de bénéfice.
– Schémas usuels : anthracyclines (EC, FEC) puis taxanes (séquentiels, éventuellement dose-dense), pendant environ 4-6 mois.
– HER2+ : taxane + trastuzumab (± pertuzumab), ou schéma sans anthracycline (docétaxel-carboplatine-trastuzumab).
– Triple négatif : ajout de pembrolizumab en néoadjuvant puis adjuvant dans les stades II-III (KEYNOTE-522).
3) Maladie métastatique ou très avancée :
– La chimiothérapie n’est pas systématique :
. RH+/HER2− : en première ligne, hormonothérapie + inhibiteur de CDK4/6, sauf crise viscérale ou résistance hormonale.
. HER2+ : chimiothérapie (taxane) + double blocage trastuzumab-pertuzumab.
. Triple négatif : chimiothérapie ± immunothérapie ou anticorps conjugué.
– Cancer inflammatoire (≠ « chimiothérapie exclusive ») :
. chimiothérapie première (± anti-HER2),
. si réponse : mastectomie + curage,
. puis radiothérapie pariétale et ganglionnaire ± hormonothérapie/thérapie ciblée.
– Cancer squirrheux (cancer « en cuirasse ») : forme infiltrante rétractile, à traiter selon le stade et le sous-type, pas par défaut en chimiothérapie exclusive.
3. Radiothérapie :
1) Sein (après traitement conservateur) :
– Systématique après tumorectomie.
– Hypofractionnement (environ 15-16 séances) : devenu standard.
– Surimpression (boost) du lit tumoral : indiquée si risque de récidive plus élevé (âge < 50 ans, grade III, marges limites).
– Irradiation partielle accélérée : possible dans certains cas à très bas risque.
– Omission possible (essais PRIME II, EUROPA, LUMINA) si tous les critères sont réunis :
. âge ≥ 65-70 ans,
. pT1, N0,
. RH+, HER2−, grade bas,
. hormonothérapie bien suivie.
2) Paroi thoracique (après mastectomie) :
– Indications :
. tumeur pT3-pT4,
. ≥ 4 ganglions N+ (indication formelle),
. 1 à 3 N+ : indication discutée selon les facteurs de risque (âge jeune, grade III, emboles, RH−, taille),
. marge atteinte ou insuffisante (marge profonde),
. envahissement cutané ou musculaire,
. cancer inflammatoire.
3) Aires ganglionnaires :
– Sus-claviculaire (+ axillaire) : si ≥ 4 N+, effraction capsulaire, curage non fait ou insuffisant avec sentinelle positif.
– Chaîne mammaire interne : indiquée surtout si atteinte axillaire, ou tumeur interne/centrale à risque.
– Creux axillaire : alternative au curage si sentinelle positif (AMAROS).
4) Autres situations :
– Radiothérapie palliative : métastases osseuses (douleur, risque fracturaire), cérébrales, compression médullaire.
– Radiothérapie exclusive : rare, pour patientes âgées/fragiles non opérables.
– Séquence : après la chimiothérapie ; peut être concomitante au trastuzumab ou à l’hormonothérapie.
4. Hormonothérapie (tumeurs RH+) :
Le tamoxifène est un SERM (modulateur sélectif des récepteurs aux œstrogènes). Le fulvestrant est un anti-œstrogène pur (SERD).
1) Femme non ménopausée :
– Tamoxifène 5 ans (extension jusqu’à 10 ans possible selon le risque).
– Risque élevé (jeune, N+, grade élevé, chimiothérapie reçue) : suppression ovarienne (analogues de la LHRH) + tamoxifène ou inhibiteur de l’aromatase (SOFT/TEXT).
– Un inhibiteur de l’aromatase seul est contre-indiqué sans suppression ovarienne (stimulation ovarienne réflexe).
2) Femme ménopausée :
– Inhibiteur de l’aromatase (anastrozole, létrozole, exémestane) : standard, 5 ans d’emblée.
– Séquences (2-3 ans de tamoxifène puis anti-aromatase, ou inversement) pour un total de 5 ans.
– Prolongation à 7-10 ans selon le risque (N+, grade élevé…) et la tolérance.
– Tamoxifène si contre-indication ou intolérance aux anti-aromatases.
3) Effets secondaires et surveillance :
| Traitement | Effets / surveillance |
|---|---|
| Tamoxifène | Bouffées de chaleur, cancer de l’endomètre (surveillance gynécologique, tout saignement doit être exploré), thromboses, interactions CYP2D6 (éviter paroxétine, fluoxétine) |
| Anti-aromatases | Ostéoporose (ostéodensitométrie, calcium/vitamine D), arthralgies, sécheresse vaginale, dyslipidémie |
| Suppression ovarienne | Symptômes de ménopause, retentissement osseux |
4) Maladie métastatique RH+ :
– 1ère ligne : inhibiteur de CDK4/6 (palbociclib, ribociclib, abémaciclib) + hormonothérapie.
– Lignes suivantes : fulvestrant, évérolimus, alpélisib (mutation PIK3CA), élacestrant (mutation ESR1).
– Adjuvant : abémaciclib (monarchE) ou ribociclib (NATALEE) dans certaines formes à haut risque.
– Tamoxifène palliatif : possible, mais n’est plus le choix de première ligne.
5. Thérapies ciblées et immunothérapie :
1) HER2+ (IHC 3+, ou IHC 2+ avec amplification confirmée en ISH) :
– Trastuzumab (Herceptin ®) :
. Adjuvant ou néoadjuvant : 1 an au total (18 cycles de 3 semaines), administré avec la chimiothérapie (taxane) et poursuivi pendant la radiothérapie. Il n’est pas démarré « après chirurgie, chimio et radiothérapie ».
. Pas d’association concomitante avec les anthracyclines (cardiotoxicité) : séquence anthracyclines puis taxane + trastuzumab.
. Il existe une forme sous-cutanée.
. Surveillance cardiaque : FEVG avant le traitement puis tous les 3 mois environ.
. En métastatique, il peut être associé à la chimiothérapie ou à l’hormonothérapie (RH+/HER2+).
– Autres molécules :
| Molécule | Place |
|---|---|
| Pertuzumab | Double blocage avec trastuzumab (néoadjuvant, adjuvant si N+/risque élevé, métastatique 1re ligne : CLEOPATRA) |
| T-DM1 (trastuzumab emtansine) | Adjuvant si maladie résiduelle après néoadjuvant (KATHERINE), métastatique |
| Trastuzumab-déruxtécan (T-DXd) | Métastatique après 1ère ligne (DESTINY-Breast03) ; actif aussi dans HER2-low |
| Tucatinib, lapatinib, nératinib | Lignes ultérieures/cas particuliers |
2) Triple négatif :
– Pembrolizumab : néoadjuvant puis adjuvant (stades II-III) ; métastatique avec PD-L1 CPS ≥ 10.
– Olaparib (inhibiteur de PARP) : si mutation BRCA1/2 constitutionnelle, adjuvant (OlympiA) ou métastatique ; talazoparib en métastatique.
– Sacituzumab govitecan (anticorps conjugué) : métastatique après chimiothérapie.
3) Traitements de support osseux :
– Bisphosphonates (acide zolédronique) : en adjuvant chez la femme ménopausée à risque, et en cas de métastases osseuses.
– Dénosumab : alternative en prévention des complications osseuses métastatiques.
6. Situations particulières :
| Situation | Points clés |
|---|---|
| Carcinome in situ (CCIS) | Chirurgie + radiothérapie ; hormonothérapie discutée si RH+ ; pas de curage |
| Cancer inflammatoire | Chimiothérapie première → mastectomie + curage → radiothérapie |
| Sujet âgé | Évaluation gériatrique ; hormonothérapie seule possible si RH+ et fragilité |
| Cancer de l’homme | Prise en charge proche de la femme ; tamoxifène en hormonothérapie, recherche BRCA2 |
| Grossesse | Chirurgie possible ; chimiothérapie possible à partir du 2e trimestre ; pas de radiothérapie ni d’hormonothérapie ni de thérapie anti-HER2 pendant la grossesse |
| Mutation BRCA | Chirurgie prophylactique à discuter, olaparib, surveillance renforcée |
| Préservation de la fertilité | À discuter avant la chimiothérapie chez la femme jeune |
7. Surveillance (recommandations françaises usuelles) :
– Examen clinique : tous les 6 mois pendant 5 ans, puis annuel.
– Mammographie (± échographie) : annuelle.
– Pas de bilan d’imagerie ni de marqueurs tumoraux systématiques en l’absence de signe d’appel.
– Suivi des effets secondaires : cardiaques, osseux, gynécologiques, fatigue, lymphœdème, soutien psychologique, activité physique, sevrage tabagique et alcoolique.
– Observance de l’hormonothérapie (arrêts fréquents, à encourager).
8. Points à retenir :
1. Radiothérapie systématique après conservateur (omission seulement si âge élevé, pT1 N0, RH+, hormonothérapie).
2. ≥ 4 N+ : irradiation pariétale + ganglionnaire sus-claviculaire.
3. Anti-aromatases : ménopause confirmée uniquement (sinon suppression ovarienne associée).
4. Tamoxifène : surveillance de l’endomètre ; anti-aromatases : surveillance osseuse.
5. Trastuzumab : 1 an, avec la chimio (taxane), pas avec les anthracyclines, surveillance FEVG.
6. Triple négatif : chimiothérapie, pembrolizumab, olaparib si BRCA.
7. RH+/HER2− métastatique : hormonothérapie + CDK4/6 en 1re intention.
8. Cancer inflammatoire : chimiothérapie première puis chirurgie et radiothérapie.