⚡ L’essentiel en 30 secondes

  • La ferritine reflète les réserves de fer de l’organisme : c’est le premier marqueur à s’abaisser en cas de carence, avant même l’anémie.
  • Valeurs normales : femme 20–200 µg/l · homme 30–300 µg/l.
  • Seuil de carence OMS : < 12 µg/l (carence absolue).
  • Une ferritine élevée n’est pas toujours une surcharge en fer : l’inflammation, l’alcool et les maladies hépatiques l’élèvent aussi.
  • Toujours doser conjointement à la CRP pour ne pas se laisser piéger.

La ferritine est la protéine de stockage du fer (l’ »éponge à fer »), présente en grande quantité au niveau intracellulaire ; elle abonde dans le foie, la rate, la moelle osseuse et les macrophages.

Elle n’est présente qu’à très faible concentration dans le plasma, mais il existe une corrélation directe entre l’importance des réserves martiales et la ferritinémie : elle diminue en cas de déficit en fer et augmente en cas de surcharge martiale.

La ferritine est également une protéine de l’inflammation : il est indispensable de la doser conjointement à un marqueur de l’inflammation (CRP), afin d’éviter les faux positifs.

Deux règles absolues :

– Il n’y a pas de surcharge en fer sans élévation de la ferritine, mais l’hyperferritinémie n’est pas toujours synonyme de surcharge en fer.

– Une hypoferritinémie signifie toujours une carence (sensibilité proche de 100 %).

1. Pourquoi prescrire un dosage de la ferritine ?

– Bilan d’une anémie (typage ferriprive vs inflammatoire).

– Suspicion d’hémochromatose.

– Fatigabilité importante chez la femme en période d’activité génitale.

– Chute de cheveux.

– Surveillance d’un traitement martial (la normalisation de la ferritine marque la fin du traitement).

– Dépistage et suivi de la carence en fer pendant la grossesse.

2. Valeurs usuelles :

PopulationFerritine normaleSeuil de carence
Femme en période d’activité génitale20 – 200 µg/l< 12 µg/l (carence absolue OMS)
Homme / femme ménopausée30 – 300 µg/l< 30 µg/l (déplétion des réserves)
Femme enceinteVariable (↓ physiologique)< 15 µg/l (OMS) · supplémenter si < 30 µg/l

3. Hyperferritinémies :

– Les principales étiologies à évoquer devant une ferritinémie élevée :

. Surcharge en fer : hémochromatose héréditaire, transfusions répétées.

. Syndrome métabolique et stéatose hépatique (NASH) : c’est de loin la cause la plus fréquente d’hyperferritinémie modérée (300 à 1.000 µg/l) de nos jours. Appelée « syndrome de surcharge en fer dysmétabolique », elle est liée au surpoids, au diabète, à l’hypertension et à l’accumulation de graisse dans le foie. Le coefficient de saturation de la transferrine (CST) reste généralement normal, ce qui permet d’écarter l’hémochromatose.

. Anémies : anémie hémolytique ou sidéroblastiqueß-thalassémie majeure.

. Tumeurs et hémopathies : cancers (foie, poumon, pancréas, rein, sein), maladie de Hodgkin, leucémies aiguës.

. Cytolyse hépatique : hépatite virale aiguë (libération de ferritine intrahépatocytaire).

. Syndrome infectieux ou inflammatoire (polyarthrite rhumatoïde…) : hyperferritinémie associée à une hyposidérémie, CSTf normal ou abaissé.

. Alcoolisme chronique : ferritine pouvant dépasser 1 000 µg/l ; diminue lentement avec le sevrage.

– Causes rares : hyperferritinémies massives (> 5.000 µg/l) :

. Maladie de Still de l’adulte : élévation > 10.000 µg/l lors des poussées ; la ferritine glycosylée (> 80 %) oriente vers ce diagnostic.

. Syndrome d’activation macrophagique (SAM) : urgence diagnostique, ferritine souvent > 10.000 µg/l, associée à fièvre, cytopénies, hypertriglycéridémie, hépatomégalie.

. Syndrome hyperferritinémie – cataracte héréditaire : transmission autosomique dominante.

. Maladie de Gaucher : ferritine > 1.000 µg/l sans hypersidérémie.

⚠️ Les concentrations élevées de ferritine doivent être interprétées en fonction d’un éventuel syndrome inflammatoire — qui élève la ferritine en masquant parfois une authentique carence en fer —, de la fonction hépatique et du degré d’imprégnation alcoolique.

Un taux de ferritine normal ou discrètement élevé n’exclut pas une carence martiale.

4. Hypoferritinémies :

L’hypoferritinémie est le premier signe biologique et infraclinique de la carence en fer, sensibilité proche de 100 %.

La baisse de la ferritine est très précoce : elle survient avant l’installation de l’anémie.

Devant une anémie hypochrome, la ferritine permet de distinguer :

. Anémie hypochrome par carence martiale → ferritine basse (< 12 µg/l)

. Anémie inflammatoire → ferritine > 800 µg/l

Le traitement martial doit être poursuivi jusqu’à la normalisation de la ferritine (et non pas seulement de l’hémoglobine).

⚠️ Le piège de la carence martiale fonctionnelle (masquée) :
Puisque l’inflammation fait artificiellement grimper la ferritine, les seuils de carence doivent être revus à la hausse chez les patients souffrant de maladies chroniques (insuffisance rénale, insuffisance cardiaque, rhumatismes inflammatoires). Chez ces patients, une ferritine < 100 µg/l (voire < 200 µg/l si la transferrine est basse) signe une authentique carence en fer nécessitant une supplémentation, malgré une valeur faussement « dans la norme ».

5. Signes cliniques d’une carence en fer (même sans anémie) :

La ferritine peut être basse et les réserves épuisées avant que l’hémoglobine ne baisse. Ce stade infraclinique est souvent méconnu mais symptomatique :

– Fatigue persistante et inexpliquée : signe le plus fréquent et le plus précoce.

– Chute de cheveux anormale (effluvium télogène), très fréquente chez la femme.

– Ongles cassants, striés ou en cuillère (koïlonychie).

– Essoufflement à l’effort disproportionné.

– Palpitations, difficultés de concentration, irritabilité.

– Pica (envie de manger de la glace, de la terre…) : signe très spécifique.

– Syndrome des jambes sans repos.

✅ Point pratique :
Une patiente consultant pour chute de cheveux ou fatigue chronique sans anémie doit bénéficier d’un dosage de ferritine.
Une ferritine < 30 µg/l justifie une supplémentation même si l’hémoglobine est normale.

6. Ferritine et grossesse :

La carence en fer est la carence nutritionnelle la plus fréquente de la grossesse (30 à 50 % des femmes enceintes).

La ferritine est le marqueur de choix pour son dépistage précoce.

– Seuil de carence en grossesse : ferritine < 15 µg/l (OMS), certains retiennent < 30 µg/l pour initier la supplémentation.

– Physiologie : la ferritine diminue physiologiquement au cours de la grossesse par hémodilution et demandes fœtales croissantes.

– Conséquences d’une carence non traitée : anémie ferriprive maternelle, prématurité, RCIU, fatigue invalidante.

– Quand supplémenter : ferritine < 30 µg/l en début de grossesse = supplémentation martiale recommandée même en l’absence d’anémie.

– Suivi : contrôle à 4–8 semaines ; objectif : normalisation avant l’accouchement.

Ferritine : Fiche pratique labo

Indications :

Marqueur de choix (et de première intention) pour évaluer les réserves en fer de l’organisme.

Typage des anémies, exploration d’une fatigue chronique, chute de cheveux (effluvium télogène), syndrome inflammatoire ou suspicion de surcharge martiale.

Toujours associer à la CRP pour écarter un faux positif inflammatoire.

Conditions de prélèvement :

Prélèvement de sang veineux (pli du coude).

Tubes utilisés : 

Tube sec (avec ou sans gel séparateur, bouchon rouge ou jaune) ou tube hépariné (bouchon vert).

Jeûne : 

Le jeûne n’est pas strictement obligatoire pour la ferritine seule, mais comme elle est presque toujours prescrite avec le Fer sérique, le prélèvement se fait à jeun le matin.

Stabilité de l’échantillon :

La ferritine est une protéine très stable.

L’échantillon peut être conservé jusqu’à 7 jours au réfrigérateur (2 à 8°C) et un an à -20°C.

 

⚠️ Pièges analytiques fréquents au laboratoire :

– L’interférence à la Biotine (Vitamine B8) : c’est un piège redoutable ! De nombreuses patientes prennent des compléments alimentaires pour les cheveux et les ongles riches en biotine. Or, les automates de laboratoire utilisent souvent la technologie « streptavidine-biotine » pour doser la ferritine.

Une forte concentration de biotine dans le sang fausse complètement le dosage (résultat faussement abaissé ou faussement élevé selon la trousse). 

Règle : arrêter la prise de biotine au moins 48 h à 72 h avant la prise de sang.

– Contrairement au fer sérique, l’hémolyse du prélèvement modifie peu le résultat de la ferritine.

Ferritine — Repères pratiques et cliniques

Paramètre Repère & Interprétation
Valeur usuelle Femme : 20 à 200 µg/L
Homme / Femme ménopausée : 30 à 300 µg/L
Seuil de carence absolue (sans inflammation) < 12 µg/L (Seuil OMS) à < 30 µg/L (Déplétion des réserves, justifie une supplémentation si symptômes).
Seuil de carence masquée (avec inflammation) < 100 µg/L (Insuffisance rénale, MICI, rhumatismes, insuffisance cardiaque). L'inflammation augmente artificiellement la ferritine.
Symptômes d'hypoferritinémie (même sans anémie) Fatigue inexpliquée, chute de cheveux (effluvium télogène), ongles cassants, pica, syndrome des jambes sans repos.
Particularité de la grossesse Baisse physiologique.
Supplémenter d'emblée si < 30 µg/L pour éviter l'anémie fœto-maternelle.
Causes fréquentes d'Hyperferritinémie 1. Foie gras / NASH (Syndrome métabolique)
2. Syndrome inflammatoire / Infection (Vérifier la CRP)
3. Alcoolisme chronique
4. Hémochromatose (Vérifier le coefficient de saturation > 45%)
Règle de prescription Ne jamais l'interpréter isolément si elle est élevée : associer CRP (inflammation), Bilan hépatique (cytolyse) et Fer sérique/Transferrine (surcharge).
Tube de prélèvement & Piège analytique Tube sec ou hépariné.
⚠️ Arrêter la Biotine (Vit. B8) 48 h à 72 h avant, sous peine de fausser complètement le dosage sur de nombreux automates.
?

Questions fréquentes — Ferritine

Réponses basées sur les recommandations OMS & HAS — Rédigées par Dr KARA-ZAITRI M.A

En dessous de 12 µg/l : carence absolue (OMS). Entre 12 et 30 µg/l : déplétion des réserves, supplémentation souvent justifiée chez la femme. Au-dessus de 500 µg/l sans cause inflammatoire évidente, un bilan étiologique s’impose.
Oui, à jeun depuis au moins 8 heures. Les lipides alimentaires perturbent le dosage. Arrêter les compléments en fer 3 à 5 jours avant le prélèvement.
Pas nécessairement. La ferritine monte lors de tout syndrome inflammatoire, infectieux, en cas d’hépatopathie ou d’alcoolisme chronique, sans surcharge martiale réelle. Pour confirmer une hémochromatose, il faut associer le coefficient de saturation de la transferrine (CSTf > 45 %).
Oui, en cas de syndrome inflammatoire associé qui élève artificiellement la ferritine. C’est pourquoi la CRP doit toujours être dosée en même temps. Une ferritine « normale basse » (20–30 µg/l) avec CRP élevée doit faire suspecter une carence masquée.
La normalisation de l’hémoglobine survient en 4 à 8 semaines, mais le traitement doit être poursuivi 3 à 6 mois supplémentaires pour reconstituer les réserves en ferritine. Arrêter trop tôt est la principale cause de rechute.
Tube de prélèvement sanguin pour dosage de la ferritine — bilan martial et réserves en fer
5/5 - (2 votes)

Laisser un commentaire