L’infection uro-génitale à chlamydia est due à une bactérie : Chlamydia trachomatis (CT).

Il s’agit d’une IST susceptible de provoquer une inflammation chronique de l’appareil génital.

Il s’agit d’un portage humain strict qui s’attrape uniquement par contact sexuel.

Les Chlamydia sont de minuscules bactéries intracellulaires obligatoires, de petite taille (300-500 nm), non colorables en Gram, dont le réservoir est strictement humain.

Le genre Chlamydia comporte trois espèces :

– C. trachomatis responsable du trachome, des infections oculo-génitales et de la lymphogranulomatose vénérienne,

– C. pneumoniæ, fréquent chez l’homme, responsable d’infections respiratoires,

– C. psittaci, rare chez l’homme, responsable de zoonoses.

Les effets de l’infection par C. trachomatis sont fréquemment masqués par les symptômes, semblables mais plus apparents (pertes et miction difficile) de la gonorrhée, qui survient souvent simultanément.

Facilement traitée par des antibiotiques, cette infection peut être grave si elle n’est pas enrayée ; elle peut entraîner des maladies inflammatoires pelviennes graves, des grossesses extra-utérines et peut même conduire à la stérilité chez l’homme et la femme.

Les enfants nés de mères infectées peuvent présenter des conjonctivites et des pneumonies.

Une souche de C. trachomatis transmise par une piqûre de mouche est à l’origine d’une maladie oculaire très grave conduisant parfois à la cécité, le trachome.

1. Epidémiologie :

L’infection à Chlamydia trachomatis est l’une des IST les plus fréquentes dans le monde.

En France, le nombre de cas diagnostiqués en secteur privé a plus que doublé entre 2014 et 2021, passant de 40.700 à 96.900 cas (données du Système National des Données de Santé chez les personnes de 15 ans et plus).

Entre 2021 et 2023, on observe une augmentation de 10 % des chlamydioses chez les hommes.

1) Chez les hommes :

CT est responsable de 60 % des urétrites et d’environ 50 % des cas d’épididymite.

⇒ Une infection à Chlamydia chez un homme pourrait ainsi diminuer sa fertilité.

2) Chez les femmes :

L’âge « privilégié » de la maladie se situe entre 18 et 25 ans.

Chlamydia trachomatis peut atteindre chez la femme tous les niveaux de l’appareil génital.

Les endocervicites représentent la localisation la plus fréquente des infections à Chlamydia trachomatis mais sont le plus souvent pauci ou asymptomatiques et donc méconnues.

La bactérie se développe au niveau de l’épithélium cylindrique endocervical où elle constitue un réservoir de l’infection.

Elle sera systématiquement recherchée devant un tableau de cervicite clinique ou anatomopathologique, en présence d’un ectropion, ou d’un saignement lors de l’écouvillonnage endocervical.

L’épidémiologie des chlamydioses recouvre donc un large éventail de tableaux cliniques :

– cervicites,

– urétrites,

– salpingites : 40 à 50 % des salpingites sont dues à Chlamydia trachomatis,

– pelvipéritonites, périhépatites…

Il faut insister sur l’importance du dépistage et du traitement de CT en raison des redoutables complications d’une infection chronique cliniquement muette, en effet CT est responsable de 80 % des stérilités tubaires et de 50 % des GEU en France.

Les lésions tubaires dues à CT constituent en effet une cause fréquente de GEU, de stérilité tubaire et d’échec des tentatives de FIV.

En France, l’endocervicite à C. trachomatis est la plus fréquente des infections gynécologiques chez les femmes jeunes sexuellement actives.

3) Facteurs de risque :

Les facteurs de risque de l’infection à Chlamydia trachomatis sont :

  • âge de moins de 25 ans,
  • sexualité précoce,
  • multiplicité des partenaires sexuels,
  • multipartenariat (au moins deux partenaires dans l’année),
  • changement de partenaire récent,
  • non-utilisation d’une méthode contraceptive de type barrière mécanique ou chimique,
  • antécédents d’IST (personnels ou chez le partenaire).

L’immunité contre le Chlamydia n’est que partielle et les réinfections sont possibles.

4) Chez la femme enceinte :

La bactérie transmise au nouveau-né lors de l’accouchement provoque une conjonctivite, voire une pneumopathie néonatale d’évolution favorable.

2. Pathogenèse :

– On distingue au sein de l’espèce Chlamydia trachomatis 15 sérotypes (sérovars).

– Les différents sérotypes sont responsables de différentes affections cliniques :

. les sérotypes A, B, et C sont responsables du trachome,

. les sérotypes D à K sont responsables de la chlamydiose génitale (IST),

. les sérotypes L1, L2, L3 sont responsables de la lymphogranulomatose vénérienne.

1) Trachome :

Le trachome (dont Chlamydia trachomatis tire son nom) est une kérato-conjonctivite très répandue dans les pays en voie de développement et qui entraîne un grand nombre de cécités.

C’est une maladie très contagieuse heureusement facile à combattre par antibiotiques.

2) Chlamydiose génitale :

La chlamydiose génitale est une IST très fréquente, se manifestant par des infections génitales : urétrites, cervicites, salpingites, endométrites.

3) Infections oculaires :

Infections oculaires comme les conjonctivites par auto-inoculation à partir d’un foyer génital, notamment chez le nouveau-né, dix jours après l’accouchement.

Mais aussi chez les enfants et adultes après contamination par eau de piscines insuffisamment chlorées.

Les sérotypes D et K sont responsables de ces conjonctivites folliculaires et parfois de kératites.

Le diagnostic est effectué par une recherche d’inclusions cytoplasmiques sur des cellules prélevées par frottis conjonctival.

4) Lymphogranulomatose vénérienne (LGV) :

La Lymphogranulomatose vénérienne ou maladie de Nicolas-Favre est rare dans les pays développés, mais connaît une recrudescence chez les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH), notamment en contexte de co-infection VIH (76 % des cas de LGV).

3. Germe en cause :

Chlamydia trachomatis est un petit bacille, parasite intracellulaire obligatoire (il ne peut survivre en dehors d’une cellule hôte).

Sa survie dans les vacuoles cytoplasmiques de la cellule parasitée est rendue possible par sa capacité à inhiber le complexe de fusion phagosome-lysosome.

C. trachomatis a un tropisme particulier pour l’épithélium glandulaire ce qui explique sa présence plus fréquente dans le col des jeunes femmes porteuses d’un ectropion étendu.

L’incubation est variable (quelques jours à quelques mois, en moyenne 10 à 15 jours).

Dans la moitié des cas, l’infection est totalement asymptomatique.

Lorsqu’il existe des symptômes, il s’agit, le plus souvent d’une urétrite subaiguë avec ou sans écoulement (transparent modéré), ou bien d’une cervicite mucopurulente.

4. Contamination :

– Les rapports sexuels (que ce soit oral, génital ou anal) avec un partenaire infecté est le mode de transmission le plus fréquent.

– Transmission de la mère à l’enfant au moment de l’accouchement.

– Contamination oculaire directe : auto-contamination des organes génitaux vers les yeux, par des mains souillées.

– Contamination oculaire indirecte possible par les mouches se posant sur les yeux des nouveau-nés dans les pays à forte endémie.

5. Clinique :

La durée de l’incubation est difficile à préciser, de 10 à 40 jours, et même plus.

1) Atteintes uro-génitales chez la femme :

a) Infection basse souvent asymptomatique :

Elle est marquée par une vulvo-vaginite subaiguë banale, mais surtout une cervicite avec parfois une urétrite.

– Cervicite :

. elle est le plus souvent asymptomatique +++,

. elle peut être pauci-symptomatique, et se manifeste par des pertes vaginales (leucorrhées jaunes/blanches), des métrorragies, des saignements post-coïtaux (spotting), un prurit vulvaire, des cystalgies (douleurs de vessie), un syndrome urétral, une dyspareunie,

. spéculum : l’aspect du col est variable : le plus souvent absence d’anomalie, beaucoup plus rarement colpite folliculaire.

– Urétrite : elle se manifeste par une dysurie, une pollakiurie, une pyurie avec cultures d’urines stériles.

b) Complications :

– Complications hautes possibles :

L’infection non traitée peut être à l’origine d’une propagation vers les différents organes de la sphère génitale, ce qui n’est pas sans conséquences sur le pronostic obstétrical de ces patientes :

. Endométrite : non ou mal traitée, elle peut être responsable de stérilité ou de fausses couches à répétition.

. Salpingite : dans sa forme aiguë classique, mais surtout dans sa forme subaiguë associant douleur, fébricule, métrorragie. À la cœlioscopie, on découvre une péritonite visqueuse.

La salpingite peut aussi être chronique (et asymptomatique), avec ces conséquences : stérilité tubaire (hydrosalpinx), GEU, douleurs pelviennes chroniques. Le diagnostic est bien souvent rétrospectif (bilan de stérilité, étude sérologique).

. Périhépatite (Sd de Fitz-Hugh-Curtis) : syndrome douloureux et fébrile de l’hypochondre droit, secondaire à l’extension de l’infection à la région périhépatique via la cavité utérine et les trompes.

– En cas de grossesse :

. risque d’infection néonatale au cours du passage de la filière génitale infectée,

. risque de conjonctivite néonatale et de pneumonie interstitielle au cours des premiers mois de la vie.

2) Atteintes uro-génitales chez l’homme :

a) Urétrite :

– Elle survient après une période d’incubation de 1 à 4 semaines.

– Elle est asymptomatique dans 20 % des cas.

– Elle se manifeste par une urétrite subaiguë (peu bruyante) : écoulement urétral matinal discret, visqueux et transparent, dysurie, gêne urétrale, rougeur du méat, écoulement clair, modéré et intermittent.

– Associée parfois à une dysurie lors de la première miction, à un prurit, à des picotements ou à des brûlures mictionnelles et une sensation de pesanteur au niveau des organes génitaux.

– En l’absence de traitement, l’infection évolue, dans la grande majorité des cas, vers l’extension vers le haut appareil génital (orchi-épididymite, prostatite).

b) Rectite :

– Elle peut être asymptomatique (fréquent chez les HSH).

– Elle se traduit par la survenue de douleurs anales, d’un écoulement anal, de ténesme et de constipation.

c) Complications : épididymite subaiguë :

– C’est la complication la plus fréquente d’urétrite à C. trachomatis (entre 1 et 3 % des cas).

– Elle provoque une douleur testiculaire unilatérale (orchi-épididymite aiguë avec urétrite et douleurs scrotales), un érythème scrotal et une sensibilité ou une augmentation de volume au-dessus de l’épididyme.

– Elle peut se compliquer d’une hémospermie.

– En cas de lésion bilatérale, C. trachomatis peut être une cause d’infertilité masculine (azoospermie excrétoire).

3) Atteintes dans les deux sexes :

Syndrome de Fiessinger-Leroy-Reiter (plus communément appelé syndrome de Reiter) ou syndrome oculo-urétro-synovial :

Il associe la triade classique : conjonctivite – urétrite – arthrite, ainsi que des troubles dermatologiques (balanite, érosions buccales, kératodermie palmo-plantaire).

Il s’agit en fait d’une polyarthrite réactionnelle survenant après une infection du tractus génital (ou digestif), avec conjointement ou isolément une atteinte oculaire (50 %), des lésions cutanéo-muqueuses (20 %) et, dans 5 % des cas, des lésions viscérales (cœur, système nerveux central).

Dû principalement à Chlamydiae trachomatis, il peut-être dû également à d’autres germes : Mycoplasma hominis, Ureaplasma urealyticum, Shigella flexneri, Salmonella spp, Yersinia enterocolitica, Campylobacter spp et Neisseria gonorrhœæ.

Il a été décrit par de nombreux chercheurs selon plusieurs étapes mais la description princeps a été attribuée à Hans Reiter en 1916.

Ce syndrome touche principalement les adultes jeunes de sexe masculin de la trentaine (militaires) et se caractérise par son polymorphisme clinique.

On estime qu’environ 1 % des hommes avec une urétrite à chlamydia développent un syndrome de Reiter.

Dans les trois-quarts des cas, cette affection survient chez des individus génétiquement prédisposés, porteurs du gène HLA-B27.

La pathogénie de ce syndrome reste incomprise ; toutefois, une réponse immunitaire particulière envers certains agents infectieux est considérée.

Cependant, l’éventualité d’une réaction d’immunité croisée entre des antigènes bactériens et HLA-B27 reste discutée.

Les techniques de PCR peuvent redresser le diagnostic lorsque les autres explorations microbiologiques standards sont en défaut.

Il n’y a pas de remède contre le syndrome de Reiter, le traitement est plutôt symptomatique faisant appel aux analgésiques et aux AINS pour l’atteinte articulaire, à des gouttes oculaires stéroïdiennes ou des préparations sous-conjonctivales pour l’atteinte oculaire.

L’utilisation de l’antibiothérapie est controversée.

Étant donné que les IST sont une cause importante du syndrome de Reiter, leur prévention est primordiale pour éviter ce syndrome.

4) Atteinte chez le nouveau-né et le nourrisson :

– La conjonctivite à Chlamydia trachomatis atteint 20 % des enfants exposés.

Elle survient entre le 5ème et le 14ème jour après la naissance, et constitue la porte d’entrée de pneumopathies, qui apparaissent au delà de la deuxième semaine de vie.

– Une pneumonie chez le nourrisson peut apparaître dès la 3ème semaine et jusqu’à 10 semaines après le contact avec la mère (généralement lors de l’accouchement).

La clinique se caractérise par des râles bronchiques diffus.

La radiographie de poumon montre une infiltration interstitielle bilatérale.

Le diagnostic est confirmé par les prélèvements pharyngés et recherche d’inclusions cytoplasmiques des chlamydias.

6. Diagnostic positif :

La recherche de Chlamydia trachomatis est facilitée par les techniques modernes.

Le diagnostic repose sur des examens de laboratoire spécialisés.

1) Prélèvements :

Le diagnostic repose avant tout sur la qualité du prélèvement qui doit être réalisé avant traitement, et qui doit recueillir des cellules infectées par grattage de la muqueuse.

– Ils sont réalisés avec une curette ophtalmique émoussée, un bactopick (écouvillon plastique à extrémité spiralée), un écouvillon d’alginate de calcium ou une cytobrosse pour recueillir un nombre important de cellules infectées.

– Les prélèvements seront réalisés au niveau de l’endocol et de l’urètre, mais aussi au niveau de l’endomètre, du liquide péritonéal et des franges pavillonnaires des trompes (prélèvement percœlioscopique). Ils doivent être placés dans un milieu de transport et acheminés rapidement au laboratoire.

Modalités de prélèvement selon le sexe :

Chez la femme :

. Prélèvement vaginal par autoprélèvement (méthode privilégiée).

. Prélèvement endocervical à l’aide d’un Bactopick par rotation de 10 secondes d’un geste appuyé.

. Éviter le prélèvement à la cytobrush qui fait saigner le col et gêne la technique PCR.

. Un prélèvement urétral peut être associé : l’association urètre + col donne la meilleure sensibilité.

. La recherche dans les urines de premier jet est possible mais moins sensible que le prélèvement vaginal.

. Prélèvement rectal et pharyngé selon les pratiques sexuelles.

Chez l’homme :

. Urines de premier jet (méthode privilégiée), particulièrement les urines du matin.

. Prélèvement urétral si nécessaire (plus inconfortable).

. Prélèvement rectal et pharyngé chez les HSH selon les pratiques sexuelles.

. Si un prélèvement urétral est réalisé, demander systématiquement un échantillon d’urine pour rechercher une leucocyturie.

2) Diagnostic :

a) Arguments biologiques non spécifiques :

Les infections hautes à Chlamydia trachomatis s’accompagnent fréquemment de signes biologiques d’infection et d’inflammation.

La NFS montre alors une hyperleucocytose (> 10.000/mm³) avec une polynucléose, la VS > 15 mm à la première heure et la CRP est élevée.

Mais le diagnostic biologique d’une infection à Chlamydia trachomatis repose avant tout sur la mise en évidence de l’agent infectieux ou de la réponse immunitaire qu’il engendre.

b) Mise en évidence de Chlamydia trachomatis (diagnostic direct) :

– La biologie moléculaire (PCR/TAAN – Test d’Amplification des Acides Nucléiques) est actuellement la méthode de référence dans le dépistage de Chlamydia trachomatis.

. Elle recherche directement le génome du Chlamydia et est très performante ; elle a une excellente spécificité et sensibilité (> 95 %).

. Elle est aisément réalisable sur prélèvement de l’endocol, l’urètre, autoprélèvement vaginal ou dans les urines (premier jet).

. La facilité du recueil et le mode de prélèvement non invasif permettent d’envisager de l’utiliser dans le dépistage de masse.

. Le test inclut aussi le dépistage de la co-infection par Neisseria gonorrhoeae (gonocoque).

. En cas de suspicion de LGV, un génotypage de CT doit être réalisé en cas de positivité du prélèvement rectal.

– Méthodes abandonnées :

. La culture cellulaire : ancienne méthode de référence, désormais abandonnée (coûteuse et lourde sur le plan technique).

. Les techniques immunologiques : détection des antigènes spécifiques de la bactérie par des anticorps anti-Chlamydia (immunofluorescence directe et ELISA) sont actuellement abandonnées en raison d’une sensibilité insuffisante.

– Concernant la sérologie : Cf chapitre spécial

. Le sérodiagnostic a peu d’intérêt pour les infections génitales basses qui impliquent une faible production d’anticorps.

. Son élévation (> 1/64) traduit habituellement une atteinte haute (salpingite, périhépatite).

. La négativité d’un test n’exclut donc pas le diagnostic.

. Les infections à Chlamydia trachomatis étant souvent paucisymptomatiques, le diagnostic est évoqué après un certain délai d’évolution. Il est donc rare de pouvoir détecter une séroconversion ou une augmentation significative du taux d’anticorps (multiplication du taux par 4) dans un 2ème sérum prélevé 15 jours plus tard.

– Note importante (HAS – 2011) :

Suite aux recommandations de la HAS (Haute Autorité de Santé) en France, les méthodes qui utilisaient la culture cellulaire, la détection d’antigènes par immunofluorescence ou ELISA et la détection du génome de Chlamydia trachomatis par biologie moléculaire sans amplification ont été supprimées de la Nomenclature Des Actes De Biologie Médicale (NABM) le 4 novembre 2011. La sensibilité ou la spécificité de ces méthodes ont été jugées insuffisantes.

Actuellement seule une technique est inscrite à la NABM : il s’agit de la recherche d’ADN ou d’ARN de Chlamydia trachomatis par amplification génique (PCR/TAAN) in vitro.

7. Dépistage :

1) Stratégie de dépistage (Recommandations 2024-2025) :

– Dépistage systématique recommandé :

. Toutes les femmes sexuellement actives de moins de 25 ans : au minimum une fois par an.

. Tous les HSH : dépistage trimestriel (tous les 3 mois).

– Dépistage ciblé recommandé pour :

. Multipartenariat (au moins deux partenaires dans l’année).

. Changement de partenaire récent.

. Individus ou partenaires diagnostiqués avec une autre IST.

. Antécédents d’IST.

. Personnes en situation de précarité.

. Avant une IVG.

. Dans le cadre d’un parcours PrEP.

2) Modalités de dépistage sans ordonnance (depuis septembre 2024) :

– Pour les moins de 26 ans :

Le dépistage de Chlamydia trachomatis est gratuit (pris en charge à 100 % sans avance de frais) et sans ordonnance en laboratoire de biologie médicale depuis le 1er septembre 2024.

Le dispositif « Mon test IST » permet un dépistage sans rendez-vous pour 5 IST :

. Chlamydia.

. Gonocoque.

. VIH/Sida.

. Syphilis.

. Hépatite B.

Nouveauté depuis le 1er juillet 2025 :

Les jeunes femmes de 18 à 25 ans peuvent commander gratuitement un kit de dépistage par autoprélèvement à domicile sur le site mon-test-ist.ameli.fr pour dépister Chlamydia et gonocoque. Ce service sera étendu aux hommes au cours du second semestre 2025.

– Pour les 26 ans et plus :

Le dépistage de Chlamydia est remboursé à 60% par l’Assurance Maladie (nécessite une ordonnance pour une prise en charge optimale).

3) Centres gratuits :

Les Centres Gratuits d’Information, de Dépistage et de Diagnostic (CeGIDD) offrent un dépistage gratuit et anonyme pour tous, sans limite d’âge.

8. Traitement :

1) Traitement des chlamydioses uro-génitales basses non compliquées :

Recommandations HAS – Avril 2025.

Infections non compliquées (cervicite, urétrite, infection rectale ou pharyngée) :

a) En première intention (Grade B) :

– Doxycycline 100 mg × 2/jour pendant 7 jours :

. Il s’agit du traitement de référence.

. Efficacité supérieure à l’azithromycine, notamment pour les localisations rectales et pharyngées.

. Prise pendant le repas avec un grand verre d’eau.

. Ne pas s’allonger pendant l’heure suivant la prise.

. Protection solaire recommandée pendant le traitement.

b) En deuxième intention (Grade C) :

– Azithromycine (Zithromax ®) 1 g en dose unique :

. En cas de contre-indication à la doxycycline.

. En cas d’allergie.

. Traitement adapté aux personnes non compliantes.

Nouveauté 2025 : Doxycycline autorisée au 1er trimestre de grossesse.

C’est une des évolutions majeures des recommandations 2025 : la doxycycline peut désormais être utilisée au 1er trimestre de grossesse sur la base de données rassurantes (notamment du CRAT) et d’une efficacité supérieure à l’azithromycine.

c) Chez la femme enceinte :

– 1ère intention : Doxycycline 100 mg × 2/jour pendant 7 jours (y compris au 1er trimestre).

– 2ème intention : Azithromycine 1 g en dose unique (allergie, grossesse au 2ème et 3ème trimestre).

d) Chez le nouveau-né et le nourrisson :

Infections néonatales à Chlamydia (conjonctivites, pneumopathies) :

– Azithromycine orale 20 mg/kg/jour pendant 3 jours.

– L’antibiothérapie locale seule (pommade ou collyre) n’est pas recommandée.

e) Lymphogranulomatose vénérienne (LGV) :

– Doxycycline 100 mg × 2/jour pendant 21 jours (3 semaines).

– En cas de suspicion de LGV sans génotypage : contrôle microbiologique à 4 semaines si la doxycycline n’a pas pu être utilisée.

2) Traitement des chlamydioses uro-génitales hautes :

– En cas de complication chez l’homme (épididymite) :

Un traitement de 3 à 4 semaines est nécessaire.

– En cas de syndrome pelvien inflammatoire (salpingite) : Cf chapitre spécial

Un traitement reposant sur une triple antibiothérapie par voie IV est administré :

. Amoxicilline + acide clavulanique.

. Doxycycline.

. Métronidazole.

Durée : 6 à 10 jours par voie IV puis relais per os pendant 3 à 4 semaines.

3) Mesures associées au traitement :

a) Abstinence sexuelle ou protection :

– Jusqu’à résolution des symptômes.

– ET jusqu’à la fin du traitement par doxycycline.

– OU 7 jours après la dernière dose d’azithromycine.

b) Notification et traitement des partenaires (Grade A) :

– Le signalement au(x) partenaire(s) par le cas index doit être systématique.

– La période sur laquelle identifier les partenaires à notifier est de 6 mois.

– Le partenaire doit faire l’objet d’une évaluation médicale et réaliser un TAAN CT.

– Si le dernier rapport sexuel potentiellement contaminant remonte à moins de 14 jours, un traitement préventif est proposé (quel que soit le résultat du TAAN CT).

– Nouveauté 2024 : Les médecins peuvent prescrire un traitement préventif aux partenaires sexuels sans consultation préalable, sur la base d’une simple déclaration du patient infecté.

9. Évolution et pronostic :

1) Contrôle de guérison (Test de contrôle) :

– La réalisation d’un TAAN CT pour contrôler la guérison 4 semaines après la fin du traitement est recommandée UNIQUEMENT dans les situations suivantes (Grade A) :

. En cas de grossesse.

. Si l’azithromycine est utilisée pour traiter une infection rectale.

. Si le traitement de 1ère ligne n’est pas utilisé en cas de LGV.

. Si le traitement de 1ère ligne n’est pas utilisé en cas de suspicion de LGV sans possibilité de réalisation du génotypage de CT.

Si les symptômes persistent.

– Simplification 2024-2025 : Le contrôle de guérison n’est plus systématique mais réservé à des situations spécifiques.

2) Dépistage de réinfection :

Un test de réinfection 3 mois après le diagnostic initial est recommandé chez tous les patients (Grade B), car :

– Le risque de réinfection est élevé (environ 15-20% dans les 3-6 mois).

– Les réinfections sont souvent asymptomatiques.

– Une réinfection augmente le risque de complications.

3) En cas de persistance :

En cas de persistance des plaintes et d’un écoulement urétral chez l’homme, il convient de réaliser un interrogatoire et un examen clinique approfondis et une échographie prostatique à la recherche de :

– un autre agent infectieux associé (Trichomonas vaginalis, Gardnerella vaginalis, Candida albicans, Mycoplasma genitalium).

– une mauvaise compliance au traitement.

– une recontamination vénérienne (« effet ping-pong »).

– une résistance à l’antibiotique utilisé (très rare pour CT).

10. Prévention :

1) Mesures individuelles :

Il convient d’insister sur la recherche et le traitement systématique des partenaires sexuels.

– Il est recommandé au patient, pendant le traitement, soit de s’abstenir de tout rapport sexuel, soit d’avoir des rapports sexuels protégés.

– La prophylaxie est surtout individuelle (hygiène rigoureuse des mains et du linge en phase aiguë) et sur l’utilisation de préservatifs (masculins ou féminins).

2) Dépistage des autres IST :

– Pratiquer une sérologie syphilitique (VDRL et TPHA) :

. Qui sera renouvelée 1 et 3 mois plus tard si on a utilisé un antibiotique inactif sur le tréponème.

. Non renouvelée dans le cas contraire, car le traitement stérilise une syphilis contractée dans le même rapport.

– Pratiquer une sérologie VIH après accord du patient, et qui sera renouvelée 3 mois plus tard.

– Dépistage du gonocoque et autres IST selon les pratiques sexuelles et les facteurs de risque.

3) Prévention populationnelle :

– Dépistage gratuit pour les moins de 26 ans depuis septembre 2024 (sans ordonnance, sans avance de frais).

– Campagnes d’information sur les IST auprès des jeunes (établissements scolaires, planning familial, centres de santé sexuelle).

– Information sur l’existence des autoprélèvements vaginaux pour faciliter le dépistage.

4) Prévention post-exposition (DoxyPEP) :

Nouveauté 2024 : La doxycycline en prophylaxie post-exposition (DoxyPEP) a montré son efficacité dans la prévention des infections à Chlamydia chez les HSH et les personnes transgenres.

Cette stratégie consiste en :

– Doxycycline 200 mg en dose unique dans les 24-72 heures suivant un rapport sexuel non protégé.

– Efficacité : réduction de 70 % des infections à Chlamydia et gonocoque.

– Réservée aux populations à haut risque (HSH sous PrEP, antécédents d’IST récurrentes).

– Prescription sur demande en consultation spécialisée.

PRELEVEMENT POUR RECHERCHE DE CHLAMYDIAE PAR PCR
 

1) Chez la femme :

a) Prélèvement privilégié : Autoprélèvement vaginal

– Le plus simple et le mieux accepté.

– Sensibilité équivalente au prélèvement endocervical.

– Peut être réalisé à domicile (kit d’autoprélèvement disponible depuis juillet 2025).

– Instructions : introduire l’écouvillon dans le vagin (environ 5 cm) et le tourner pendant 10-15 secondes.

b) Prélèvement endocervical (si examen gynécologique) :

– La recherche de Chlamydia trachomatis se fait habituellement au niveau du col : à l’aide d’un Bactopick par rotation de 10 secondes d’un geste appuyé afin de récupérer suffisamment de cellules.

– Éviter le prélèvement à la cytobrush qui fait saigner le col et gêne la technique PCR (une cervicite rend le col fragile et le saignement n’est pas toujours évitable).

– Un prélèvement au niveau de l’urètre après retrait du spéculum à l’aide d’un bactopick peut être réalisé : l’association urètre + col est le prélèvement qui donne la meilleure sensibilité.

– Le prélèvement d’urètre doit être fait avec délicatesse pour éviter des brûlures désagréables après le prélèvement.

c) Urines de premier jet :

– La recherche de Chlamydiae dans les urines de premier jet est possible mais elle est moins sensible que le prélèvement vaginal chez la femme.

– Un échantillon d’urine chez la femme est intéressant et souhaitable pour rechercher une leucocyturie associée.

d) Autres prélèvements selon les pratiques sexuelles :

– Prélèvement rectal : si rapport anal réceptif (important chez les femmes ayant des rapports anaux).

– Prélèvement pharyngé : si fellation (moins fréquemment positif mais à considérer).

2) Chez l’homme :

a) Prélèvement privilégié : Urines de premier jet

Les techniques de PCR permettent aujourd’hui d’éviter un prélèvement urétral chez l’homme pour une recherche de Chlamydia trachomatis.

– Il est indispensable par contre de récupérer des urines de premier jet (les 10-20 premiers ml), et plus particulièrement les urines du matin.

– Ne pas uriner dans les 2 heures précédant le prélèvement (idéalement).

– Recueillir uniquement le premier jet dans un flacon stérile.

b) Prélèvement urétral (si nécessaire) :

– Si un prélèvement urétral est réalisé, il faut demander systématiquement un échantillon d’urine pour rechercher une leucocyturie.

– Introduire délicatement l’écouvillon dans l’urètre (1-2 cm) et tourner.

c) Prélèvements systématiques chez les HSH :

– Prélèvement rectal : systématique (40-60 % des infections à CT chez les HSH sont rectales).

– Prélèvement pharyngé : systématique (10-20% des infections).

– Urines de premier jet : systématique.

L’interrogatoire doit faire décrire des signes d’urétrite : brûlures mictionnelles, prurit du méat, prurit urétral, écoulement urétral matinal, dysurie, rougeur du méat.

3) Conditions de conservation et d’acheminement :

– Les prélèvements doivent être placés dans un milieu de transport spécifique fourni par le laboratoire.

– Conservation à température ambiante pendant 24-48 heures maximum.

– Pour les autoprélèvements : suivre les instructions du kit (généralement stable plusieurs jours).

– Étiquetage correct avec identification du patient et du site de prélèvement.

Pour le lecteur pressé

Epidémiologie :

– IST la plus fréquente en France.

– Doublement des cas entre 2014 et 2021.

– Asymptomatique dans 50-70 % des cas.

 Dépistage :

– Gratuit et sans ordonnance pour les moins de 26 ans depuis septembre 2024.

– Autoprélèvement vaginal à domicile disponible pour les femmes de 18-25 ans depuis juillet 2025.

– Dépistage recommandé annuellement chez toutes les femmes < 25 ans sexuellement actives.

– Dépistage trimestriel chez les HSH.

 Diagnostic :

– PCR/TAAN : méthode de référence (sensibilité > 95%).

– Autoprélèvement vaginal = méthode privilégiée chez la femme.

– Urines de premier jet = méthode privilégiée chez l’homme.

– Prélèvements multisites chez les HSH (urétral/urinaire + rectal + pharyngé).

 Traitement :

– 1ère intention : Doxycycline 100 mg × 2/jour pendant 7 jours.

– 2ème intention : Azithromycine 1 g en dose unique.

– Nouveauté 2025 : Doxycycline autorisée au 1er trimestre de grossesse.

– Traitement des partenaires systématique (période de notification : 6 mois).

– Traitement préventif des partenaires si exposition < 14 jours.

Contrôle :

– Test de contrôle non systématique (uniquement grossesse, rectite traitée par azithromycine, LGV, symptômes persistants).

– Test de réinfection recommandé à 3 mois chez tous les patients.

 Complications :

– 80 % des stérilités tubaires.

– 50 % des GEU.

– Salpingites chroniques asymptomatiques.

– Infections néonatales (conjonctivite, pneumonie).

 Prévention :

– Préservatifs (masculins ou féminins).

– Dépistage régulier des populations à risque.

– Notification et traitement des partenaires.

– DoxyPEP chez les HSH à haut risque (nouveauté 2024).

– Campagnes de sensibilisation auprès des jeunes.

– Document actualisé en novembre 2025 selon les dernières recommandations de la HAS (avril 2025), de Santé Publique France et les nouvelles modalités de dépistage gratuit.

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