1. Introduction :

Le terme de tumeur de l’ovaire englobe plusieurs pathologies, allant du simple kyste fonctionnel bénin lié au fonctionnement normal des ovaires, au kyste organique potentiellement malin.

Le tableau clinique et l’échographie pelvienne orientent le plus souvent vers une tumeur bénigne ou maligne, grâce aux scores échographiques validés (règles simples IOTA, modèle ADNEX, classification O-RADS).

Le diagnostic de certitude repose sur l’examen anatomopathologique, et donc sur la chirurgie (cœlioscopie ou laparotomie).

L’enjeu est double : ne pas opérer inutilement une lésion bénigne, et ne pas méconnaître ou fragmenter une tumeur maligne.

2. Examen clinique et paraclinique :

1) Interrogatoire :

L’interrogatoire est complet, avec notamment :

– l’âge,

– les antécédents médico-chirurgicaux, gynécologiques et familiaux de cancer du sein et de l’ovaire (un contexte de prédisposition génétique oriente vers une prise en charge spécialisée),

– la date des dernières règles, le mode de contraception et le suivi,

– si la patiente est ménopausée : date de la ménopause, prise d’un éventuel traitement hormonal substitutif.

Il précise les circonstances de découverte :

– découverte fortuite lors d’un examen gynécologique systématique ou d’une échographie pelvienne,

– troubles gynécologiques : douleur pelvienne, masse pelvienne,

– troubles du cycle (ménométrorragies, dysménorrhée, spanioménorrhée, voire aménorrhée…),

– découverte au cours du suivi normal d’une grossesse,

– troubles digestifs ou urinaires ; une augmentation du volume abdominal ou une ascite sont fortement évocatrices d’une tumeur maligne ; une altération de l’état général est un argument supplémentaire,

– découverte au cours d’une complication (Cf.). 

2) Examen clinique :

Examen général et gynécologique complet avec :

– température, pouls, pression artérielle et poids,

– palpation abdominale et des aires ganglionnaires,

– examen vulvaire, examen au spéculum, toucher vaginal et toucher rectal : palpation d’une masse pelvienne classiquement séparée de l’utérus par un sillon,

– examen bilatéral et comparatif des seins.

L’examen permet de préciser les caractéristiques cliniques de la tumeur ovarienne : localisation, taille, sensibilité, mobilité… 

3) Examens complémentaires :

a) Échographie pelvienne :

Par voie abdominale puis par voie endovaginale, c’est l’examen de référence à prescrire en première intention devant la découverte d’une masse latéro-utérine. Elle précise :

– l’existence d’un kyste ovarien, sa localisation exacte, sa taille, sa forme et ses limites,

– son échostructure : contenu liquidien pur ou non, cloisons, végétations, portions solides, épaisseur et régularité des parois,

– l’existence d’un éventuel épanchement liquidien du cul-de-sac de Douglas.
Couplée au Doppler couleur, elle précise la vascularisation de la lésion. Le compte rendu doit utiliser la terminologie standardisée du groupe IOTA et classer la lésion à l’aide d’un score validé (voir infra).

b) IRM pelvienne :

Elle n’est pas recommandée en première intention devant une tumeur présumée bénigne.

Elle a sa place en seconde ligne, lorsque l’échographie ne permet pas de caractériser la lésion (masse indéterminée) et pour préciser la nature d’une masse complexe (O-RADS MRI).

c) Scanner :

Il n’a pas d’indication dans la caractérisation d’une tumeur ovarienne présumée bénigne.

Il est réservé au bilan d’extension d’une tumeur maligne.

d) Marqueurs tumoraux :

– CA 125 : marqueur des tumeurs épithéliales de l’ovaire. Son dosage n’est pas recommandé à but diagnostique chez une femme adulte non ménopausée devant un kyste présumé bénin. Il est utile chez la femme ménopausée et devant toute masse suspecte. Il est élevé dans de nombreuses situations bénignes (endométriose, infection génitale haute, menstruations, grossesse), ce qui limite sa spécificité avant la ménopause.

– HE4 et score ROMA : option de seconde ligne pour affiner l’estimation du risque de malignité d’une masse indéterminée, selon la disponibilité.

– Femme jeune, masse solide ou suspecte : AFP, β-hCG et LDH (tumeurs germinales).

– Suspicion de tumeur mucineuse : CA 19-9 et ACE (rechercher aussi une origine digestive).

– Suspicion de tumeur stromale (signes d’hyperœstrogénie ou d’hyperandrogénie) : estradiol, testostérone, inhibine B, AMH.

e) Cœlioscopie : Cf chapitre spécial

3. Etiologies :

1) Kyste fonctionnel de l’ovaire : Cf chapitre spécial

2) Kyste organique de l’ovaire :

Le développement d’un kyste organique de l’ovaire est indépendant du fonctionnement ovarien et n’a donc aucun lien avec le cycle menstruel. Il persiste au fur et à mesure des cycles.

Chacun des trois tissus composant l’ovaire peut donner naissance à une prolifération tumorale bénigne ou maligne.

On distingue donc trois types anatomopathologiques, par ordre de fréquence : les tumeurs d’origine :

– Epithéliale : elles proviennent de l’épithélium de surface (cystadénomes séreux et mucineux, tumeurs endométrioïdes, tumeur de Brenner). Selon les données actuelles, une partie des carcinomes séreux de haut grade naît en réalité de l’extrémité distale de la trompe.

– Germinale : dérivées des cellules germinales (kyste dermoïde ou tératome mature, tératome immature, dysgerminome, choriocarcinome…). Elles prédominent chez l’enfant, l’adolescente et la femme jeune.

– Stromale : dérivées du stroma gonadique (tumeurs de la granulosa, thécome, fibrome, tumeurs de Sertoli-Leydig). Ces tumeurs reproduisent les structures endocrines ovariennes ; on parle parfois de « tumeur endocrine ».

Toutes ces tumeurs peuvent être de nature bénigne (le plus souvent), maligne, ou frontière (tumeur borderline).

3) Endométriome (kyste endométriosique) :

Il est fréquent chez la femme en âge de procréer.

Il apparaît à l’échographie comme un kyste à contenu homogène « en verre dépoli ».

Il est souvent associé à des lésions d’endométriose pelvienne.

Il doit être distingué des autres kystes organiques car sa prise en charge est spécifique (voir infra).

4) Tumeurs métastatiques (plus rares) :

Elles sont le plus souvent bilatérales et solides (tumeur de Krukenberg d’origine digestive ou mammaire).

Elles doivent être évoquées devant des antécédents de cancer extra-ovarien.

Classification histologique des tumeurs de l'ovaire

Origine Tumeur bénigne Tumeur borderline (malignité limite) Tumeur maligne
Tumeurs épithéliales Les plus fréquentes. Le plus souvent bénignes, mais elles peuvent être borderline ou malignes.
  • Cystadénome séreux (le plus fréquent)
  • Cystadénome mucineux
  • Cystadénofibrome
  • Tumeur de Brenner (presque toujours bénigne)
  • Tumeur séreuse borderline
  • Tumeur mucineuse borderline
Pronostic en général favorable ; peut survenir chez la femme jeune.
  • Carcinome séreux de haut grade (cancer de l'ovaire le plus fréquent)
  • Carcinome séreux de bas grade
  • Carcinome mucineux
  • Carcinome endométrioïde
  • Carcinome à cellules claires
  • Tumeur de Brenner maligne (rare)
Tumeurs germinales Prédominent chez l'enfant, l'adolescente et la femme jeune. Marqueurs : AFP, β-hCG, LDH.
  • Tératome mature (kyste dermoïde) : tumeur dérivée des trois feuillets embryonnaires (ectoderme, mésoderme, endoderme), de contenu hétérogène (poils, sébum, os, dents)
Dégénérescence maligne possible mais exceptionnelle (< 1 %).
Non applicable
  • Dysgerminome
  • Tératome immature
  • Tumeur du sac vitellin (sinus endodermique)
  • Carcinome embryonnaire
  • Choriocarcinome ovarien (rare)
Tumeurs des cordons sexuels et du stroma Tumeurs endocrines : elles reproduisent les structures hormonales de l'ovaire.
  • Fibrome
  • Thécome (fibrothécome)
Non applicable
  • Tumeur de la granulosa (adulte ou juvénile), souvent féminisante (œstrogéno-sécrétante)
  • Tumeur de Sertoli-Leydig, souvent virilisante (androgéno-sécrétante)
Malignité variable, le plus souvent de bas grade, avec risque de récidive tardive. Marqueurs : inhibine B, AMH, estradiol, testostérone.

Autres entités à connaître

Entité Description
Syndrome de Krukenberg Métastases ovariennes, le plus souvent bilatérales et solides, d'un cancer digestif (gastrique ++, colorectal) ou mammaire.
Syndrome de Demons-Meigs Exceptionnel. Ascite et épanchement pleural (le plus souvent droit) associés à une tumeur ovarienne bénigne (fibrome, thécome). Régression après exérèse de la tumeur.
Gonadoblastome Tumeur rare associant des cellules germinales et des éléments des cordons sexuels. Elle survient sur des gonades dysgénétiques avec présence de matériel du chromosome Y (dysgénésie gonadique, syndrome de Turner en mosaïque).
À ne pas confondre

L'endométriome n'est pas une tumeur épithéliale. C'est un kyste lié à l'endométriose, de nature non néoplasique, à contenu « chocolat » (hémorragies anciennes). Il est fréquent chez la femme en âge de procréer et fait l'objet d'une prise en charge spécifique.

Document pédagogique à visée de formation médicale. D'après la classification de l'OMS des tumeurs gynécologiques (5e édition, 2020).

4. Diagnostics différentiels :

Les diagnostics différentiels à évoquer devant la découverte d’une masse latéro-utérine sont :

– grossesse extra-utérine,

– pathologies tubaires : hydrosalpinx, pyosalpinx, abcès tubo-ovarien,

– kyste paratubaire ou paraovarien,

– fibrome utérin sous-séreux pédiculé,

– causes digestives (appendicite, diverticulite, tumeur digestive) et urinaires (rein pelvien, diverticule vésical).

5. Démarche diagnostique :

Au terme de l’examen clinique et de l’échographie pelvienne, 3 grandes situations se dégagent :

– tumeur ovarienne probablement bénigne,

– tumeur ovarienne suspecte,

– cancer de l’ovaire cliniquement évident.

1) Evaluation du risque de malignité à l’échographie :

Les recommandations du CNGOF (2013) retiennent les règles simples IOTA (grade A) et le modèle IOTA LR2 comme les outils les plus performants.

Le modèle ADNEX estime la probabilité que la masse soit bénigne, borderline ou maligne.

La classification O-RADS US attribue un score de 1 à 5 à chaque lésion, avec une conduite à tenir associée :

– O-RADS 1 : ovaire normal ou lésion physiologique (follicule ou corps jaune, ≤ 3 cm avant la ménopause),

– O-RADS 2 : presque certainement bénin (risque de malignité < 1 %) : kyste simple, kyste hémorragique typique, endométriome typique, kyste dermoïde typique, kyste uniloculaire à paroi lisse < 10 cm, kyste biloculaire à paroi lisse < 10 cm,

– O-RADS 3 : risque faible (1 à < 10 %), incluant notamment le kyste multiloculaire (≥ 3 loges) à paroi lisse < 10 cm avec score couleur < 4,

– O-RADS 4 : risque intermédiaire (10 à < 50 %),

– O-RADS 5 : risque élevé (≥ 50 %).

2) Tumeur ovarienne probablement bénigne :

a) Tableau clinique et échographique : 

Femme jeune en période d’activité génitale, kyste uniloculaire à contenu purement liquidien (anéchogène), à parois fines et régulières, sans cloison, sans végétation et sans vascularisation de la paroi au Doppler.

b) Conduite à tenir : 

● Femme non enceinte :

– Le blocage ovarien par une pilule estroprogestative est inefficace et n’est pas recommandé (CNGOF 2013, grade A). La ponction échoguidée n’est pas recommandée (grade B).

– Un kyste uniloculaire liquidien pur, asymptomatique, de moins de 10 cm, chez une femme sans antécédent de cancer, peut être simplement surveillé (CNGOF 2013, grade B).

– Un contrôle échographique après quelques semaines à quelques mois permet de distinguer un kyste fonctionnel (qui disparaît spontanément) d’un kyste organique persistant.

– Le suivi est adapté à la taille et au statut ménopausique (O-RADS US v2022) : pour un kyste simple, pas de suivi systématique jusqu’à 5 cm avant la ménopause et jusqu’à 3 cm après la ménopause ; au-delà, une échographie à 12 mois est proposée (6 mois pour un kyste ≥ 10 cm non opéré).

– L’indication chirurgicale est retenue en cas de symptômes, de croissance, d’aspect devenant suspect, d’antécédent oncologique ou de kyste volumineux (≥ 10 cm). La cœlioscopie est la voie de référence (grade A) et la kystectomie est préférée à l’annexectomie chez la femme non ménopausée (grade C).

● Cas particuliers selon le type de kyste :

– Kyste dermoïde : la chirurgie (kystectomie par cœlioscopie) est classiquement proposée, en raison du risque de torsion, de rupture et, rarement, de dégénérescence. Une surveillance sans chirurgie reste une option pour un kyste de petit volume (4 à 6 cm), asymptomatique.

– Endométriome : aucun traitement hormonal n’est recommandé pour le kyste lui-même (ni avant ni après l’intervention, à visée de réduction du kyste). En cas de chirurgie, la kystectomie cœlioscopique (technique du stripping) est le traitement de première intention. L’indication opératoire doit tenir compte du désir de grossesse et de la réserve ovarienne, la chirurgie pouvant l’altérer.

● Femme enceinte :

Un kyste fonctionnel est normal au premier trimestre de la grossesse : c’est le corps jaune, nécessaire par sa sécrétion de progestérone au maintien initial de la grossesse.

Il doit en principe disparaître après 12 à 16 SA, lorsque le placenta a assuré le « relais hormonal ».

– Un kyste uniloculaire anéchogène asymptomatique de moins de 6 cm relève d’une abstention (CNGOF 2013, grade C).

– La persistance d’un kyste ovarien après le premier trimestre, ou l’existence de signes suspects, peut justifier une IRM pelvienne, voire une exploration chirurgicale. Une chirurgie non urgente est de préférence réalisée au deuxième trimestre.

– L’intervention avant 12 à 15 SA est à éviter en dehors de l’urgence (torsion, rupture avec choc), pour deux raisons :

. risque important d’opérer un kyste fonctionnel, donc d’exposer inutilement la patiente et la grossesse,

. exérèse éventuelle d’un corps jaune, qui priverait la grossesse d’une source de progestérone et risquerait d’entraîner une fausse couche.

3) Tumeur ovarienne suspecte :

a) Tableau clinique et échographique :

Une tumeur ovarienne est suspecte de malignité (scores IOTA « maligne » ou « indéterminée », O-RADS 4 ou 5) s’il existe un ou plusieurs signes cliniques et/ou échographiques suivants :

– portion solide, végétations endokystiques ou exokystiques,

– cloisons épaisses ou irrégulières, nombreuses loges,

– parois épaisses et irrégulières,

– vascularisation intralésionnelle au Doppler (score couleur élevé),

– ascite,

– tumeur bilatérale,

– contexte clinique évocateur (altération de l’état général, antécédent familial ou prédisposition génétique, CA 125 élevé chez une femme ménopausée).

La ménopause, à elle seule, n’est pas un critère de suspicion : un kyste simple de petite taille chez une femme ménopausée peut être surveillé.

En revanche, la prudence est plus grande après la ménopause (absence de kyste fonctionnel), avec un CA 125 recommandé.

b) Conduite à tenir :

Bilan d’imagerie complémentaire en cas de masse indéterminée (IRM, échographie par un expert).

Avis d’un centre expert ou RCP d’oncologie gynécologique pour les lésions O-RADS 4 et 5.

Exploration chirurgicale par cœlioscopie, la patiente étant prévenue du risque de laparotomie en cas de tumeur maligne authentique ou de difficultés techniques :

– cytologie péritonéale première,

– annexectomie (et non simple kystectomie), en prenant soin de ne pas rompre le kyste (risque de dissémination tumorale) : extraction de la pièce dans un sac,

– examen extemporané de la pièce opératoire.

Nb : La découverte d’un cancer de l’ovaire à l’examen extemporané impose la conversion en laparotomie pour une chirurgie de réduction tumorale complète, de préférence par une équipe expérimentée.

4) Cancer de l’ovaire cliniquement évident :

C’est la situation la plus rare.

La prise en charge de ces patientes repose avant tout sur la chirurgie de réduction tumorale complète après confirmation histologique de la malignité de la tumeur ovarienne (Cf. Cancer de l’ovaire).

6. Complications :

1) Torsion d’annexe :

Le poids du kyste ovarien peut entraîner une torsion de l’ovaire autour de son pédicule vasculaire nourricier (kystes dermoïdes +++).

Le risque est estimé entre 3 et 11 % des tumeurs ovariennes présumées bénignes selon les séries.

Le tableau clinique est bruyant et d’apparition brutale :

– douleur pelvienne violente, résistante aux antalgiques, souvent accompagnée de nausées et de vomissements,

– palpation abdominale très douloureuse, défense en regard de la torsion,

– touchers pelviens très douloureux ; ils permettent parfois de palper la torsion : masse latéro-utérine douloureuse plus ou moins fixée.

Les β-hCG plasmatiques sont négatifs, éliminant une grossesse extra-utérine (principal diagnostic différentiel).

L’échographie pelvienne montre souvent un ovaire œdématié, augmenté de volume, comportant un kyste ovarien.

Le Doppler peut montrer un arrêt de la vascularisation, mais un flux conservé n’élimine pas le diagnostic.

Le diagnostic reste clinique, et l’imagerie ne doit pas retarder le geste.

C’est une urgence chirurgicale : cœlioscopie diagnostique et opératoire en urgence (CNGOF 2013, grade B).

Le traitement est conservateur (détorsion de l’annexe sans annexectomie), quelles que soient la durée présumée de la torsion et l’aspect macroscopique de l’ovaire (grade B), chez la femme non ménopausée.

Chez la femme ménopausée, l’annexectomie est recommandée (grade C).

Nb : Avant une cœlioscopie pour suspicion de torsion d’annexe, toujours informer la patiente du risque d’annexectomie en cas de nécrose ovarienne et du risque de conversion en laparotomie.

2) Hémorragie intra-tumorale (aussi appelée hémorragie intrakystique) :

Elle se manifeste par une douleur pelvienne latéralisée d’installation brutale.

L’examen clinique retrouve une douleur provoquée latéro-utérine.

Le toucher vaginal peut palper une masse latéro-utérine douloureuse.

Le diagnostic repose sur l’échographie endovaginale, qui montre un kyste ovarien de contenu hétérogène (aspect de caillot rétractile en « filets de pêche » ou en « dentelle », sans vascularisation interne).

En cas de doute, une IRM pelvienne peut être indiquée.

La prise en charge est symptomatique : antalgiques et repos.

La complication à craindre est la rupture hémorragique, qui expose au risque d’hémopéritoine, d’où la surveillance des signes cliniques et du taux d’hémoglobine.

Un contrôle échographique à quelques semaines permet de confirmer la résolution du caillot (une lésion qui persiste doit être recaractérisée).

3) Rupture d’un kyste :

La rupture d’un kyste ovarien se manifeste par une douleur pelvienne aiguë, qui dure quelques jours et se résout spontanément.

Cette rupture peut être spontanée ou déclenchée (rapport sexuel).

L’échographie ne retrouve le plus souvent qu’une lame liquidienne au niveau du cul-de-sac de Douglas, témoin de la rupture, avec des ovaires le plus souvent normaux.

Beaucoup plus rarement, la rupture est hémorragique : tableau péritonéal d’installation brutale pouvant aller jusqu’au choc hémorragique par hémopéritoine massif.

– En l’absence de signes de gravité : prise en charge symptomatique (antalgiques et repos), avec surveillance rapprochée du pouls, de la tension artérielle et du taux d’hémoglobine.

– En cas de mauvaise tolérance hémodynamique ou de persistance de l’hémorragie : prise en charge chirurgicale (cœlioscopie).

Nb : Histoire naturelle de la rupture hémorragique de kyste de l’ovaire : dans la grande majorité des cas, l’hémorragie n’est que transitoire et s’arrête spontanément. La prise en charge chirurgicale est donc le plus souvent inutile, et l’hémopéritoine se résorbe spontanément.

4) Infection :

Elle est rare et touche surtout les kystes dermoïdes et endométriosiques, ou survient dans un contexte d’infection génitale haute (abcès tubo-ovarien).

5) Transformation maligne :

Elle est rare (de l’ordre de 1 à 2 % des tumeurs présumées bénignes selon les séries) et concerne surtout les femmes ménopausées porteuses de kystes volumineux (> 10 cm).

Les femmes ayant un kyste d’aspect bénin n’ont pas de sur-risque démontré de cancer, et une surveillance échographique systématique indéfinie n’est pas justifiée.

6) Compressions extrinsèques :

– vessie : pollakiurie,

– uretère : obstruction rénale avec urétérohydronéphrose chronique,

– rectum : troubles du transit, ténesme, épreintes.

7) Particularités chez l’enfant et l’adolescente :

Les tumeurs germinales (kyste dermoïde, mais aussi tératome immature, dysgerminome, tumeur du sinus endodermique) et stromales sont proportionnellement plus fréquentes que chez l’adulte.

Devant toute masse solide ou complexe, on dose AFP, β-hCG et LDH.

La chirurgie conservatrice (préservation de l’ovaire et de la fertilité) est la règle chaque fois que possible, avec un avis spécialisé (oncologie pédiatrique et gynécologique).

A RETENIR :

► KYSTE FONCTIONNEL :

Son existence est liée au fonctionnement normal de l’ovaire sain au cours du cycle menstruel.

Il prend l’aspect d’un kyste ovarien simple isolé, à parois fines et à contenu anéchogène (liquidien).

Les kystes physiologiques (follicule, corps jaune) mesurent le plus souvent moins de 3 cm.

Le plus souvent, il disparaît spontanément au bout de quelques cycles.

Il est toujours bénin.

► KYSTE ORGANIQUE :

Tumeur ovarienne n’ayant pas de lien avec le cycle menstruel.  

ll dérive d’une des trois structures histologiques composant l’ovaire normal :

– tumeur épithéliale : tumeur séreuse +++ (cystadénome séreux), mucineuse, endométrioïde…

– tumeur germinale : kyste dermoïde, tératome immature, choriocarcinome, dysgerminome…

– tumeur stromale.

L’endométriome est le kyste organique le plus fréquent chez la femme jeune, avec le dermoïde.

Le kyste organique est le plus souvent bénin, mais il peut s’agir d’un cancer.

L’indication opératoire n’est pas systématique : un kyste uniloculaire liquidien pur de moins de 10 cm, asymptomatique et sans antécédent oncologique, peut être surveillé.

Toute lésion suspecte (IOTA, O-RADS 4 ou 5) relève d’une exploration chirurgicale et d’un avis spécialisé.

Le diagnostic de certitude est histologique.

► POINTS CLÉS DE LA CONDUITE À TENIR :

– Pas de pilule en vue de « bloquer » le kyste, pas de ponction.

– Cœlioscopie, kystectomie plutôt qu’annexectomie chez la femme non ménopausée (en dehors des lésions suspectes).

– Torsion : urgence, détorsion conservatrice.

– Grossesse : abstention pour un kyste uniloculaire anéchogène < 6 cm.

Conduite à tenir devant une masse annexielle

Masse annexielle

Interrogatoire, examen clinique et échographie pelvienne (voies abdominale et endovaginale) avec score IOTA ou O-RADS US

Suspicion de torsion d'annexe : urgence chirurgicale

Douleur pelvienne brutale et intense, β-hCG négatifs. Un Doppler normal n'élimine pas le diagnostic.

Cœlioscopie en urgence avec détorsion conservatrice, quelles que soient la durée et l'aspect de l'ovaire. Annexectomie après la ménopause.

Presque certainement bénin (O-RADS 1 et 2)

  • Kyste uniloculaire liquidien pur, asymptomatique, moins de 10 cm : surveillance possible.
  • Suivi selon la taille et le statut ménopausique : pas de suivi d'un kyste simple jusqu'à 5 cm avant la ménopause et 3 cm après, échographie à 12 mois au-delà.
  • Ni pilule, ni ponction.
  • Dermoïde, endométriome : prise en charge spécifique.

Chirurgie si :

  • symptômes, croissance, aspect suspect,
  • antécédent oncologique, kyste de 10 cm ou plus.

Cœlioscopie : kystectomie avant la ménopause, kystectomie ou annexectomie après la ménopause selon le cas.

Risque faible à intermédiaire (O-RADS 3 et 4)

  • IRM pelvienne (O-RADS MRI) ou échographie par un expert.
  • CA 125 (HE4 et ROMA en option).
  • Avis d'un gynécologue chirurgien, et d'un centre expert ou d'une RCP d'oncologie gynécologique.

Selon le résultat :

  • lésion rassurante : surveillance rapprochée (échographie à 6 mois si non opérée),
  • lésion persistante ou suspecte : exploration chirurgicale.

Risque élevé (O-RADS 5) ou cancer cliniquement évident

  • Bilan d'extension (scanner thoraco-abdomino-pelvien).
  • Marqueurs : CA 125, et AFP, β-hCG, LDH chez la femme jeune.
  • Prise en charge en centre expert, après avis de RCP.

Chirurgie oncologique :

  • annexectomie sans rupture, extraction en sac, cytologie péritonéale,
  • examen extemporané,
  • si cancer : conversion en laparotomie et chirurgie de réduction tumorale complète.

Grossesse

Un kyste uniloculaire anéchogène asymptomatique de moins de 6 cm relève d'une abstention. Une chirurgie non urgente est de préférence réalisée au deuxième trimestre. L'urgence (torsion, rupture avec choc) fait exception.

Document pédagogique à visée de formation médicale, ne se substituant pas au jugement clinique. D'après les RPC CNGOF 2013 et la classification O-RADS US v2022.

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