1. Définition :
Le cycle menstruel est un enchaînement d’événements orchestré par le système endocrinien, impliquant principalement l’hypophyse, les ovaires et l’utérus.
Il se décompose en plusieurs phases, que l’on peut suivre en parallèle au niveau des ovaires (cycle ovarien) et au niveau de l’utérus (cycle utérin).
Ces événements, cycliques et régulés par l’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien, préparent l’organisme à une éventuelle grossesse.
Le cycle menstruel commence le premier jour des règles et se termine juste avant les règles suivantes.
– Durée normale du cycle : la durée moyenne est de 28 jours, mais un cycle est considéré comme normal s’il dure entre 24 et 35 jours (voire entre 21 et 38 jours sans que cela soit anormal).
Les cycles peuvent être plus irréguliers pendant les 2-3 premières années après la ménarche et en péri-ménopause.
– Variations possibles : la durée peut être influencée par des facteurs tels que le stress, les changements alimentaires, l’exercice physique intense, les variations de poids, ou après un accouchement ou une interruption de grossesse.
– Phases du cycle : le cycle est traditionnellement divisé en trois phases (folliculaire, ovulatoire, lutéale).
2. Phases du cycle menstruel :
1) Phase folliculaire (ou préovulatoire) :
– Durée : variable, elle commence le premier jour des règles et s’étend jusqu’au jour précédant le pic ovulatoire de LH.
– Événements clés :
. Sous l’effet de la FSH, plusieurs follicules ovariens commencent à se développer. Un seul devient dominant.
. Les taux d’œstrogènes (principalement l’œstradiol) augmentent progressivement, entraînant la prolifération de l’endomètre. Ils atteignant un maximum le jour précédant ou le jour même du pic de LH.
. La glaire cervicale devient plus abondante, élastique et transparente, favorisant le passage des spermatozoïdes.
. La température corporelle reste basse.
2) Phase ovulatoire :
– Durée : environ 24 à 36 heures autour du pic de LH (hormone lutéinisante).
– Événements clés :
. Le pic de LH, qui survient en réponse au rétrocontrôle positif par les estrogènes, permet la maturation finale du follicule et déclenche sa rupture avec libération de l’ovocyte (ovulation), généralement 24 à 48 heures après le pic (en moyenne 36 heures).
. Lorsque le pic de LH est atteint, les concentrations d’estradiol diminuent.
. La phase ovulatoire commence 24 heures avant et se poursuit 24 heures après le pic de LH.
. L’ovulation survient en moyenne 14 jours avant les règles suivantes.
. Certaines femmes ressentent une douleur pelvienne unilatérale (Mittelschmerz = « douleur du milieu » en allemand), liée à la rupture folliculaire. Elle dure de quelques minutes à quelques heures.
3) Phase lutéale (ou postovulatoire) :
– Durée : 12 à 14 jours (plus constante que la phase folliculaire). Elle se termine avec la survenue des règles.
– Événements clés :
. Le follicule rompu se transforme en corps jaune, qui sécrète de la progestérone et de l’œstradiol.
. Pendant cette phase lutéale, la sécrétion de progestérone augmente jusqu’à un maximum 6 à 8 jours après le pic de LH. Parallèlement, les estrogènes augmentent de façon plus faible. Puis toutes ces hormones amorcent une descente progressive jusqu’à la fin de cette phase.
. La progestérone prépare l’endomètre à une éventuelle implantation d’embryon et élève légèrement la température corporelle.
. En l’absence de fécondation : le corps jaune dégénère après 10-14 jours, entraînant la chute des hormones et le début des règles.
3. Modifications des organes cibles :
1) Endomètre :
– Phase folliculaire : prolifération sous l’effet des œstrogènes.
– Phase lutéale : transformation sécrétoire sous l’effet de la progestérone.
– Menstruation : en l’absence de grossesse, la chute hormonale provoque la desquamation de l’endomètre (règles), avec un saignement d’une durée moyenne de 3 à 7 jours.
2) Col utérin et glaire cervicale :
– Pendant la phase folliculaire : la vascularisation du col utérin augmente progressivement, lui donnant un aspect congestif et œdématié ; la glaire devient progressivement plus abondante, filante, favorable aux spermatozoïdes.
Au microscope, après étalement sur lame de verre, la glaire prend un aspect caractéristique de ramifications en « feuille de palmier » (fougère) juste avant l’ovulation.
L’orifice externe du col s’ouvre jusqu’à 3 millimètres pendant l’ovulation puis le diamètre se referme à 1 millimètre.
– Pendant la phase lutéale : sous l’influence de la progestérone, la glaire cervicale devient épaisse, moins hydratée et perd son élasticité et ses capacités à se ramifier (moins perméable).
L’aspect de la glaire cervicale est une information utile pour évaluer le stade du cycle et le degré d’imprégnation estrogénique.
3) Ovaires :
a) Folliculogenèse :
La folliculogenèse est le processus de maturation des follicules ovariens, qui se déroule en plusieurs étapes distinctes.
Tout commence avec le follicule primordial (50 µm), composé d’un ovocyte entouré de cellules aplaties.
Sous l’influence de facteurs locaux (comme GDF-9 et BMP-15), ce follicule évolue en follicule primaire (150 µm), où les cellules environnantes deviennent cuboïdales et forment une couche unique autour de l’ovocyte, entouré d’une zone pellucide.
Ensuite, sous l’effet des gonadotrophines (FSH et LH), le follicule primaire se transforme en follicule secondaire (200 µm à 1 mm) : les cellules de la granulosa prolifèrent en plusieurs couches, et une thèque interne vascularisée se forme autour du follicule.
Les cellules de la thèque, stimulées par la LH, produisent des androgènes, tandis que les cellules de la granulosa, sous l’effet de la FSH, les transforment en œstrogènes grâce à l’enzyme aromatase.
Enfin, le follicule secondaire évolue en follicule tertiaire (ou follicule de De Graaf, 1 à 2 cm), où une cavité remplie de liquide folliculaire (antre) se développe.
Ce follicule mature, prêt à ovuler, possède des cellules de la granulosa exprimant des récepteurs à la LH, préparant la phase de lutéinisation post-ovulatoire.
b) Ovulation :
L’ovulation proprement dite est déclenchée par le pic de LH.
Dans les 36 heures qui suivent ce pic, l’ovocyte, qui était maintenu en pause, achève sa première division méiotique (réduction du nombre de chromosomes à 22 + X), et est expulsé de l’ovaire avec les cellules du cumulus oophorus.
Nb : La deuxième division méiotique n’aura lieu que si l’ovule est fécondé par un spermatozoïde.
c) Après l’ovulation :
Le follicule se transforme en corps jaune, une structure transitoire qui se constitue à partir des cellules de la granulosa et de la thèque persistant après l’ovulation, et sécrète de la progestérone et de l’E2 pendant environ 14 jours.
Sa destinée dépend de la fécondation :
. En l’absence de fécondation : il régresse, provoquant l’arrivée des règles.
. Si la fécondation se produit : l’hCG qui est sécrétée par le blastocyste en développement, maintient le fonctionnement du corps jaune jusqu’à ce que l’unité fœtoplacentaire soit capable de prendre le relais.
4. Stéroïdogenèse ovarienne :
La stéroïdogenèse ovarienne est le processus de synthèse des hormones stéroïdiennes (œstrogènes, progestérone et androgènes) par les ovaires, essentiel à la régulation du cycle menstruel et à la préparation de l’utérus pour une éventuelle grossesse.
– Deux voies sont impliquées :
. la voie dite Δ5, dont la 17-OH prégnénolone et la DHEA sont des composés intermédiaires, et,
. la voie Δ4, au cours de laquelle la prégnénolone est transformée en progestérone et où les composés intermédiaires sont la 17-OH progestérone et l’androstènedione.
– Le cholestérol, substrat de base pour la synthèse des stéroïdes, provient principalement des lipoprotéines de faible densité (LDL) circulantes, mais peut aussi être synthétisé de novo à partir d’acétate.
– Régulation hormonale :
. La LH stimule la production d’androgènes et de progestérone.
. La FSH favorise l’aromatisation des androgènes en œstrogènes par les cellules de la granulosa.
– Production des hormones :
. Œstrogènes (principalement l’œstradiol, E2) : produits par aromatisation des androgènes (synthétisés par les cellules de la thèque) dans les cellules de la granulosa. Leur sécrétion varie selon la phase du cycle : faible en phase folliculaire précoce, maximale en phase préovulatoire (jusqu’à 800 µg/j), et maintenue par le corps jaune en phase lutéale (250 µg/j).
. Progestérone : peu sécrétée en phase folliculaire, mais atteint 10 à 40 mg/j en phase lutéale. Elle prépare l’endomètre à la nidation.
. Androgènes (androstènedione et testostérone) : synthétisés par les cellules de la thèque et interstitielles, ils servent de substrat pour la production d’œstrogènes. Un excès peut entraîner des signes d’hyperandrogénie (hirsutisme, virilisation), comme dans le SOPK.
Points clés :
– Deux voies métaboliques (Δ5 et Δ4) pour la synthèse des stéroïdes.
– Rôle clé de la LH et de la FSH dans la régulation de la stéroïdogenèse.
– Coopération cellulaire : les cellules de la thèque (androgènes) et de la granulosa (œstrogènes) travaillent en synergie.
– Variations cycliques : la sécrétion hormonale change selon les phases du cycle menstruel.
5. Régulation hormonale :
– La GnRH hypothalamique est sécrétée de manière pulsatile, entraînant une libération pulsatile des gonadotrophines (FSH et LH) par l’hypophyse. Ces pulses varient au cours du cycle menstruel :
. toutes les 60 à 90 minutes en phase folliculaire,
. tous les 180 minutes ou plus en phase lutéale.
– Rétrocontrôle : les œstrogènes et la progestérone régulent la sécrétion de FSH et LH (rétrocontrôle négatif, sauf en période préovulatoire où les œstrogènes exercent un rétrocontrôle positif, déclenchant le pic de LH).
Points clés
– Durée normale du cycle : 24 à 35 jours (moyenne 28 jours).
– Phase lutéale : toujours d’environ 12-14 jours.
– Ovulation : survient 36 h après le pic de LH, 14 jours avant les règles.
– Variabilité : normale en début et fin de vie reproductive, ou sous l’effet de facteurs externes.






