1. Importance du classement du cancer du sein :

Afin d’établir le pronostic et d’adapter la prise en charge, il est nécessaire de déterminer le stade de la maladie.

On utilise la classification TNM (Tumeur, Ganglions, Métastases) de l’UICC/AJCC, système international qui permet une description claire, reproductible et comparable des cancers au diagnostic.

L’AJCC 8e édition y ajoute un stade pronostique qui intègre la biologie tumorale (voir 4).

Cette classification concerne uniquement les carcinomes.

. Tumeurs multiples dans un même sein : on retient la tumeur de plus grande taille, avec le suffixe (m).

. Cancers bilatéraux simultanés : chaque sein est classé séparément.

Le TNM s’associe au grade, au type histologique, aux marqueurs moléculaires et à l’imagerie pour établir un plan de traitement personnalisé.

2. Classification TNM clinique (cTNM) :

ÉlémentDétails
T : taille de la tumeurTx : non évaluable
T0 : pas de tumeur primitive identifiée (ex. : adénopathie axillaire révélatrice)
Tis : carcinome in situ (CCIS, maladie de Paget isolée du mamelon)
T1 : ≤ 2 cm
mi : ≤ 1 mm
a : > 1 mm et ≤ 5 mm
b : > 5 mm et ≤ 10 mm
c : > 10 mm et ≤ 20 mm
T2 : > 2 cm et ≤ 5 cm
T3 : > 5 cm
T4 : toute taille avec extension à la paroi thoracique et/ou à la peau
a : paroi thoracique (côtes, muscles intercostaux, grand dentelé), pectoral exclu
b : peau (ulcération, nodules de perméation cutanés, œdème avec peau d’orange)
c : a + b
d : cancer inflammatoire (érythème et œdème ≥ 1/3 du sein)
N : ganglions régionauxNx : non évaluable (par exemple : exérèse antérieure)
N0 : aucun ganglion régional
N1 : ganglions axillaires (niveaux I-II) homolatéraux suspects, mobiles
N2a : ganglions axillaires fixés entre eux ou à d’autres structures
N2b : ganglions mammaires internes homolatéraux cliniquement détectés, sans atteinte axillaire
N3a : ganglions sous-claviculaires (niveau III) ± axillaires
N3b : ganglions mammaires internes + axillaires
N3c : ganglions sus-claviculaires homolatéraux
M : métastases à distanceMx : renseignements insuffisants pour classer les métastases à distances
M0 : pas de métastase à distance
M1 : métastases à distance (os, foie, poumon, cerveau…)
Pev : poussée évolutive (classification française historique)Pev 0 : pas de signe inflammatoire
Pev 1 : doublement du volume tumoral en moins de 6 mois
Pev 2 : inflammation en regard de la tumeur, < 1/3 de la peau du sein
Pev 3 : inflammation étendue à tout le sein (mastite carcinomateuse), équivalent du T4d

Remarques :

• T0 ne signifie pas « tumeur non palpable ». Une lésion non palpable visible à l’imagerie est classée selon sa taille.

• Ganglions sus-claviculaires : N3c et non M1. Ils ne sont donc pas des métastases à distance.

• Carcinome in situ : stade 0. Le CLIS (carcinome lobulaire in situ) a été retiré de la catégorie Tis dans l’AJCC 8e édition et est considéré comme un marqueur de risque.

• Les cancers in situ sont souvent infracliniques (microcalcifications), mais peuvent se révéler par un nodule ou un écoulement mamelonnaire.

3. Classification pTNM :

Le pTNM est établi après la chirurgie, à partir de l’analyse histologique de la pièce opératoire, du ou des ganglions sentinelles et/ou du curage axillaire.

Après chimiothérapie néoadjuvante, le préfixe yp est utilisé (ypTNM) : il tient compte de la réponse au traitement (réponse histologique complète = ypT0/is ypN0).

1) Taille histologique de la tumeur (pT) :

Seule la composante infiltrante est mesurée.

• pT1 : ≤ 2 cm (pT1mi ≤ 1 mm ; pT1a > 1 à 5 mm ; pT1b > 5 à 10 mm ; pT1c > 10 à 20 mm).

• pT2 : > 2 cm et ≤ 5 cm.

• pT3 : > 5 cm.

• pT4 : extension à la paroi thoracique et/ou à la peau (a, b, c, d comme en clinique).

2) Statut ganglionnaire (pN) :

• pNx : non évaluable.

• pN0 : pas de métastase ganglionnaire histologique.

pN0(i+) : cellules tumorales isolées (≤ 0,2 mm), sans conséquence thérapeutique.

• pN1mi : micrométastase (> 0,2 mm et/ou > 200 cellules, mais ≤ 2 mm).

• pN1 : 1 à 3 ganglions axillaires (macrométastases > 2 mm) ; pN1b : mammaires internes détectés par sentinelle ; pN1c : les deux.

• pN2 : 4 à 9 ganglions axillaires, ou mammaires internes cliniquement détectés sans atteinte axillaire.

• pN3 : ≥ 10 ganglions axillaires, ou sous-claviculaires (niveau III), ou mammaires internes cliniquement détectés avec ≥ 1 ganglion axillaire positif, ou > 3 ganglions axillaires avec mammaires internes détectés par sentinelle, ou sus-claviculaires (pN3c).

4. Stades du cancer :

1) Stades anatomiques (AJCC 8, UICC 8) :

StadeTNM
0Tis N0 M0
IAT1 N0 M0
IBT0-T1 N1mi M0
IIAT0-T1 N1 M0 ; T2 N0 M0
IIBT2 N1 M0 ; T3 N0 M0
IIIAT0-T2 N2 M0 ; T3 N1-N2 M0
IIIBT4 N0-N2 M0 (dont le cancer inflammatoire T4d)
IIICTout T N3 M0
IVTout T tout N M1

2) Stade pronostique AJCC 8 :

L’AJCC 8e édition ajoute deux stades qui combinent le TNM avec le grade, RE, RP et HER2 (et le score génomique dans certains cas) :

. Stade pronostique clinique (pour toutes les patientes).

. Stade pronostique pathologique (patientes opérées d’emblée).

Ils peuvent faire descendre le stade d’une tumeur à biologie favorable (RH+, HER2-, grade 1) ou le faire monter (triple négatif, HER2+ de haut grade). Leur usage en France reste moins répandu que l’anatomique, mais ils reflètent le pronostic réel.

5. Grade :

1) Principe :

L’anatomopathologiste attribue un grade à partir de l’aspect microscopique des cellules (biopsie ou pièce opératoire).

2) Grade histo-pronostique SBR (Elston et Ellis) :

Le grade SBR (Scarff, Bloom et Richardson, modifié par Elston et Ellis) additionne un score de 1 à 3 pour trois critères.

CritèreScore 1 (léger)Score 2 (intermédiaire)Score 3 (élevé)
Différenciation tubulo-glandulaire> 75 % de la tumeur bien différenciée10 % à 75 %< 10 %
Pléomorphisme nucléaireNoyaux petits et réguliersAtypie modéréeNoyaux volumineux et très irréguliers
Index mitotique faibleintermédiaireélevé

Les seuils mitotiques dépendent de la surface du champ microscopique utilisé (ou sont exprimés par mm²) : ils doivent être appliqués selon les valeurs de référence du laboratoire.

Score totalGradeDescriptionPronostic
3 à 5Grade 1Bien différenciéFavorable
6 à 7Grade 2Modérément différenciéIntermédiaire
8 à 9Grade 3Peu différenciéRéservé

Les tumeurs de bas grade évoluent plus lentement que celles de haut grade.

Le grade oriente la stratégie thérapeutique et fait partie du stade pronostique AJCC 8.

* H. J. Bloom, médecin radiothérapeute, W. W. Richardson, anatomopathologiste britanniques (1957), R. W. Scarff pathologiste britannique (1968), C. W. Elston, I. O. Ellis, anatompathologistes britanniques (1991)

6. HER2 :

1) Définition :

HER2 (récepteur 2 du facteur de croissance épidermique humain) est un récepteur membranaire qui favorise la croissance cellulaire.

Environ 15 à 20 % des cancers du sein le surexpriment (tumeurs « HER2 positives »).

Ces tumeurs sont très prolifératives et de pronostic spontanément défavorable, mais le trastuzumab (anticorps monoclonal anti-HER2) a transformé ce pronostic.

2) Détermination :

– Immunohistochimie (IHC) : 0, 1+, 2+, 3+.

– Hybridation in situ (ISH) : systématique si IHC 2+.

– HER2 positif : IHC 3+, ou IHC 2+ avec amplification en ISH.

3) HER2-low et HER2-ultralow :

– HER2-low : IHC 1+, ou IHC 2+ avec ISH négative. Ces tumeurs ne sont pas éligibles aux anti-HER2 classiques, mais peuvent bénéficier du trastuzumab deruxtecan (conjugué anticorps-médicament) en situation métastatique.

– HER2-ultralow : IHC 0 avec marquage membranaire faible (≤ 10 % des cellules), également concerné par certaines indications.

Cette distinction s’ajoute à la classification moléculaire et change la prise en charge des tumeurs auparavant classées « HER2 négatif ».

7. Récepteurs hormonaux (RH) :

1) Principe :

Les cellules mammaires normales possèdent des récepteurs aux œstrogènes (RE) et à la progestérone (RP). Une cellule cancéreuse peut les conserver, et les hormones peuvent alors stimuler la croissance tumorale.

2) Recherche :

– Réalisée par immunohistochimie sur la biopsie ou la pièce opératoire. Les dosages isotopiques sont abandonnés.

– Seuil de positivité : ≥ 1 % de noyaux marqués (recommandations ASCO/CAP).

– RE faiblement positifs (1 à 10 %, « RE-low ») : le bénéfice de l’hormonothérapie est moins certain et la biologie est souvent proche des triples négatifs. La discussion est faite en RCP.

3) Valeur pronostique :

a) Tumeurs RE+/RP+ :

Les plus fréquentes. La co-expression est un facteur de bon pronostic, d’autant plus que le niveau d’expression est élevé. Elles répondent généralement à l’hormonothérapie.

b) Tumeurs RE+/RP- :

Pronostic moins favorable : plus proliférantes, avec davantage de surexpression de HER2 et d’EGFR que les RE+/RP+.

c) Tumeurs RE-/RP+ :

Très rares. Elles reposent souvent sur un faux négatif du RE, d’où l’intérêt de recontrôler le statut avant de les considérer comme une entité à part.

8. Autres paramètres :

1) Index Ki-67 :

Marqueur de prolifération cellulaire, mesuré en immunohistochimie (pourcentage de cellules en cycle).

Un Ki-67 élevé traduit une croissance rapide et une plus grande sensibilité à la chimiothérapie.

Limites : technique peu standardisée, seuils variables d’un laboratoire à l’autre (le seuil de 20 % est courant mais non universel).

Les recommandations actuelles combinent le Ki-67 avec le grade, le RP et les tests génomiques.

3) Tests génomiques :

Ils analysent l’expression de gènes dans la tumeur pour évaluer le risque de récidive et l’utilité d’une chimiothérapie adjuvante.

– Indication : cancers RH+, HER2-, sans atteinte ganglionnaire ou avec une atteinte limitée (1 à 3 ganglions, avec interprétation selon le statut ménopausique). Décision en RCP.

– Tests disponibles : Oncotype DX ® (21 gènes), MammaPrint ®, Prosigna ® (PAM50), EndoPredict ®, selon les recommandations nationales et la disponibilité.

9. Classification moléculaire :

L’association RH, HER2, grade et Ki-67 permet de définir 4 grands sous-types, qui sont des substituts immunohistochimiques des sous-types intrinsèques (PAM50). Ils orientent le pronostic et le traitement.

1) Luminal A :

– Profil : RH fortement positifs, HER2 négatif, prolifération basse (Ki-67 bas, grade faible, RP élevé).

– Évolution : croissance lente, meilleur pronostic.

– Stratégie : hormonothérapie principalement. La chimiothérapie est le plus souvent inutile.

2) Luminal B :

– Profil : RH positifs, avec prolifération élevée (Ki-67 élevé, grade élevé, RP faible), ou HER2 positif associé (luminal B HER2+).

– Évolution : plus agressif que le luminal A.

– Stratégie : hormonothérapie systématique, souvent associée à la chimiothérapie, et à un traitement anti-HER2 si HER2+. Les tests génomiques aident à la décision dans les formes HER2-.

3) HER2-enrichi (non luminal) :

– Profil : RH négatifs, HER2 positif.

– Évolution : agressif, mais pronostic nettement amélioré par les thérapies ciblées.

– Stratégie : chimiothérapie + anti-HER2 (trastuzumab ± pertuzumab). La chimiothérapie néoadjuvante est fréquente.

4) Triple négatif (TNBC) :

– Profil : RE-, RP-, HER2 négatifs. Environ 15 % des cancers du sein. Le sous-type « basal-like » est proche, mais pas strictement identique.

– Évolution : le plus agressif, avec un risque de rechute précoce. Plus fréquent chez la femme jeune et associé aux mutations BRCA1/2.

– Stratégie : chimiothérapie, désormais associée au pembrolizumab (immunothérapie) en situation néoadjuvante dans les formes de stade II-III, capécitabine adjuvante en cas de maladie résiduelle, et olaparib adjuvant en cas de mutation BRCA.

10. Ganglion sentinelle et statut ganglionnaire :

Le concept du ganglion sentinelle consiste à retirer quelques ganglions (en moyenne 2) pour éviter le curage et sa morbidité.

Il permet aussi une analyse histologique plus fine du ganglion.

On distingue 3 types d’envahissement :

. Cellules tumorales isolées : ≤ 0,2 mm.

. Micrométastases : > 0,2 mm et ≤ 2 mm.

. Macrométastases : > 2 mm.

Les cellules tumorales isolées ont une valeur pronostique faible et ne modifient pas la conduite (pas de curage complémentaire).

Références :

AJCC Cancer Staging Manual, 8th edition (2017) ; UICC TNM 8.

Allison KH et al., ASCO/CAP, récepteurs hormonaux (2020) et HER2 (2023).

ESMO Early Breast Cancer Clinical Practice Guideline (2024).

Elston CW, Ellis IO, Histopathology 1991.

Modi S et al., DESTINY-Breast04, NEJM 2022.

Schmid P et al., KEYNOTE-522, NEJM 2020.

Points clés

– Stadification TNM : le stade anatomique se détermine après T, N et M. Le stade pronostique AJCC 8 y ajoute grade, RE, RP et HER2.

– IIA : T0-1 N1 ou T2 N0. IIB : T2 N1 ou T3 N0.

– Les ganglions sus-claviculaires sont N3c, donc stade IIIC, et non M1.

– HER2 : positif si IHC 3+ ou IHC 2+ avec ISH amplifiée. Le statut HER2-low ouvre des options thérapeutiques.

– RH : positifs dès 1 % de noyaux marqués. RE-low à discuter en RCP.

– Les sous-types moléculaires sont des substituts IHC : luminal A, luminal B, HER2-enrichi, triple négatif.

– Le Ki-67 est peu standardisé : à interpréter avec le grade, le RP et les tests génomiques.

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