1. Formation du CJ :

1) Rappel des données morphologiques et histologiques du cycle ovarien :

On décrit 3 phases :

a) Phase folliculaire :

Le follicule primordial arrondi est constitué d’une volumineuse cellule centrale et arrondie : l’ovocyte, entourée d’une assise cellulaire épithéliale.

Sa croissance est marquée par l’augmentation de volume de l’ovocyte, et par une multiplication des cellules qui l’entourent.

– L’ovocyte va progressivement devenir excentrique refoulé par une cavité remplie de liquide (antrum).

– Les cellules folliculaires se multiplient en formant une assise pluristratifiée (granulosa) qui s’épaissit considérablement au niveau de l’ovocyte (cumulus prodiger).

– La granulosa est séparée du tissu conjonctif environnant par la membrane de Slavjansky.

– Ce tissu conjonctif se différencie en :

. thèque interne : grandes cellules ayant l’aspect d’un épithélium glandulaire,

. thèque externe : cellules fusiformes formant une enveloppe fibreuse conjonctive.

 Ainsi se constitue en 10 à 12 jours un follicule de De Graaf (10 à 20 mm).

b) Ovulation :

Terme du processus de maturation folliculaire, c’est la mise en liberté de l’ovule dès lors séparé de l’ovaire.

Elle se produit une seule fois au cours de chaque cycle menstruel normal entre la puberté et la ménopause.

L’ovocyte, entouré de sa couronne radiée est expulsé dans le péritoine avec le liquide folliculaire. Il est alors recueilli par les franges du pavillon tubaire.

c) Phase lutéale :

– phase de formation du CJ :

Le CJ est une entité biologique qui se développe en quelques heures après l’ovulation.

Le phénomène de lutéinisation, qui transforme la granulosa avasculaire en tissu lutéal richement vascularisé, est caractérisé par :

. un arrêt des mitoses (des cellules de la thèque interne + granulosa),

. une hypertrophie cellulaire (granuleuses lutéales) avec surcharge du cytoplasme en éléments indispensables à la stéroïdogenèse (mitochondries, réticulum…),

. la disparition de la membrane basale de Slavjansky met la granulosa en contact avec les vaisseaux sanguins et lymphatiques de la thèque interne qui la pénètrent.

Nb : Le CJ aboutit à une période de pleine activité environ 7 jours après l’ovulation.

– régression du CJ : la durée moyenne du CJ est de 12 à 14 jours.

Le processus d’involution commence quelques jours avant les règles suivantes :

. les fibroblastes apparaissent dans la cavité du CJ (3 jours avant les règles), ainsi que les monocytes et histiocytes,

. les cellules granuleuses présentent une vacuolisation du cytoplasme et une pycnose des noyaux,

. le signe le plus frappant : collapsus vasculaire par épaississement des parois vasculaires ++.

2) CJ en fonction de l’âge :

– avant la puberté : il n’y a ni ovulation, ni CJ.

– premiers cycles menstruels : souvent alutéaux, marqués simplement par une sécrétion cyclique ± régulière d’estrogènes,

– période d’activité génitale : ovulation régulièrement suivie de CJ,

–   ”    ”   préménopausique : cycles alutéaux, sécrétion estrogénique,

– ménopause : estrogènes, androgènes sécrétés par le stroma ovarien.

2. CJ : glande endocrine :

Le CJ est un organe endocrinien atypique dont la durée de vie est pré-programmée et dont la fonction est partiellement influencée par certains facteurs externes. Il se développe à partir du follicule qui a expulsé l’ovocyte, et est formé de cellules granuleuses et de cellules thécales lutéinisées.

La paroi folliculaire s’affaisse et se plisse.

1) Sécrétions du CJ :

Elles apparaissent très vite après l’ovulation et atteignent leur maximum entre le 4ème et 8ème jour de l’existence de la glande.

Le CJ est capable de produire toute la séquence des stéroïdes ovariens, avec prédominance de la progestérone (la voie prédominante étant celle de la D4).

La granulosa et la thèque lutéinisées pourraient, grâce à leur vascularisation extérioriser leur capacité de synthèse des estrogènes.

– la granulosa : jusqu’alors avasculaire, est pénétrée par des capillaires issus de la thèque interne. Ces cellules augmentent de volume et se chargent d’enclaves lipidiques pour devenir des cellules granuleuses lutéiniques sécrétrices de progestérone (40 mg/j).

—————————————————

Nb : la sécrétion de progestérone atteint son acmé au 6ème – 7ème jour de la phase lutéale avant de chuter progressivement jusqu’à la survenue des règles.                  

La diminution de la progestérone est suivie de l’augmentation des Pg F2α et d’une augmentation du rapport Pg F2α sur Pg E2 ⇒ solubilisation des membranes cellulaires et libération d’enzymes lysosomiales ⇒ destruction du CJ. 

—————————————————

– les cellules de la thèque interne : s’accumulent à la périphérie, entre les replis des cellules granuleuses lutéiniques et forment les cellules thécales lutéiniques sécrétant des estrogènes.

LE CJ NECESSITE UNE ACTIVITE GONADOTROPHIQUE BASALE AU COURS DE LA PHASE LUTEALE.

2) Biosynthèse et métabolisme des stéroïdes ovariens :

a) Synthèse de la progestérone :

A partir de l’acétate : acétate à cholestérol à prégnénolone à progestérone.

Cette synthèse nécessite des systèmes enzymatiques présents dans les cellules de la granulosa, qui deviennent très actifs sous l’impulsion de la vascularisation intense qui se produit après l’ovulation.

b) Synthèse des estrogènes : thèque interne

Les premières étapes : idem à la P.

Puis voir ci-dessus (de la D4 androstènedione, 2 voies sont donc possibles).

Les estrogènes et leurs métabolites sont éliminés dans les urines sous forme glycuroconjugués surtout.

c) Synthèse des androgènes :

Les androgènes (D4 androstènedione, testostérone) : étape intermédiaire de la biosynthèse des estrogènes par l’ovaire.

Le CJ n’excrète pas d’androgènes ; le tissu ovarien en sécrète en très faible quantité.

Métabolites urinaires : androstérone, étiocholanolone.

3) Devenir du CJ :

– Si l’ovule n’est pas fécondé : le CJ dégénère au bout d’une dizaine de jours, et la menstruation témoigne peu après de la cession de son activité (CJ menstruel).

La fibrose le transforme en une masse hyaline : le corpus albicans.

– Si l’ovule est fécondé : le CJ persiste et s’hypertrophie : c’est le CJ gravidique, qui conserve son activité pendant les 12 premières semaines de grossesse (grâce à la sécrétion de gonadotrophines chorioniques), puis le relais hormonal est pris par le placenta.

4) Régulation de la stéroïdogenèse du CJ :

– L’activité sécrétoire du CJ est stimulée par LH.

LH transforme le cholestérol en prégnénolone.

– In vitro, HCG augmente le rendement de synthèse. L’injection quotidienne pendant la phase lutéale prolonge la durée de celle-ci :

. augmente le taux de progestérone,

. augmente le taux d’estrogène (cette augmentation se manifeste plus longtemps, due à la stimulation par HCG de follicules nouveaux plutôt qu’à une stimulation du CJ).

3. Contrôle de l’activité du CJ au cours du cycle menstruel :

1) Rôle de l’hypothalamus :

– Sous l’influence de LHRH (neuro-hormone sécrétée par l’hypothalamus) : l’hypophyse décharge cycliquement 2 gonadotrophines : FSH et LH.

– La sécrétion de LHRH dépend de 2 types d’informations :

. venant du milieu intérieur : O et P (taux plasmatique),

.  ”   ”   ”    ”    extérieur : cortex et rhinencéphale, faisant intervenir des neurotransmetteurs : dopamine et noradrénaline (jouant un rôle facilitateur), et sérotonine (propriété inverse).

2) Rôle des gonadotrophines :

FSH et LH stimulent la maturation des gonades et contrôlent la gamétogénèse et la stéroïdogenèse.

Elles se lient à des récepteurs membranaires au niveau des cellules cibles de l’ovaire.

– FSH : hormone assurant la maturation folliculaire et la croissance de l’ovule. Elle agit exclusivement sur les cellules de la granulosa : elle est responsable de l’évolution du follicule jusqu’au stade de follicule de DE GRAAF, agissant en synergie avec l’estradiol.

. FSH augmente la production de E2, en stimulant la synthèse d’enzymes d’aromatisation (conversion androgènes à estrogènes).

. FSH et E2 pendant la phase folliculaire se potentialisent, stimulent les divisions cellulaires de la granulosa et préparent l’ovulation (augmente le nombre de récepteurs de LH dans ces cellules).

– LH : les récepteurs sont présents dans les cellules de la thèque, les cellules interstitielles, les cellules lutéales et à des degrés divers dans les cellules de la granulosa (où ils se développent sous l’effet de FSH).

LH agit sur ces cellules endocrines en stimulant la biosynthèse et la sécrétion d’estrogène, progestérone et androgènes.

La décharge préovulatoire de LH entraîne la maturation de l’ovocyte et le déblocage de la méiose ovocytaire (arrêtée au stade fœtal), et se produit sous l’effet du rétrocontrôle (+) de E2.

Alors que FSH en présence de E2 augmente le nombre de ces propres récepteurs, puis les récepteurs de LH, LH provoque une baisse de récepteurs de FSH, LH et E2 au moment de la lutéinisation.          

3) Etude du cycle menstruel :

a) Cycle de FSH :

– phase folliculaire : FSH croît dès le début, passe par un plateau entre le 8ème-12ème jour qui précédent l’ovulation, puis décroît légèrement,

– pic ovulatoire : contemporain de celui de LH, mais moins important, son taux est multiplié par 4,

– phase lutéale : taux diminué par rapport à celui de la phase folliculaire, minimum à J10 après le pic de LH, puis réascension avant le début du prochain cycle.

b) Cycle de LH :

– phase folliculaire : reste basse et constante,

– pic ovulatoire : il dure 24 h, survient au moment où la température est la plus basse, et précède de quelques heures l’ovulation,

– phase lutéale : diminue régulièrement.

c) 17ß-œstradiol :

– phase folliculaire : au début, taux très bas (50 pg/ml), puis s’élève graduellement en même temps que la croissance folliculaire s’amorce, freinant la sécrétion de FSH sans agir sur celle de LH (rétrocontrôle -),

– pic préovulatoire : de 250 pg/ml la veille du pic de LH, qui déclenche par un rétrocontrôle + le pic de LH, puis chute brutale en 24-48 h,

– phase lutéale : remontée rapide mais toujours inférieure au pic préovulatoire (150 pg/ml).

d) Progestérone :

– la veille du pic de LH : 0,20 ng/ml,

– pic de LH : 1,3 ng/ml,

– entre le 19ème et 24ème jour du cycle : elle atteint son maximum (20 ng/ml).

Nb :

. La lutéinisation commence peu avant l’ovulation (pic préovulatoire de la P).

. On peut admettre que des taux de 3 ng/ml traduisent la présence d’un CJ.

e) Prostaglandines et CJ :

Pg F2α est abondant dans l’utérus humain.

Nb : PgF2α agirait-il directement sur le CJ ou sur la vascularisation de celui-ci ? En effet, des études histologiques ont montré des modifications vasculaires identiques de l’endomètre menstruel (rupture vasculaire, thrombi, nécrose).

4. CJ pendant la grossesse :

Son rôle est indispensable jusqu’à la 13ème semaine environ, le placenta prenant ensuite le relais des sécrétions stéroïdiennes.

Au cours de la grossesse, le CJ perdra progressivement sa réceptivité vis-à-vis de HCG, mais persistera néanmoins jusqu’à quelques jours après l’accouchement.

La persistance du CJ au-delà du 14ème  jour après l’ovulation est le témoin d’une grossesse (en dehors de toute thérapeutique par HCG) :

– Cliniquement, le CJ persistant se traduit par :

. une température matinale qui se maintient au-dessus de 37°,

. un col congestif et violacé.

– Biologiquement : le dosage plasmatique met en évidence des sécrétions trophoblastiques et lutéales caractéristiques de la grossesse avant le retard des règles :

. sécrétion trophoblastique : HCG 9 à 10 jours après le pic de LH.

Le dosage de β-HCG élimine toute interférence avec LH et permet de déceler une activité trophoblastique 7 à 9 jours après la conception,

. sécrétion lutéale : les taux de P, 17OH-P, E2 augmente jusqu’à la 5ème ou 6ème semaine. A cette date commence le ralentissement de l’activité du CJ : chute de 17OH-P, stagnation P, tandis que le taux d’E2 continue à s’élever.

 

– En pratique : dosage précoce de ß-HCG : stérilité, ABRT à minima à répétition, suspicion d’une grossesse ectopique,

 

//////////// ajout ////////////////////

1) Aspects morphologiques et endocriniens :

Après le pic de LH et l’ovulation, la cavité folliculaire se remplit de sang.

Le développement du CJ passe par un stade de vascularisation au cours duquel les vaisseaux se développent de la thèque vers l’intérieur de la granulosa.

– Le CJ, qui représente environ 20 % de la masse de l’ovaire, commence alors à sécréter la P dont la production atteindra 40 µg/j 8 jours après le pic de LH, pour décliner progressivement et dis­paraître peu avant les menstruations.

– La sécrétion d’E2 augmente de nouveau après avoir chuté lors de l’ovulation, et se maintient un peu plus longtemps que celle de P.

La durée totale du CJ est de 14 ± 2 jours en l’absence de grossesse.

2) Régulation :

LH est le principal facteur hormonal stimulant le CJ ; son efficacité dépend du nombre de ses récepteurs, dont la formation a été induite par FSH en phase folliculaire.

Certains auteurs ont montré l’importance de FSH pour une fonction lutéale adéquate : un abaissement modéré de son taux en début de phase folliculaire induit une insuffisance du CJ.   

De même, il faut se souvenir que la P ne peut transformer l’endomètre de façon adéquate qu’à la condition d’un nombre suffisant de récep­teurs. Or c’est l’estradiol sécrété en phase folliculaire, et également lutéale, qui détermine leur nombre, ce qui explique en particulier l’effet potentiellement nocif pour l’endomètre des anti-estrogènes qu’on utilise pour stimuler l’ovulation.

Enfin le CJ inhibe lui-même la croissance folliculaire par l’intermé­diaire de la P qui, d’une part, inhibe la sécrétion hypophysaire de FSH et, d’autre part, s’oppose localement à ses effets sur l’ovaire.

Noter cette page

Laisser un commentaire