1. Introduction et objectifs :

La biopsie de la vulve est un acte diagnostique essentiel en gynécologie, permettant l’analyse histopathologique des lésions vulvaires suspectes.

Elle vise à :

– Éliminer un cancer (carcinome spinocellulaire, maladie de Paget).

– Confirmer un diagnostic (lichen scléreux, psoriasis, eczéma chronique).

– Identifier des pathologies rares (pemphigoïde muqueuse, lichen plan érosif).

– Orienter la prise en charge thérapeutique en fonction du résultat histologique.

2. Anatomie vulvaire et implications techniques :

La vulve est une région anatomiquement complexe, composée de :

– Zones cutanées :

. Grandes lèvres (peau recouverte de poils).

. Peau périnéale et plis inguinaux.

. Histologie : épithélium malpighien kératinisé, derme et hypoderme (similaire à la peau du reste du corps).

– Zones muqueuses :

. Petites lèvres (muqueuse non kératinisée).

. Vestibule vulvaire, clitoris, fourchette postérieure.

. Histologie : épithélium malpighien non kératinisé, plus fin et fragile.

Conséquences pratiques :

– Les biopsies cutanées nécessitent un punch de 3–4 mm (épaisseur du derme).

– Les biopsies muqueuses utilisent un punch de 2–3 mm (épithélium plus fin).

– La cicatrisation est plus rapide sur les muqueuses (5–7 jours) que sur la peau (7–10 jours).

3. Classification des biopsies de la vulve :

Le terme « biopsie vulvaire » est générique et englobe :

– Biopsies cutanées (grandes lèvres, peau périnéale).

– Biopsies muqueuses (petites lèvres, vestibule, clitoris).

– Biopsies mixtes (lésions étendues à la jonction peau/muqueuse).

Exemples d’indications selon le type de tissu :

Type de biopsieLocalisationExemples d’indications
CutanéeGrandes lèvres, peau périnéaleLichen scléreux, psoriasis, cancer cutané
MuqueusePetites lèvres, vestibuleLichen plan érosif, maladie de Paget
MixteJonction peau/muqueuseLésions étendues (ex. : dystrophie vulvaire)

4. Indications détaillées :

1) Indications formelles :

– Lésions suspectes :

. Dystrophie vulvaire (plaque blanche/ivoirine évocatrice de lichen scléreux).

. Ulcération, nodule, ou lésion persistante malgré un traitement bien conduit.

. Changement récent de couleur, taille, texture, ou saignement.

– Prurit chronique :

. Persistant plus de 3 à 6 mois, résistant aux traitements symptomatiques et étiologiques (antifongiques, corticoïdes locaux).

. Bilan négatif (frottis, tests infectieux).

2) Objectifs diagnostiques :

– Éliminer un cancer :

. Carcinome spinocellulaire (nodule/ulcération cutanée).

. Maladie de Paget (lésion érythémateuse du vestibule).

– Confirmer un diagnostic :

. Lichen scléreux (plaques blanches sur les grandes lèvres).

. Psoriasis ou eczéma chronique.

– Rechercher des causes rares :

. Pemphigoïde muqueuse.

. Lichen plan érosif (ulcérations des petites lèvres).

3) Situations particulières :

– Femmes ménopausées : toute modification vulvaire justifie une biopsie.

– Patientes immunodéprimées : surveillance histologique renforcée (risque accru de dysplasie/néoplasie).

5. Préparation et anesthésie :

1) Choix de l’anesthésie :

Type d’anesthésieIndicationsAvantages/Inconvénients
Topique (EMLA ® :(lidocaïne 2,5% + prilocaïne 2,5%))Biopsies superficielles, patientes phobiques des injections, biopsies multiples

Appliquer 45–60 min avant la procédure, en couche épaisse de 2-3 mm sur une surface maximale de 10 cm².

Un pansement occlusif transparent maintient le contact et optimise la pénétration.

L’anesthésie obtenue reste limitée aux 2-3 premiers millimètres de profondeur, suffisante pour les biopsies superficielles au punch de 3-4 mm.

Contre-indications : allergie aux anesthésiques locaux de type amide, méthémoglobinémie congénitale, et muqueuses ulcérées.

Injectable (lidocaïne 1 % sans adrénaline)Technique de référence, biopsies profondes ou excisionnelles

Infiltration sous-cutanée ou sous-muqueuse.

Délai d’action : 5–10 min.

Par un point de piqûre unique avec une aiguille très fine, la zone de biopsie est infiltrée en sous-cutané ou sous-muqueux selon la localisation, en périphérie de la lésion pour éviter la distorsion architecturale.

Combinée (EMLA ® + injectable)Biopsies excisionnelles, patientes anxieusesOptimise le confort, surtout pour les prélèvements multiples.

2) Préparation du site :

– Retirer la crème EMLA ® et nettoyer les résidus.

– Désinfection avec un antiseptique non coloré (pour ne pas masquer les lésions).

– Champ opératoire large, éclairage adapté, éventuellement loupe grossissante.

6. Techniques de prélèvement :

1) Matériel et méthode :

InstrumentIndicationsTechnique
Punch (2–4 mm)Lésions planes ou légèrement surélevées

Appliquer perpendiculairement, rotation pour prélever. Profondeur : derme (peau) ou sous-muqueuse (muqueuse).

Le prélèvement est saisi délicatement avec une pince et sectionné à sa base.

Bistouri/curetteLésions exophytiques, ulcérées, ou nodulairesExcision losangique pour les lésions nécessitant une évaluation complète des marges.

2) Localisation du prélèvement :

– Cibler la zone la plus pathologique (éviter les zones saines ou simplement irritées).

– Privilégier les bords actifs d’une ulcération ou d’une plaque.

– Inclure la jonction peau/muqueuse si la lésion est à cheval.

3) Fixation et acheminement :

– Fixation immédiate dans le formol 10 % ou le Bouin alcoolique.

– Lettre d’accompagnement :

. Localisation anatomique précise.

. Aspect clinique de la lésion.

. Affection suspectée (idéalement avec un schéma).

7. Hémostase et soins post-biopsie :

1) Contrôle de l’hémorragie :

– Compression locale (5–10 min).

– Électrocoagulation ou nitrate d’argent en cas de saignement persistant.

– Fermeture par points séparés (fil fin non résorbable) pour les biopsies excisionnelles.

2) Soins locaux :

– Antiseptique (chlorhexidine).

– Pansement gras (tulle gras) pour les muqueuses.

– Recommandations :

. Éviter rapports sexuels et tampons pendant 48 h à 7 jours selon l’étendue de la biopsie.

. Surveillance de la cicatrisation (toilettes douces).

3) Complications :

TypeDescriptionGestion
HémorragieComplication la plus fréquente.Compression, électrocoagulation, ou nitrate d’argent.
InfectionRare (vascularisation vulvaire).Antiseptique local, surveillance.
Cicatrisation retardéeDiabète, immunodépression.Soins locaux renforcés, suivi à 7–10 jours.
Cicatrices hypertrophiquesRisque esthétique sur les zones cutanées.Prévention par des soins adaptés.

8. Interprétation histopathologique :

1) Spécificités selon le tissu :

– Peau kératinisée (grandes lèvres) :

. Exemple : « Atrophie épidermique et sclérose dermique (lichen scléreux). »

– Muqueuse malpighienne (petites lèvres, vestibule) :

. Exemple : « Cellules de Paget (maladie de Paget vulvaire). »

2) Lésions à rechercher :

– Bénignes :

. Dermatoses inflammatoires chroniques (lichen scléreux, lichen plan érosif, psoriasis).

. Infections (colorations spéciales si nécessaire).

– Précancéreuses/malignes :

. Néoplasies intraépithéliales vulvaires (VIN bas/haut grade).

. Carcinome épidermoïde (90 % des cancers vulvaires).

. Maladie de Paget (cellules caractéristiques dans l’épithélium malpighien).

9. Cas particuliers :

1) Grossesse :

– Indications : réservée aux lésions suspectes de malignité.

– Précautions :

. Anesthésie locale sans adrénaline.

. Hémostase soigneuse (hypervascularisation gravidique).

2) Alternatives diagnostiques :

– Colposcopie vulvaire :

. Évaluation détaillée des lésions, guidage du site de biopsie.

. Application d’acide acétique pour révéler les zones dysplasiques (moins spécifique qu’au niveau cervical).

– Imagerie (échographie haute résolution / IRM) :

. Utile pour les tumeurs volumineuses ou les récidives (évaluation de l’extension en profondeur).

10. Information de la patiente et suivi :

1) Consentement éclairé :

– Risques : douleur légère, saignement minime, durée de cicatrisation.

– Bénéfices : diagnostic précis, orientation thérapeutique.

– Alternatives : colposcopie, imagerie (si applicable).

2) Surveillance post-biopsie :

– Contrôle clinique à 7–10 jours :

. Évaluation de la cicatrisation.

. Dépistage des complications.

– Remise des résultats :

. Consultation dédiée pour expliquer les implications diagnostiques.

. Orientation vers un spécialiste si nécessaire (ex. : oncologue pour un carcinome).

11. Conclusion :

La biopsie vulvaire est l’examen de référence pour le diagnostic des lésions vulvaires.

Son succès repose sur :

– une technique adaptée à la localisation (cutanée vs. muqueuse),

– une connaissance précise des indications,

– une collaboration étroite avec l’anatomopathologiste,

– une information claire de la patiente (consentement, suivi).

A retenir :

– Cutanée : punch 3–4 mm, cicatrisation 7–10 jours.

– Muqueuse : punch 2–3 mm, cicatrisation 5–7 jours.

– Mixte : inclure la jonction peau/muqueuse si nécessaire.

Noter cette page