1. Définition et terminologie :
– Périnéorraphie : reconstruction chirurgicale du corps périnéal (centre tendineux du périnée). Elle rapproche les muscles du périnée superficiel et referme la fourchette vulvaire.
– Périnéorraphie secondaire (différée) : elle reprend un périnée mal cicatrisé, non réparé ou relâché. C’est elle que décrit ce cours.
– Réparation immédiate d’une déchirure obstétricale : c’est une suture primaire, traitée dans le cours « Déchirures obstétricales récentes ». Les lésions du sphincter anal (stades 3 et 4) relèvent d’une technique spécifique (voir § 7).
– Colpopérinéorraphie postérieure : association de la colporraphie postérieure (cure de rectocèle) et de la périnéorraphie.
– Sphinctéroplastie anale : geste distinct, nécessaire si le sphincter anal est lésé et symptomatique.
2. Rappels anatomiques :
– Corps périnéal : point de convergence du bulbo-spongieux, des transverses superficiel et profond, du sphincter externe de l’anus et des fibres du releveur. Il soutient la paroi vaginale postérieure.
– Septum recto-vaginal (fascia de Denonvilliers) : plan de soutien entre vagin et rectum, dont la rupture ou l’amincissement produit la rectocèle.
– Sphincter anal : sphincter externe (strié) et sphincter interne (lisse). Leur atteinte conditionne le pronostic de continence anale.
– Innervation et vascularisation : nerf pudendal (S2-S4), artère pudendale interne.
– Repères POP-Q : relâchement périnéal = hiatus génital (gh) élargi et corps périnéal (pb) raccourci.
3. Indications et contre-indications :
1) Indications :
– Périnée mal cicatrisé après accouchement : déchirure non réparée ou mal réparée, désunion, cicatrice vicieuse ou bride douloureuse (dyspareunie d’intromission).
– Béance vulvaire symptomatique : gêne, bruits d’air vaginaux, infections ou irritations répétées.
– Temps complémentaire d’une colporraphie postérieure (rectocèle) ou d’une chirurgie du prolapsus par voie basse.
– Séquelles d’épisiotomie.
2) Ce que la périnéorraphie ne traite pas :
– Incontinence urinaire d’effort : elle relève d’un traitement spécifique (voir le cours IUE).
– Incontinence anale : elle impose une sphinctéroplastie si le sphincter est lésé.
– Un prolapsus avéré : il se traite selon sa propre prise en charge.
3) Contre-indications ou temporisation :
– Infection locale active.
– Délai insuffisant après l’accouchement (attendre 3 à 6 mois de cicatrisation).
– Atrophie vaginale non traitée (œstrogènes locaux au préalable).
– Projet de grossesse imminent (relatif).
– Demande purement esthétique sans symptôme : les procédures cosmétiques vaginales manquent de preuves (avis ACOG 2007).
4. Bilan préopératoire :
1) Interrogatoire :
– Antécédents obstétricaux : stade de la déchirure, forceps, épisiotomie, qualité de la cicatrisation.
– Symptômes : dyspareunie (d’intromission ou profonde), béance, gêne, incontinence urinaire ou anale, dyschésie (manœuvres digitales), bombement.
– Projet de grossesse, retentissement sexuel.
2) Examen clinique :
– Inspection au repos et à la poussée : béance, distance ano-vulvaire, cicatrice (bride, fibrose, zones douloureuses au coton-tige), trophicité.
– POP-Q (gh, pb), recherche de rectocèle, testing du releveur (Oxford).
– Toucher rectal : tonus sphinctérien, septum recto-vaginal, fistule recto-vaginale.
3) Examens complémentaires selon le contexte :
– Échographie endo-anale et manométrie ano-rectale si symptômes anaux ou suspicion de lésion sphinctérienne.
– IRM pelvienne dynamique ou défécographie si dysfonction de vidange rectale.
– Bilan urodynamique si symptômes urinaires.
– ECBU, frottis à jour, bilan préopératoire habituel.
4) Préparation :
– Œstrogènes locaux 4 à 6 semaines en cas d’atrophie.
– Traitement d’une infection, correction d’une constipation.
– Antibioprophylaxie selon protocole local (dose unique d’amoxicilline-acide clavulanique ou de céphalosporine).
– Information claire sur le risque de dyspareunie par hypercorrection.
5. Anesthésie et installation :
– Anesthésie : locale avec sédation pour un geste limité, rachianesthésie ou générale pour une reconstruction plus large ou associée.
– Infiltration : lidocaïne adrénalinée, diluée à 50 % dans votre technique (hémostase et dissection).
– Installation : position gynécologique, valves vaginales ou écarteur, désinfection du périnée et du vagin (polyvidone iodée ou chlorhexidine), champ stérile troué.
6. Techniques opératoires :
1) Périnéorraphie isolée (périnéoplastie) :
– Infiltration sous-cutanée et sous-muqueuse.
– Incision losangique ou triangulaire à la fourchette, avec désépidermisation de la zone cicatricielle. L’excision reste économe : l’introïtus doit rester perméable à deux doigts.
– Dissection du plan musculaire et repérage des muscles bulbo-spongieux et transverses superficiels.
– Myorraphie superficielle : rapprochement des muscles sur la ligne médiane par points séparés de fil résorbable (par exemple Vicryl 1).
– Reconstitution du corps périnéal en plusieurs plans : musculaire, sous-cutané, puis peau.
– Fermeture cutanée par surjet intradermique de fil à résorption rapide (Vicryl 3/0).
– Contrôle : toucher rectal (absence de fil dans le rectum), introïtus perméable à deux doigts, hémostase.
2) Colpopérinéorraphie postérieure (rectocèle et périnée) :
– Infiltration du vagin postérieur (Xylocaïne adrénalinée diluée à 50 %).
– Colpotomie sagittale médiane postérieure.
– Dissection des fosses para-rectales par digitoclasie.
– Plicature du fascia recto-vaginal en points séparés de fil résorbable, soit médiane, soit par réparation ciblée des défects.
– Plicature des releveurs (myorraphie profonde) : geste classique mais source de dyspareunie, à éviter ou à limiter.
– Résection modérée de la muqueuse excédentaire, fermeture vaginale par surjet.
– Reconstitution du périnée (myorraphie superficielle, fermeture cutanée) comme en A.
– Pas de prothèse vaginale : les renforts par greffe n’ont pas montré de bénéfice.
3) Périnéoplastie de Fenton (introïtus rétréci ou bride) :
– Incision transversale de la zone rigide, refermée dans le sens longitudinal pour agrandir l’orifice.
– Indiquée en cas de dyspareunie d’intromission après échec du traitement médical.
4) Lésion sphinctérienne anale associée :
– Une périnéorraphie seule est insuffisante en cas d’incontinence anale avec défect sphinctérien.
– Sphinctéroplastie anale (suture bout-à-bout ou en overlap) par une équipe de chirurgie pelvi-périnéale ou colorectale.
– Résultats favorables à court terme (environ 70 à 80 %), avec une détérioration progressive à long terme.
7. Rappel : déchirures obstétricales récentes :
| Stade | Lésion |
|---|---|
| 1 | Peau ou muqueuse seulement |
| 2 | Muscles périnéaux, sphincter anal intact |
| 3a | Sphincter anal externe déchiré à moins de 50 % |
| 3b | Sphincter anal externe déchiré à plus de 50 % |
| 3c | Sphincter anal externe et sphincter interne déchirés |
| 4 | Sphincters anaux et épithélium anal ou rectal déchirés |
Principes de réparation d’une lésion de stade 3-4 (OASIS) :
– Bloc opératoire, anesthésie régionale ou générale.
– Réparation du sphincter externe par suture bout-à-bout ou overlap (fil monofilament 3/0 ou tressé 2/0), réparation séparée du sphincter interne, réparation de la muqueuse anale.
– Antibioprophylaxie en dose unique, laxatifs osmotiques pendant environ 10 jours, consultation à 6-12 semaines.
– Voie d’accouchement ultérieure à discuter en cas de symptômes persistants ou d’anomalie sphinctérienne.
8. Suites opératoires :
– Séjour : ambulatoire ou courte hospitalisation selon le geste associé.
– Analgésie : paracétamol, AINS, palier 2 si besoin, glace locale les premières 24-48 h.
– Mèche vaginale et sonde : éventuelles, retirées à J1 si colporraphie associée.
– Transit : laxatifs osmotiques 2 à 4 semaines, éviter la poussée et la constipation.
– Soins locaux : toilette à l’eau, séchage soigneux, pas de tampon.
– Activité : pas de port de charges lourdes ni de sport pendant 4 à 6 semaines.
– Rapports : reprise à partir de 6 semaines, après contrôle de la cicatrisation.
– Rééducation périnéale : à partir de 6-8 semaines selon la cicatrisation.
– Œstrogènes locaux : en post-ménopause.
– Contrôle : consultation à 6 semaines.
9. Complications :
| Complication | Conduite à tenir |
|---|---|
| Hématome | Drainage, reprise de la suture si volumineux |
| Infection ou abcès | Ablation de points, drainage, amoxicilline-acide clavulanique ou amoxicilline + métronidazole |
| Désunion | Soins locaux, resuture secondaire après environ 3 mois si besoin |
| Rétention urinaire | Sondage, surveillance |
| Dyspareunie | Hypercorrection, bride, plicature des releveurs : traitement local, kinésithérapie, infiltrations, reprise par plastie après environ 6 mois |
| Sténose ou bride vaginale | Reprise chirurgicale (Fenton) |
| Fistule recto-vaginale | Rare, réparation spécifique (le toucher rectal final doit la prévenir) |
| Aggravation d’une incontinence anale | Bilan, sphinctéroplastie |
| Récidive du relâchement | Réévaluer, rééducation, reprise ciblée |
10. Résultats :
– Symptômes de béance et gêne : amélioration dans la majorité des séries, mais avec un faible niveau de preuve.
– Dyspareunie cicatricielle : amélioration fréquente après périnéoplastie, selon la cause. Les dyspareunies profondes ne sont pas améliorées.
– Colporraphie postérieure : correction anatomique de la rectocèle de l’ordre de 80 à 90 % à 1-2 ans, amélioration de la dyschésie dans environ 60 à 80 % des cas.
– Dyspareunie de novo : environ 5 à 15 %, davantage en cas de plicature des releveurs (Kahn et Stanton).
11. Compte-rendu opératoire type :
PÉRINÉORRAPHIE (± colporraphie postérieure) :
– Date, opérateur, aide, anesthésie.
– Indication : [à préciser].
– Installation en position gynécologique, antibioprophylaxie : [produit, dose].
– Infiltration du vagin postérieur par Xylocaïne adrénalinée diluée à 50 %.
– Colpotomie sagittale médiane postérieure.
– Dissection des fosses para-rectales par digitoclasie.
– Plicature du fascia recto-vaginal par points séparés de Vicryl 0 [si colporraphie].
– Résection modérée de la muqueuse excédentaire, fermeture vaginale par surjet de Vicryl 2/0 [si colporraphie].
– Si périnéorraphie associée :
. incision losangique du périnée à la fourchette et désépidermisation,
. myorraphie superficielle par 2 points de Vicryl 1,
. périnéorraphie par surjet intradermique de Vicryl 3/0 à résorption rapide.
– Contrôle : toucher rectal normal, introïtus perméable à deux doigts, hémostase satisfaisante, compte des compresses exact.
– Mèche vaginale : [oui/non]. Sonde : [oui/non]. Pertes sanguines : [estimation].
– Suites et consignes : [à préciser].
Références :
CNGOF. Recommandations pour la pratique clinique : prise en charge du prolapsus génital de la femme, 2016.
RCOG. The management of third- and fourth-degree perineal tears, Green-top Guideline No. 29, 2015.
Sultan AH. Obstetrical perineal injury and anal incontinence. Clin Risk 1999.
Kahn MA, Stanton SL. Posterior colporrhaphy: its effects on bowel and sexual function. Br J Obstet Gynaecol 1997.
Paraiso MFR et al. Rectocele repair: a randomized trial of three surgical techniques including graft augmentation. Am J Obstet Gynecol 2006.
Maher C et al. Surgical management of pelvic organ prolapse in women. Cochrane 2013.
ACOG Committee Opinion No. 378. Vaginal « rejuvenation » and cosmetic vaginal procedures, 2007.
Haylen BT et al. IUGA/ICS joint report on terminology for female pelvic organ prolapse. Int Urogynecol J 2016.
Points clés
– La périnéorraphie secondaire se distingue de la suture immédiate d’une déchirure obstétricale.
– Elle traite la béance et la dyspareunie cicatricielle, mais pas l’incontinence urinaire ni anale.
– Le principal risque est la dyspareunie par hypercorrection : introïtus à deux doigts, plicature des releveurs à éviter.
– Toujours terminer par un toucher rectal.
– Lésion sphinctérienne anale = geste spécifique, pas une simple périnéorraphie.
– Pas de prothèse vaginale dans cette indication.