1. Définition :
Le molluscum contagiosum est une infection cutanée bénigne due à un poxvirus (Molluscum contagiosum virus, MCV), caractérisée par des papules ombiliquées, lisses, d’aspect nacré ou cireux, de 2 à 5 mm de diamètre.
Il s’agit d’une lésion virale transmissible par contact cutané, y compris lors des rapports sexuels, mais qui se dissémine aussi fréquemment par auto-inoculation.
Deux sous-types principaux sont décrits : le MCV-1, très largement majoritaire dans les formes non sexuelles de l’enfant, et le MCV-2, prédominant dans les formes génitales de l’adulte et chez les patients immunodéprimés, notamment en cas d’infection à VIH.
2. Épidémiologie et contexte gynécologique :
Cette infection est très fréquente chez l’enfant, notamment entre 1 et 10 ans, par contacts cutanés rapprochés ou via des objets contaminés (serviettes, éponges, piscine).
Chez l’adulte, l’atteinte génitale est considérée comme une IST. Lorsqu’elle est extensive, atypique ou résistante aux traitements habituels, elle doit faire évoquer une immunodépression, en particulier une séropositivité VIH.
Chez l’enfant, un molluscum génital isolé, en l’absence de tout contexte évident de contamination non sexuelle (collectivité, fratrie, eczéma, piscine), doit conduire à évoquer avec prudence la possibilité d’un contact sexuel et à orienter si besoin vers une évaluation spécialisée.
3. Modes de transmission :
– Contact direct peau à peau (rapports sexuels, sports de contact, jeux d’enfants).
– Contact indirect via des fomites : linge de toilette, matériel sportif, eau de bain ou de piscine.
– Auto‑inoculation par grattage ou rasage, expliquant la dissémination sur le pubis, les cuisses ou le tronc.
4. Clinique :
Le molluscum se présente comme une saillie translucide ou cireuse, souvent ombiliquée, de taille variable (1 à 5 mm).
Au début, la lésion ressemble à une papule ferme en dôme, couleur peau, rosée ou nacrée, puis elle peut devenir pédiculée, isolée ou en petits groupes, le plus souvent asymptomatique.
Les localisations génitales concernent la vulve, le pubis, le pénis, le scrotum, le périnée, la région périnéale et les plis inguinaux, avec parfois extension aux cuisses ou au bas-ventre.
5. Diagnostic :
Le diagnostic est avant tout clinique, devant l’aspect typique de papules en dôme, ombiliquées, à surface lisse et cireuse.
La dermoscopie peut aider en montrant des structures centrales blanches ou jaunâtres et un halo érythémateux périphérique, mais reste rarement indispensable en pratique courante.
Une biopsie n’est réservée qu’aux formes atypiques (lésions ulcérées, pigmentées, doute avec carcinome basocellulaire ou verrues génitales).
6. Diagnostic différentiel :
– Condylomes acuminés (HPV).
– Verrues vulgaires.
– Folliculites ou furoncles débutants.
– Milia, kystes épidermiques.
– Carcinome basocellulaire ombiliqué sur zones photo‑exposées chez le sujet âgé.
7. Évolution et complications :
Chez le sujet immunocompétent, les lésions guérissent spontanément en général en 6 à 12 mois, mais certaines formes peuvent persister jusqu’à 4 à 5 ans, avec un risque de nouvelles lésions par auto-inoculation entre-temps.
Les complications sont rares : surinfection bactérienne, eczéma autour des papules, cicatrices résiduelles après grattage ou traitement agressif.
8. Conduite à tenir en IST :
Devant des molluscum anogénitaux chez l’adulte : il est recommandé de :
– Rechercher d’autres IST (sérologies, dépistage VIH, chlamydia, gonocoque selon le contexte).
– Informer le ou les partenaires et conseiller un examen médical en cas de lésions visibles.
9. Grossesse :
Le molluscum contagiosum n’est pas une contre-indication à la grossesse ni à l’accouchement par voie basse.
Les gestes physiques (cryothérapie, curetage) peuvent être réalisés en toute sécurité pendant la grossesse en cas de besoin.
À l’inverse, la podophyllotoxine est formellement contre-indiquée pendant la grossesse et ne doit pas être proposée chez la femme enceinte, quelle que soit l’indication.
10. Traitement :
En première intention chez le patient immunocompétent, l’abstention-surveillance est une option à part entière, et non un simple compromis pour les patients réticents : la résolution spontanée étant la règle, elle peut être proposée d’emblée après explication claire du caractère bénin et auto-résolutif de l’affection, en particulier si les lésions sont peu nombreuses et peu gênantes.
Lorsqu’un geste actif est souhaité par le patient ou nécessaire (lésions nombreuses, symptomatiques, ou à risque de dissémination), la cryothérapie sans anesthésie et l’excision-curetage sous anesthésie locale par Emla® restent les méthodes de référence, simples et efficaces en pratique de consultation.
D’autres options existent, à discuter au cas par cas :
– Électrocoagulation ou laser en cas de lésions nombreuses ou résistantes
– Traitements topiques :
. Acide trichloracétique (25–40 %) sur lésion isolée.
. Podophyllotoxine chez l’adulte non enceinte.
. Dérivés rétinoïdes topiques (trétinoïne, tazarotène).
. Hydroxyde de potassium 5 % (applications quotidiennes jusqu’à érythème).
. Cantharidine : option décrite dans la littérature anglo-saxonne, mais non disponible en France (absence d’AMM).
En cas d’immunodépression importante ou de formes profuses et récidivantes : cidofovir, imiquimod ou interféron peuvent être discutés en collaboration avec la dermatologie ou les maladies infectieuses ; ces traitements ne sont pas indiqués en première intention chez le patient immunocompétent.
11. Conseils au patient :
– Éviter le grattage, le rasage de la zone atteinte et le partage de linge de toilette pour limiter la dissémination.
– Utiliser un préservatif lors des rapports, même si la protection n’est pas totale lorsque des lésions sont extragénitales.
– Expliquer le caractère bénin mais contagieux de l’affection, et l’importance de traiter ou de surveiller jusqu’à disparition complète des lésions.
Références :
IUSTI ( International Union against Sexually Transmitted Infections)— 2020 European guideline on the management of genital molluscum contagiosum.
BASHH (British Association for Sexual Health and HIV) — National guideline for the management of genital molluscum in adults (2021).
Collège des enseignants de dermatologie de France (CEDEF).
HAS.