Le spermogramme est un examen médical qui permet d’évaluer la qualité du sperme.

Il s’agit du premier examen effectué chez l’homme en cas d’infertilité.

Cet examen mesure plusieurs paramètres qui caractérisent la qualité fécondante du sperme : volume, viscosité, nombre de spermatozoïdes par millilitre, mobilité des spermatozoïdes,  taille et  forme des spermatozoïdes, dosage de certaines substances (zinc, fructose, carnitine).

Plus les résultats de cet examen s’éloignent des résultats normaux, plus la fertilité du sperme est réduite.

1. Conditions de recueil du sperme :

La période d’abstinence sexuelle idéale se situe entre 3 et 5 jours ; cela inclut l’absence de relations sexuelles ainsi que de masturbation.

L’allongement du délai entraîne une accumulation des spermatozoïdes dans l’épididyme, ce qui les expose aux effets délétères des ROS générés par des spermatozoïdes anormaux et des granulocytes.

Le sperme est recueilli par masturbation dans un flacon stérile après avoir uriné et après un lavage de mains et des parties génitales.

Il est essentiel de recueillir la totalité de l’échantillon de l’éjaculat. De nombreux hommes éprouvent une gêne pendant le recueil de sperme et perdent une partie de l’échantillon, surtout la première fraction du sperme.

Si une partie du flacon est renversée ou quelques gouttes sont perdues, l’analyse ne sera pas représentative et donc, ne sera pas considérée comme valable. Cela doit être signalé au personnel du laboratoire afin de prendre un nouveau rendez-vous pour une meilleure analyse du sperme.

L’idéal est de recueillir l’échantillon dans le laboratoire pour altérer le moins possible les conditions de l’échantillon spermatique (limiter les fluctuations de température, contrôler le temps entre l’émission et l’analyse).

Cependant, de nombreuses cliniques offrent la possibilité de recueillir l’échantillon chez soi et de l’apporter au laboratoire (possibilité d’un rapport avec préservatif sans spermicide).

Dans ce cas de figure, il est important qu’il ne se passe pas plus d’une heure entre l’éjaculation et l’analyse, bien qu’il soit préférable que le temps n’excède pas 30-40 minutes afin d’obtenir un résultat du spermogramme le plus fiable possible.

De plus, jusqu’à l’arrivée au laboratoire, les conditions de température et de lumière doivent être adéquates.

Le flacon doit être conservé dans une poche du pantalon, ou en contact avec le corps et enveloppé dans du papier aluminium pour que la lumière n’entre pas en contact avec lui.

2. Examen du sperme proprement dit :

Lors de l’analyse du sperme, on utilise deux formes d’examen : l’examen macroscopique et l’examen microscopique. En général, il existe des paramètres de référence, bien qu’ils varient souvent en fonction du laboratoire et de la clinique.

1) Analyse macroscopique :

C’est la première à être réalisée, sur l’échantillon frais, juste après le recueil du sperme. Elle sert à évaluer les caractéristiques les plus basiques du sperme :

– Volume :  la quantité de sperme expulsée lors de l’éjaculat se mesure en millilitres (ml). A partir de 1,5 ml, elle est considérée normale.

– Liquéfaction : après le repos de l’échantillon pendant environ 20 minutes, le sperme devient moins compact et l’examen microscopique peut commencer. Le liquide séminal coagule rapidement après l’éjaculation puis il se liquéfie secondairement grâces aux enzymes prostatiques.

– Viscosité : quand l’échantillon est fortement visqueux, cela peut être dû à un dysfonctionnement prostatique, une éjaculation fréquente, et/ou d’un état psychologique particulier du patient. Cette augmentation de viscosité ne suppose pas une cause directe de l’infertilité, mais peut affecter les évaluations du sperme, tel que sa concentration et sa mobilité.

– Couleur : le sperme est de couleur blanc-grisonnant et parfois un peu jaune. S’il est légèrement transparent, cela peut être dû à la présence de leucocytes dans l’éjaculat, bien qu’à postériori il sera examiné au microscope.

– pH : les taux normaux de pH se situent entre 7,2 et 8,0 ce qui est considéré comme des valeurs basiques. La variation du pH peut indiquer la présence d’une infection.

2) Analyse microscopique :

Au niveau microscopique, les aspects observés les plus importants sont :

– Concentration de spermatozoïdes : il faut établir deux valeurs, la concentration de spermatozoïdes par millilitre et la concentration dans l’éjaculat.

– Mobilité spermatique : il s’agit de l’analyse de la capacité de mouvement des spermatozoïdes. En général, elle se mesure par deux valeurs, le mouvement total (tous les spermatozoïdes qui sont en mouvement) et la mobilité progressive (les spermatozoïdes bougent et avancent). De nombreuses cliniques analysent le type de mouvement, s’il est rapide, modéré ou lent.

– Vitalité : elle est mesurée par un examen de teinture, elle n’est effectuée que dans le cas où les spermatozoïdes immobiles sont nombreux afin de vérifier s’ils sont morts ou s’ils sont juste immobiles.

– Morphologie : la tête (elle doit être ovale), le cou et la queue du spermatozoïde sont analysés.

– Présence de leucocytes : il est normal qu’en plus de spermatozoïdes, on retrouve un autre type de cellules, comme des leucocytes, ou cellules épithéliales. Dans des échantillons où la présence de leucocytes est élevée, on suspecte la présence d’infection.

3. Valeurs normales du spermogramme (OMS 2021) :

Les valeurs normales d’un sperme fécond sont résumées dans le tableau suivant :

Volumeentre 2 et 6 ml
PHentre 7,2 et 8,0
Concentration des spermatozoïdes

≥ 15 millions/ml

et < 200 millions/ml

Mobilité (1 heure après l’éjaculation)≥ 30 % mobilité progressive (a+b)
Morphologie

OMS-1999 :

≥ 30 % de formes typiques

(classification de David)

OMS-2021 :

≥ 4 % de formes typiques

(classification de Kruger)

Vitalité

Mesure le pourcentage de SPZ vivants par adjonction de colorants (éosine-nigrosine) qui ne franchissent pas la paroi des cellules vivantes.

Les SPZ morts ont leurs noyaux qui se colorent en rouge.

> 54 % de spermatozoïdes vivants

(OMS 2021 : ce test n’est pas utile si au-moins 40 % des SPZ sont mobiles)

Agglutinatsnégatifs
Leucocytes< 1 million/ml
Zinc4-14 µmol/éjaculat
Fructose25-103,9 µmol/éjaculat
Carnitine0,8-2,85 µmol/éjaculat

Le spermogramme permet de diagnostiquer plusieurs problèmes sur les qualités fécondantes du sperme. Citons :

Aspermie : absence d’éjaculat ou volume de sperme < 0,5 ml,

hypospermie : volume total de l’éjaculat < 1,5 ml,

hyperspermie : volume total de l’éjaculat > 6 ml,

 azoospermie : absence de spermatozoïdes dans l’éjaculat,

cryptospermie : invisible à l’examen microscopique mais numération entre 10.000 et 100.000 au total,

leucospermie : numération des leucocytes (globules blancs) > 1 million/ml,

nécrospermie : < 54 % de spermatozoïdes vivants,

oligospermie : numération des spermatozoïdes < 15 millions par ml (ou < 39 millions par éjaculat),

oligospermie sévère : numération des spermatozoïdes < 5 millions par ml,

polyspermie : numération des spermatozoïdes > 200 millions par ml,

asthénospermie : moins de 30 % de spermatozoïdes mobiles une heure après l’éjaculation,

PH : potentiel hydrogène, habituellement noté “pH” : mesure de l’acidité qui doit être comprise entre 7,2 et 8 ; au-delà ceci traduit un problème,

tératospermie : morphologie des spermatozoïdes.

Nb : La partie concernant la morphologie des spermatozoïdes est l’étape la plus longue et la plus difficile du spermogramme. Lors d’un examen appelé spermocytogramme, 200 spermatozoïdes sont fixés et colorés sur des lames de frottis. Puis le biologiste va étudier les différentes parties des spermatozoïdes au microscope afin d’évaluer le pourcentage de spermatozoïdes morphologiquement normaux.

Le type d’anomalies morphologiques est également pris en compte pour estimer l’impact de la tératospermie sur la fécondité.

Plusieurs classifications existent :

. la classification de David modifiée par Auger et Eustache, encore utilisée par certains laboratoires ;

. la classification de Kruger, classification internationale de l’OMS, est la plus utilisée dans le monde. Réalisée à l’aide d’un automate, cette classification plus “sévère” classe en spermatozoïde atypique tout spermatozoïde qui s’écarte, même très peu, de la forme considérée comme normale.

Si la proportion de spermatozoïdes correctement formés est inférieure à 4 % selon la classification de l’OMS, ou 15 % selon la classification de David modifiée : une tératospermie est suspectée.

OATS/ oligoasthénotératospermie : combinaison d’une oligospermie avec une asthénospermie, et une tératospermie,

agglutinats : l’agglutination des spermatozoïdes correspond à l’attachement de spermatozoïdes mobiles entre eux : par la tête, par la pièce intermédiaire, par le flagelle, ou de manière mixte, par exemple, agglutination tête-flagelle. Les agglutinats s’expliquent par la présence de spermatozoïdes vivants et porteurs d’anticorps antispermatozoïdes. L’agglutination des spermatozoïdes empêche leur migration vers l’ovule. Un taux élevé d’agglutinats est responsable d’avortements à répétition en cas de grossesse…

Nb : Les agglutinats de spermatozoïdes doivent être différencié des agrégats de spermatozoïdes, qui sont la réunion et l’accolement de plusieurs spermatozoïdes morts ensemble.

Afin de réaliser le diagnostic d’infertilité masculine, il est nécessaire de réaliser au moins deux spermogrammes à un intervalle de trois mois de différence et que le résultat soit le même, car les résultats peuvent varier selon des variables environnementales ou de laboratoire, et pas seulement physiologiques.

4. Autres tests pour mesurer la qualité du sperme :

1) Test de fragmentation de l’ADN spermatique : Cf chapitre spécial

2) Test de migration-survie des spermatozoïdes (TMS) : Cf chapitre spécial

3) Spermoculture :

Recherche de bactéries dans le sperme. Elle consiste en l’examen direct au microscope d’un échantillon de sperme suivi de sa mise en culture sur milieux appropriés à la croissance des bactéries.

4) Autres examens :

En fonction des résultats de ces premiers tests, et si cela est nécessaire d’autres investigations pourront être envisagées. Citons par exemple :

– Biochimie du liquide séminal : dosage des différentes molécules en cas d’absence de spermatozoïdes dans l’éjaculat (carnithine, alpha-glucosidase, citrate, phosphatases acides, zinc, fructose).

– Recherche d’anticorps antispermatozoïdes : l’examen s’appelle le MAR test : cette recherche se fait sur les spermatozoïdes, dans le liquide séminal et dans le sang. Recherche effectuée en cas d’agglutinats de spermatozoïdes, ou d’asthénospermie.

– Etude de la réaction acrosomique : évaluation de la capacité des spermatozoïdes à larguer les enzymes responsables de la pénétration des spermatozoïdes dans l’enveloppe de l’ovule.

Stérilité masculine :

Plusieurs situations peuvent se rencontrer au vu du spermogramme.

* Le spermogramme est normal : il faut alors refaire un TPC et rechercher la présence d’anticorps antispermatozoïdes dans la glaire.

* Le spermogramme met en évidence soit une oligospermie, soit une asthénospermie, soit une tératospermie, soit une association de ces différentes anomalies, toutes les combinaisons étant possibles : il faut alors rechercher :

1- une insuffisance hormonale : hypogonadisme, hyperprolactinémie, hyperthyroïdie, hypothyroïdie et diabète,

2- une infection et demander une spermoculture et un prélèvement urétral à la recherche de chlamydiae et mycoplasmes,

3- une cause locale : varicocèle, hydrocèle, cryptorchidie,

4- des anticorps antispermatozoïdes,

5- une anomalie chromosomique (caryotype) : les anomalies chromosomiques sont présentes chez 7 % des hommes infertiles.

Le syndrome de Klinefelter (XXY) représente environ 2/3 des anomalies chromosomiques observées chez l’homme infertile (surtout en cas d’azoospermie).

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