1. Définition et principe :
– Promontofixation (sacrocolpopexie, ou sacrohystéropexie si l’utérus est conservé) : suspension du dôme vaginal (ou de l’isthme utérin) au ligament vertébral antérieur (LVA), en regard du promontoire, par une prothèse.
– Matériau : polypropylène monofilament macroporeux (type I d’Amid), sous forme de deux bandelettes (antérieure et postérieure) ou d’une prothèse en Y.
– Voies d’abord : laparotomie, cœlioscopie, ou robot-assistée.
– Place : traitement de référence du prolapsus apical chez la femme active, le plus souvent associé à la correction des compartiments antérieur et postérieur.
2. Rappels anatomiques :
– Promontoire et LVA : le ligament longitudinal antérieur recouvre S1 et le disque L5-S1. La fixation se fait en regard de S1, en dessous du disque, pour éviter la spondylodiscite.
– Vaisseaux sacrés médians : situés sur la ligne médiane, source d’hémorragie présacrée.
– Veine iliaque commune gauche : proche du promontoire, vulnérable.
– Uretère droit : longe l’axe iliaque, à distance de la zone de dissection.
– Sigmoïde et rectum : à refouler pour exposer le promontoire.
– Plexus hypogastrique supérieur (nerf présacré) : à préserver.
– Espaces de dissection : vésico-vaginal en avant, recto-vaginal en arrière, jusqu’aux releveurs.
3. Indications et contre-indications :
1) Indications :
– Prolapsus apical symptomatique (hystérocèle ou prolapsus du dôme après hystérectomie), stade ≥ II.
– Prolapsus multi-compartimentaire.
– Récidive après chirurgie vaginale en tissu natif.
– Femme active sexuellement, sans contre-indication à la cœlioscopie, avec échec ou refus du traitement conservateur.
2) Contre-indications ou précautions :
– Contre-indication à la cœlioscopie ou au pneumopéritoine (cardiopathie ou BPCO sévère).
– Infection pelvienne ou vaginale active.
– Pathologie utérine ou cervicale non explorée.
– Terrain à risque d’exposition de prothèse : tabagisme actif, corticothérapie, radiothérapie pelvienne antérieure.
– Femme très âgée ou fragile : discuter la voie vaginale en tissu natif ou la colpocléisis.
– Obésité morbide, adhérences majeures (difficulté technique).
– Désir de grossesse (relatif).
– Refus de prothèse.
3) Rappel réglementaire :
Les prothèses vaginales de renfort ont été retirées du marché en France en 2019. Cela ne concerne pas la promontofixation.
4. Bilan préopératoire :
– Examen : POP-Q, test de réduction pour dépister une IUE masquée, trophicité vaginale.
– Examens : échographie pelvienne (utérus, endomètre), frottis à jour, ECBU, bilan urodynamique selon les symptômes, IRM dynamique en cas de doute.
– Préparation : œstrogènes locaux 4 à 6 semaines en post-ménopause (réduction du risque d’exposition), arrêt du tabac, bilan préanesthésique.
– Information : nature de la prothèse, risques propres (exposition, spondylodiscite), remise de la carte d’implant.
5. Installation et matériel :
– Position gynécologique, Trendelenburg prononcé, sonde urinaire.
– Dilatateur ou valve vaginale pour mobiliser le dôme, manipulateur utérin si l’utérus est conservé.
– Trocarts : optique ombilical et 3 trocarts accessoires (fosses iliaques, sus-pubien).
– Prothèse en polypropylène monofilament macroporeux, fils non résorbables, fil résorbable pour la péritonisation.
6. Technique opératoire :
1) Exposition :
– Exploration de la cavité, refoulement du sigmoïde.
– Identification du promontoire, du LVA, des vaisseaux sacrés médians, de la veine iliaque commune gauche et de l’uretère droit.
2) Ouverture du péritoine présacré :
– Incision en regard du promontoire, vers le cul-de-sac de Douglas, à droite de l’axe et à distance de l’uretère.
– Dégagement du LVA sur environ 2 cm, hémostase des vaisseaux sacrés médians.
3) Dissection des espaces vaginaux :
– Espace vésico-vaginal : décollement de la vessie de la face antérieure du dôme ou du col.
– Espace recto-vaginal : ouverture du Douglas et dissection de la paroi vaginale postérieure vers les releveurs.
4) Fixation des bandelettes au vagin :
– Bandelette antérieure sur le fascia pubo-cervical, bandelette postérieure sur le fascia recto-vaginal, descendues aussi bas que nécessaire.
– Points de fil non résorbable ou à résorption lente, espacés d’environ 1 cm, sans traverser la muqueuse vaginale.
– Si l’utérus est conservé (hystéropexie), passage de la bandelette dans une fenêtre du ligament large, autour de l’isthme.
5) Fixation au promontoire :
– Les bras de la prothèse sont amenés au promontoire.
– Fixation sur le LVA par 1 à 2 points non résorbables, en regard de S1, sans pénétrer le disque.
– Réglage sans tension excessive : on ne fait que replacer le dôme en position physiologique.
6) Péritonisation :
Recouvrement complet des prothèses par le péritoine (fil résorbable, éventuellement barbelé), pour éviter les adhérences et l’occlusion.
7) Contrôles et gestes associés :
– Hémostase, vérification de l’absence de plaie, cystoscopie en cas de doute ou de geste urinaire associé.
– IUE : colposuspension de Burch cœlioscopique ou bandelette sous-urétrale, selon le contexte (CARE).
– Rectocèle : périnéorraphie ou colporraphie postérieure complémentaire.
– Élytrocèle : fermeture du cul-de-sac de Douglas (Halban, Moschcowitz) si besoin.
– Hystérectomie associée : préférer la subtotale, car l’hystérectomie totale concomitante augmente le risque d’exposition.
Variantes :
– Robot-assistée : résultats équivalents à la cœlioscopie, mais temps opératoire plus long, douleurs plus marquées et coût plus élevé (Paraiso 2011).
– Laparotomie : résultats anatomiques équivalents, morbidité plus élevée.
7. Résultats :
– Succès subjectif : environ 85 à 95 %.
– Succès anatomique apical : supérieur à 90 % ; global de l’ordre de 75 à 90 % selon les définitions. La récidive augmente progressivement avec le temps (CARE).
– Comparaison avec la voie vaginale : moins de récidives apicales et moins de dyspareunie, mais temps opératoire plus long et coût plus élevé (Cochrane, Maher).
– Qualité de vie : amélioration nette (PFDI-20, PISQ-12, PGI-I).
– Dyspareunie de novo : environ 5 à 15 %.
– Constipation de novo : environ 10 à 20 % si fixation postérieure trop tendue.
– IUE de novo : environ 44 % sans geste anti-incontinence contre 24 % avec Burch à 3 mois (CARE).
– Reprise : environ 5 % pour récidive de prolapsus, environ 3 à 5 % pour complication de prothèse.
8. Complications :
1) Peropératoires :
– Hémorragie présacrée : coagulation bipolaire, clips, compression ; conversion si besoin.
– Plaie de la veine iliaque commune, de l’uretère, de la vessie, du sigmoïde ou du rectum.
– Conversion en laparotomie (rare).
2) Précoces (< 30 jours) :
– Hématome, infection, abcès pelvien.
– Iléus, occlusion (péritonisation incomplète).
– Rétention urinaire, infection urinaire, thrombose.
– Spondylodiscite L5-S1 : < 1 %, mais grave. Elle associe douleurs lombaires fébriles et syndrome inflammatoire. Elle impose IRM, prélèvements, antibiothérapie prolongée et parfois ablation de la prothèse.
3) Tardives (> 30 jours) :
– Exposition vaginale de prothèse : environ 2 à 5 % à court terme, jusqu’à environ 10 % à 7 ans. Elle se traite d’abord par œstrogènes locaux, puis par résection de la zone exposée par voie vaginale. Ablation partielle ou totale en cas d’échec.
– Érosion, rétraction douloureuse, infection chronique de prothèse.
– Dyspareunie, douleurs pelviennes ou lombaires.
– Constipation, dyschésie.
– Récidive, notamment cystocèle.
– Éventration sur orifice de trocart.
9. Suites opératoires :
– Séjour de 1 à 2 jours, sonde urinaire retirée à J1.
– Antalgiques, laxatifs pendant 2 à 4 semaines.
– Pas de port de charges ni d’effort de poussée pendant 4 à 6 semaines.
– Rapports sexuels à partir de 6 à 8 semaines, après contrôle de la cicatrisation.
– Consultation à 6 semaines, puis suivi annuel.
– Signes d’alerte : douleur lombaire avec fièvre, saignements ou pertes inhabituelles, douleur pelvienne persistante.
10. Cas particuliers :
– Femme âgée (au-delà de 70 à 75 ans) : balance bénéfice-risque, alternatives : voie vaginale en tissu natif, colpocléisis, pessaire.
– Conservation utérine (hystéropexie) : résultats comparables dans les séries, à réserver aux patientes informées et sans pathologie utérine ni cervicale.
– Récidive après chirurgie vaginale : indication privilégiée.
– Obésité : difficulté technique, durée opératoire plus longue.
– Post-radiothérapie ou corticothérapie : risque d’exposition majoré, indication à discuter.
11. Alternatives :
– Pessaire (voir le cours dédié).
– Voie vaginale en tissu natif : fixation sacro-épineuse (Richter), suspension utéro-sacrée (McCall/Shull). Ces techniques sont moins efficaces sur le plan apical que la promontofixation, mais évitent la prothèse.
– Colpocléisis, chez la femme sans activité sexuelle.
12. Compte-rendu opératoire type :
PROMONTOFIXATION CŒLIOSCOPIQUE :
. Date, opérateur, aides, anesthésie, indication, antibioprophylaxie : [à préciser].
. Installation en Trendelenburg, position gynécologique, sonde urinaire, dilatateur vaginal [oui/non].
. Trocarts : [nombre et positions].
. Exploration : [résultats].
. Refoulement du sigmoïde, exposition du promontoire, identification du LVA, des vaisseaux sacrés médians, de l’uretère droit.
. Ouverture du péritoine présacré, dissection des espaces vésico-vaginal et recto-vaginal.
. Fixation des bandelettes antérieure et postérieure par [fil, nombre de points] sans pénétration de la muqueuse vaginale.
. Fixation au LVA en regard de S1 par [fil, nombre de points], sans pénétrer le disque, sans tension excessive.
. Péritonisation complète de la prothèse par [fil].
. Gestes associés : [Burch, bandelette sous-urétrale, périnéorraphie, hystérectomie subtotale, autre].
. Contrôle : hémostase, absence de plaie, cystoscopie [oui/non].
. Pertes sanguines : [estimation]. Compte des compresses : [exact].
. Suites et consignes : [à préciser].
Références :
Maher C et al. Surgery for women with apical vaginal prolapse. Cochrane 2023.
Nygaard IE et al. (CARE, 7 ans). JAMA 2013.
Brubaker L et al. (CARE). N Engl J Med 2006.
Maher CF et al. Abdominal sacral colpopexy or vaginal sacrospinous colpopexy for vaginal vault prolapse. Am J Obstet Gynecol 2004.
Paraiso MFR et al. A randomized trial comparing conventional and robotically assisted total laparoscopic hysterectomy and sacrocolpopexy. Obstet Gynecol 2011.
CNGOF. Recommandations pour la pratique clinique : prise en charge du prolapsus génital de la femme, 2016.
Points clés
– Promontofixation = traitement de référence du prolapsus apical chez la femme active.
– Prothèse en polypropylène monofilament macroporeux, fixée en regard de S1, sans pénétrer le disque.
– Réglage sans tension excessive ; péritonisation complète.
– Hystérectomie associée : subtotale de préférence.
– Penser à l’IUE masquée (Burch ou bandelette selon le contexte).
– Surveiller la spondylodiscite (douleur lombaire fébrile) et l’exposition de prothèse.