1. Définition et terminologie :
La maladie abortive (ou fausses couches spontanées récurrentes, FCSR) désigne la survenue d’au moins deux avortements spontanés consécutifs avant 24 SA, sans grossesse intercalaire menée à terme.
Référentiel | Définition | Seuil retenu |
ESHRE 2023 | Fausses couches récurrentes | ≥ 2 FCS consécutives avant 24 SA |
ASRM | Pregnancy loss | ≥ 2 pertes fœtales cliniques |
Définition classique | Maladie abortive | ≥ 3 FCS consécutives avant 24 SA |
La tendance actuelle (ESHRE 2023) est d’abaisser le seuil à 2 fausses couches consécutives pour déclencher le bilan étiologique, notamment après 35 ans ou en cas de subfertilité.
2. Épidémiologie :
– Incidence : 1 à 2 % des couples fertiles.
– Environ 50 % des cas restent sans cause identifiée après bilan complet.
– Le risque de récidive augmente avec le nombre de fausses couches antérieures :
. Après 1 FC : 15 %.
. Après 2 FC : 25 %.
. Après 3 FC : 30 %.
. Après 4 FC : 45 %.
– Malgré ce risque cumulatif, la majorité des femmes prises en charge obtient une grossesse viable.
3. Étiologies (tableau complet) :
Le bilan étiologique doit être d’emblée exhaustif.
Les principales catégories sont :
Facteur causal | Détail |
Génétiques / chromosomiques | – Anomalies chromosomiques embryonnaires (translocations, délétions) : cause accidentelle la plus fréquente. Caryotype parental si anomalie de structure détectée ou récidive du même type d’anomalie. |
Anatomiques / mécaniques | – Malformations utérines : utérus cloisonné (1re cause chirurgicale), bicorne, unicorne, hypoplasie. |
Hormonales / endocriniennes | – Insuffisance lutéale : un déficit en progestérone entraîne un défaut de développement de la muqueuse utérine, rendant difficile l’implantation et la survie de l’embryon. |
Immunologiques acquises (thrombophilie acquise) | – Syndrome des antiphospholipides (SAPL) : présence d’anticoagulant lupique, d’anticorps anticardiolipine, d’anti-β2-GPI. Cause majeure et traitable des FCSR tardives. |
Thrombophilies héréditaires | Mutations : facteur V Leiden, prothrombine G20210A, déficit en protéine C, protéine S ou antithrombine III. Dosage de l’antithrombine III. Augmentent le risque de thromboses placentaires et de pertes fœtales. |
Infectieuses | Chlamydia trachomatis (cause majeure des FCSR), gonocoque, mycoplasmes. Infections chroniques de l’endomètre. |
Insuffisance ovarienne | Diminution de la réserve ovarienne (bilan ovarien : AMH, CFA, FSH à J3). |
Paternel (facteur spermatique) | – Fragmentation de l’ADN spermatique : altère le potentiel de développement embryonnaire. |
Mode de vie / environnement | -Tabagisme actif ou passif. |
Âge maternel | Risque nettement accru après 35 ans (qualité ovocytaire réduite, taux élevé d’aneuploïdies embryonnaires). |
Causes inexpliquées | Environ 20–50 % des cas après bilan complet. Dans ce groupe, le pronostic reste favorable avec prise en charge empirique et suivi spécialisé. |
Les causes immunologiques sont complexes et requièrent parfois une évaluation en immunologie ou en médecine de la reproduction.
4. Bilan étiologique — conduite exhaustive d’emblée :
Le bilan doit être initié après le 2ème avortement consécutif (ESHRE 2023) ou dès le 1er avortement tardif isolé.
Axe du bilan | Examens | Objectif |
Infectieux | Sérologies : Chlamydia, Mycoplasma, Ureaplasma, Listeria, Toxoplasme, CMV, Rubéole, Parvovirus B19. ECBP, ECBU. Hémocultures si fièvre. | Identifier un agent abortif traitable |
Anatomique | Échographie pelvienne ± hystérosonographie. Hystéroscopie diagnostique si besoin. IRM utérine si malformation suspectée. | Malformation utérine, fibrome, synéchie, BCI |
Hormonal | TSH, T3, T4 (thyroïde). Prolactine. Testostérone totale, D4-androstènedione, SDHEA (androgènes). AMH, FSH J3, CFA (réserve ovarienne). Glycémie à jeun, HOMA (diabète). | Dysovulation, insuffisance lutéale, endocrinopathie |
Auto-immunité / SAPL | Anticoagulant lupique (2 dosages à 12 semaines d’intervalle). Anticorps anticardiolipine (IgG, IgM). Anti-β2-glycoprotéine I. AAN, anti-DNA. Anti-TPO (thyroïdite). | Syndrome des antiphospholipides, maladies auto-immunes |
Thrombophilie héréditaire | Mutation facteur V Leiden. Mutation prothrombine G20210A. Dosage protéine C, protéine S, antithrombine III. | Thrombophilie à risque obstétrical |
Génétique / caryotype | Caryotype parental (couple). Examen anatomopathologique et chromosomique du produit d’expulsion. | Anomalie chromosomique héritée ou de structure |
Spermatique (facteur paternel) | Spermogramme complet (agglutinats). Test de fragmentation de l’ADN spermatique (DFI). | Contribution paternelle aux FCSR |
Général | NFS, groupe Rh, bilan hépatique, créatinine. Glycémie à jeun. Dépistage cœliaque (anti-transglutaminase IgA) si contexte. | Maladies systémiques associées |
Le bilan est idéalement réalisé en dehors de toute grossesse, dans un délai de 2 à 3 mois après le dernier avortement.
5. Algorithme décisionnel :
1) Avortements précoces récurrents (< 12 SA) :
– Évoquer en priorité : anomalie chromosomique embryonnaire (accidentelle vs héritée), SAPL, insuffisance lutéale, SOPK, anomalie utérine.
– Caryotype parental si anomalie de structure détectée sur le produit d’expulsion.
– Rechercher : mutation du facteur V Leiden, prothrombine, MTHFR.
– Bilan thyroïdien et hormonal complet.
2) Avortements tardifs récurrents (12–24 SA) :
– Évoquer en priorité : béance cervico-isthmique, SAPL, malformation utérine, insuffisance placentaire d’origine thrombotique.
– Recherche systématique de thrombophilie héréditaire et acquise.
– Évaluation anatomique utérine par imagerie (hystérosonographie, IRM).
3) Causes inexpliquées :
– Pronostic favorable avec suivi renforcé.
– Certaines équipes proposent : soutien psychologique, traitement empirique par progestérone vaginale (données en cours d’évaluation), ou aspirine à faible dose.
– Intégrer la fragmentation de l’ADN spermatique et la réserve ovarienne dans l’évaluation.
6. Prise en charge étiologique :
Cause identifiée | Traitement / prise en charge |
SAPL | Aspirine 100 mg/j + HBPM (énoxaparine) dès début de grossesse jusqu’au post-partum. Surveillance spécialisée. |
Insuffisance lutéale / SOPK | Progestérone micronisée vaginale (200–400 mg/j jusqu’à 12 SA). Induction de l’ovulation si SOPK. |
Hypothyroïdie | Lévothyroxine : viser TSH < 2,5 mUI/L avant et pendant la grossesse. |
Hyperprolactinémie | Agonistes dopaminergiques (bromocriptine, cabergoline). |
Hyperandrogénie | Freinateurs : dexaméthasone 0,5 mg le soir. |
Malformation utérine (cloison) | Septoplastie hystéroscopique. Résection des polypes et synéchies. |
Béance cervico-isthmique | Cerclage cervical (prophylactique ou urgent). |
Thrombophilie héréditaire | HBPM prophylactique en cours de grossesse (selon le type de mutation et l’antécédent). |
Anomalie chromosomique parentale | Conseil génétique. Diagnostic pré-implantatoire (DPI) dans le cadre d’une FIV. |
Fragmentation ADN spermatique élevée | Antioxydants, arrêt du tabac. Bilan urologique, varicocèle. ICSI si taux élevé. |
Cause infectieuse | Antibiothérapie ciblée avant la grossesse (doxycycline, azithromycine selon l’agent). |
7. Pronostic :
Malgré un antécédent de maladie abortive, le pronostic est globalement favorable :
– 60 à 75 % des femmes atteintes de FCSR inexpliquées obtiendront une grossesse viable après prise en charge spécialisée.
– En cas de cause identifiée et traitée (SAPL, anomalie utérine), les taux de succès dépassent 70–80 %.
– L’âge maternel et le nombre d’avortements antérieurs sont les principaux facteurs pronostiques négatifs.
– Un soutien psychologique est recommandé, le stress chronique pouvant moduler les facteurs immunologiques.
Recherche étiologique des ABRTS à répétition :
• Bilan infectieux
• Bilan anatomique : utérus, trompes, endomètre
• Bilan hormonal
• Bilan auto-immunité : SAPL, thrombophilie
• Bilan spermatique : spermogramme (agglutinats), fragmentation de l’ADN
• Recherche d’anomalies chromosomiques parentales
• Bilan général : diabète, thyroïde
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Syndrome des antiphospholipides (SAPL)Syndrome des antiphospholipides (SAPL)
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Maladies auto-immunesMaladies auto-immunes
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Grossesse et maladies auto-immunesGrossesse et maladies auto-immunes
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Synéchie utérineSynéchie utérine
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Exploration de la fonction ovarienneExploration de la fonction ovarienne
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Test de fragmentation de l’ADN spermatiqueTest de fragmentation de l’ADN spermatique
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Maladie abortiveMaladie abortive