Note terminologique : Pthirus ou phtiriase ?
Les deux termes sont corrects, mais désignent des choses différentes :
– Phtiriase (h avant le t) = la maladie, du grec φθείρ (phtheir) = pou.
– Pthirus pubis (h après le t) = le parasite, nomenclature de Linnaeus 1758, intangible selon l’ICZN.
– Phtirius / Pthirius pubis = ❌ formes fautives fréquentes dans la littérature.
La HAS 2024 le rappelle explicitement : « La nomenclature plaçant le h après le t ne peut être modifiée. »
La phtiriase pubienne, également appelée pédiculose inguinale ou « morpions », est une ectoparasitose due à Pthirus pubis ou pou de pubis, insecte hématophage de l’ordre des Anoploures.
Affection bénigne mais gênante, elle est classée parmi les IST mineures.
Sa prévalence a nettement diminué dans les pays occidentaux depuis les années 2000, en lien avec la généralisation de l’épilation pubienne intégrale, qui réduit la surface de colonisation disponible.
La propagation d’un sujet à un autre se fait grâce à un contact direct très rapproché, pendant des rapports sexuels avec une personne infectée.
La contagion peut aussi s’effectuer par un contact indirect avec des vêtements, des serviettes, des draps ou d’autres articles contaminés.
La prévalence mondiale reste estimée entre 1,3 % et 4,6 % de la population générale (HAS, 2024).
1. Agent pathogène :
1) Morphologie :
Pthirus pubis est un ectoparasite de couleur gris-brun mesurant 1 à 3 mm.
Son corps est raccourci et large, avec des pattes puissantes munies de grosses pinces, d’où sa ressemblance avec un crabe et son surnom populaire de « morpion ».
Il se distingue des poux de tête par :
– son corps plus court et plus large,
– ses griffes adaptées aux poils à section triangulaire (pubis, périnée, cils, sourcils), d’où sa localisation préférentielle : la pilosité génitale (pubis).
2) Biologie :
L’adulte se fixe à l’émergence du poil et introduit ses pièces buccales en permanence dans la peau (piqures) pour se nourrir de sang (hématophagie).
Ces piqûres causent de petites lésions bleues et, quelquefois, des réactions allergiques graves.
– Durée de vie : 21 à 28 jours.
– Ponte (femelle) : 3 à 6 œufs/jour ; soit environ 140 œufs au total.
– Un cocon se forme autour de l’œuf qui, en raison de la sécrétion collante sécrétée par les poux, est attaché et maintenu longtemps sur les poils. L’œuf et le cocon s’appellent des lentes.
– Les lentes (~ 1 mm) sont solidement collés à la tige pilaire par cette sécrétion adhésive.
– Le pou adulte survit 24 heures hors contact avec l’homme ; les lentes, au maximum 8 jours.
– Les lentes ne sont pas transmises directement de personne à personne.
3) Localisations :
Région de prédilection : pubis, périnée, scrotum, pli périanal.
Localisations rares mais possibles : cils, sourcils, aisselles, pilosité thoracique, bord du cuir chevelu.
⚠️ Atteinte des cils : une phtiriase ciliaire nécessite un avis ophtalmologique.
Le traitement local standard est contre-indiqué sur les paupières.
On recourt à l’application de vaseline épaisse (asphyxie mécanique) ou à l’ivermectine per os.
2. Épidémiologie et transmission :
La transmission se fait principalement par :
– Contact direct étroit : rapports sexuels avec un partenaire infecté (voie principale).
– Contact indirect : partage de vêtements, serviettes, draps ou literie contaminés (voie accessoire).
⚠️ Point essentiel : le préservatif ne protège pas de la phtiriase pubienne. La transmission se fait par contact cutané direct entre régions pileuses, indépendamment de la pénétration.
⚠️ Populations à risque : adultes sexuellement actifs entre 15 et 35 ans, sans distinction de sexe ni de niveau socio-économique. Une hygiène irréprochable ne protège pas de la contamination.
⚠️ Association fréquente aux autres IST : la découverte d’une phtiriase pubienne doit systématiquement conduire à un dépistage des autres IST : VIH, syphilis, gonococcie, Chlamydia trachomatis, hépatites B et C.
3. Symptomatologie :
La période d’incubation est de 1 à 3 semaines après la contamination.
Dans environ 40 % des cas, l’infestation est asymptomatique.
Les principaux signes cliniques sont :
– Prurit pubien : signe cardinal, intense, prédominant la nuit, pouvant entraîner des lésions de grattage (érosions, excoriations, voire surinfection bactérienne de type impétigo).
– Papules érythémateuses : réaction inflammatoire locale aux piqûres.
– Macules bleutées (taches de Denier) : lésions bleutées de 1 à 3 cm sur le tronc et les cuisses, liées à la salive anticoagulante du parasite. Signe quasi pathognomonique.
– Adénopathies inguinales possibles en cas de surinfection.
4. Diagnostic :
1) Diagnostic clinique :
Le diagnostic est clinique, confirmé par observation directe à la loupe (× 2,5 à × 10) :
– Insectes adultes : petites masses grises ou brun-rougeâtre, immobiles, accrochées à la base des poils.
– Lentes : masses arrondies, brunes, solidement collées à la tige pilaire, non détachables au simple essuyage.
2) Diagnostics différentiels :
– Dermatite de contact allergique ou irritative.
– Folliculite bactérienne ou fongique.
– Gale génitale (sillon scabieux, absence de lentes visibles).
– Dermographisme ou urticaire cholinergique.
5. Traitement de la phtiriase :
La prise en charge repose sur trois axes simultanés et indissociables : traitement de la personne, traitement de l’environnement, traitement du ou des partenaires.
1) Traitement antiparasitaire :
| Molécule (DCI) | Nom(s) commercial/aux | Présentation | Durée contact | Remarques |
|---|---|---|---|---|
| Perméthrine 1 % | Nix ®, Lyclear ® | Crème | 10 minutes | 1ère intention — peu disponible en France |
| Diméticone | Pouxit ®, Itax ®, Altopou ® | Lotion | 30 minutes | Agent physique (asphyxie mécanique) ; sans risque de résistance ; disponible sans ordonnance |
| Malathion 0,5 % | Prioderm ® | Lotion | 12 heures | Si résistance pyréthrinoïdes — ordonnance requise |
| Ivermectine (per os) [Hors AMM] | Stromectol ® | Comprimé 200 µg/kg | Dose unique | Échec local ou atteinte diffuse ; CI grossesse — ordonnance requise |
| Pyréthrine + pipéronyl butoxyde | Parasidose ®, Item ®, Pyréflor ® | Shampoing / lotion | 30 min | Disponible en OTC |
✔️ Modalités d’application :
– Appliquer la lotion/crème sur l’ensemble des zones pileuses concernées (ne pas oublier tronc et cuisses).
– Respecter scrupuleusement le temps de contact indiqué.
– Renouveler le traitement à J8 (pour détruire les lentes écloses après le premier traitement).
– Éliminer les lentes par peigne fin après traitement.
– Le rasage des poils facilite le traitement en cas de lentes abondantes, mais n’est pas obligatoire.
⚠️ Résistance aux pyréthrinoïdes : en cas d’échec clinique après deux applications correctement réalisées, suspecter une résistance et recourir au malathion 0,5 % ou à l’ivermectine per os.
2) Traitement de l’environnement :
– Laver vêtements, literie et serviettes à 60 °C minimum (cycle machine standard).
– Articles non lavables à chaud : poudrage insecticide (Aphtiria ® ou équivalent) : 2 applications à 24 h d’intervalle, à renouveler à J8 si nécessaire.
– Passer l’aspirateur sur matelas et canapés.
3) Traitement du ou des partenaires :
Le traitement simultané du ou des partenaires sexuels est obligatoire, même en l’absence de symptômes.
Tous les partenaires des 4 semaines précédentes doivent être informés et traités le même jour pour éviter toute réinfestation.
4) Cas particuliers :
– Femme enceinte :
. La perméthrine peut être utilisée après le 1er trimestre sous surveillance médicale.
. Le malathion est déconseillé pendant la grossesse.
. L’ivermectine per os est contre-indiquée.
. Consulter systématiquement avant toute prescription.
– Nourrisson et jeune enfant (< 24 mois) :
. Eviter pyréthrinoïdes et malathion.
. Avis pédiatrique recommandé.
– Atteinte des cils :
. Avis ophtalmologique indispensable.
. Application de vaseline épaisse 2 fois par jour pendant 10 jours, ou ivermectine per os.
. Le traitement local standard est contre-indiqué sur les paupières.
5) Contrôle de guérison :
Contrôle clinique à J15 : absence de prurit résiduel, absence de parasites vivants et de lentes viables.
6. Prévention :
– Information sur les modes de transmission lors de toute consultation IST.
– Rappel explicite que le préservatif ne protège pas de la phtiriase.
– Dépistage régulier des IST chez les sujets à risque.
– Notification et traitement de tous les partenaires sexuels récents (< 4 semaines).
– Éviter le partage de linge, serviettes et vêtements.
✔️ Points clés de la prise en charge :
– Dépister les IST associées systématiquement.
– Traiter le ou les partenaires le même jour.
– Renouveler le traitement à J8 impérativement.
– Décontaminer l’environnement immédiat.
– Informer le patient sur la transmission et le fait que le préservatif ne protège pas.
Références bibliographiques :
- HAS. Prise en charge du patient atteint de pthirose. Recommandations de bonnes pratiques. Novembre 2024.
- IUSTI/WHO. European guideline for the management of pediculosis pubis. 2021.
- SPILF. Recommandations de prise en charge des ectoparasitoses. 2023.
- Chosidow O. Clinical practice. Scabies and pediculosis. N Engl J Med. 2006;354(16):1718–27.
- Leone PA. Scabies and pediculosis pubis: an update of treatment regimens. Clin Infect Dis. 2007;44(Suppl 3):S153–9.
Questions fréquentes — Phtiriase pubienne (morpions)
Réponses basées sur les recommandations HAS 2024 & IUSTI 2021
Contenu rédigé par Dr KARA-ZAITRI M.A, gynécologue-obstétricien — FemCare Hub
Note terminologique : Pthirus ou phtiriase ?
Une confusion fréquente, même dans la littérature médicale.
Les deux termes coexistent légitimement, mais ils obéissent à des logiques étymologiques différentes.
Phtiriase désigne la maladie.
Ce terme est dérivé du grec ancien φθείρ (phtheir), qui signifie « pou ».
La nomenclature médicale française et latine classique a conservé ce phi initial, donnant phtiriase — avec le h avant le t.
Pthirus pubis désigne le parasite.
Ce nom scientifique a été établi par Linnaeus en 1758 dans le cadre de la nomenclature zoologique internationale.
Linnaeus a placé le h après le t (Pthirus), et cette orthographe ne peut être modifiée, conformément aux règles du Code international de nomenclature zoologique (ICZN).
On retrouve donc, dans la littérature, les graphies suivantes :
– Phtiriase (la maladie)
– Pthirus pubis (le parasite)
– Phtirius pubis : erreur orthographique fréquente, hybride incorrect des deux formes
– Pthirius pubis ; variante fautive également répandue
La HAS souligne d’ailleurs explicitement dans ses recommandations de novembre 2024 : « La nomenclature plaçant le h après le t dans le nom de l’espèce est issue de la description par Linnaeus en 1758 et ne peut être modifiée. »
En résumé : on parle de phtiriase (la maladie, h avant le t) causée par Pthirus pubis (le parasite, h après le t).
Cette apparente contradiction est le reflet d’une histoire nomenclaturale ancienne, et non d’une faute orthographique.
Dr KARA-ZAITRI M.A — FemCare Hub





