Un abcès est une collection purulente développée dans les tissus mous. Le staphylocoque doré est le germe le plus souvent responsable.

Cette phase de collection est précédée d’une phase de diffusion, accessible au traitement médical (antibiotiques).

1. Quand inciser un abcès du sein ?

Il faut inciser dans 2 cas :

– Devant les signes de suppuration :

Les douleurs mammaires sont intenses, permanentes, souvent pulsatiles et insomniantes.

Il existe une fièvre élevée (39- 40°C).

La palpation permet de sentir dans un sein gonflé et tendu, rouge, inflammatoire, une tuméfaction profonde, dure, mal limitée et très douloureuse, généralement fluctuante à la palpation, parfois fistulisée, ainsi que des ganglions sensibles.

A ce stade, la cavité renfermant le pus est inaccessible aux antibiotiques.

Si la femme allaite, et qu’on fait couler du lait sur un coton, il y reste des débris jaunâtres (pus) : Budin +.

– Devant l’échec d’un traitement médical : toute lymphangite, toute galactophorite traitée par les antibiotiques dont les signes généraux et locaux ne se sont pas amendés en 4 jours malgré un traitement correct témoignent d’une suppuration.

Il faut arrêter les antibiotiques, laisser évoluer quelques jours vers la mastite et inciser dès que la tuméfaction devient douloureuse et fluctuante ; pendant cette période d’observation, il faut faire mûrir l’abcès par des pansements humides ou des cataplasmes avec Osmogel ou Antiphlogistine.

2. Prise en charge par le chirurgien :

1) Local :

Une salle septique réservée à cet usage est indispensable dans une maternité.

L’abcès fourmille de germes pyogènes qu’il faut éviter à tout prix de répandre pour éviter les infections puerpérales.

2) Anesthésie :

L’anesthésie générale est nécessaire de façon à toujours inciser largement et à effondrer les logettes qui cloisonnent l’abcès.

3) Matériel :

Il comprend :

– un manche de bistouri et une lame stérile (à usage unique),

– une pince courbe et sans griffe de Kelly stérile,

– un tube à essai stérile pour le recueil du pus (pour le laboratoire de bactériologie),

– une ou deux seringues de 5 ou 10 ml,

– un antiseptique (bétadine, eau oxygénée, Dakin),

– une lame ondulée de caoutchouc stérile (Delbet) ou un drain de Redon, fil à suture non résorbable (fixation du drain),

– enfin, des champs et des gants stériles.

La position sur la table d’intervention est allongée : le bras du côté du sein opéré, et mis à 90°.

4) Types d’incision :

Le choix dépend du volume de l’abcès, de sa topographie dans la glande.

L’incision sera dépendante de la position de l’abcès. Elle sera :

a) Incision radiaire :

– pour les abcès superficiels,

– peut être agrandie à volonté,

– peut être associée à une deuxième incision, ce qui permet de faire ressortir le drain,

– elle est inesthétique dans les quadrants supérieurs.

b) Incision péri-mamelonnaire pour les abcès à proximité de l’aréole,

c) Incision sous-mammaire :

– permet de drainer les gros abcès profonds,

– elle est esthétique à condition de la faire à 1 cm du sillon sous- mammaire.

5) Manuel opératoire :

La malade étant endormie :

– désinfecter la région avec de la bétadine ou de l’alcool iodé,

– disposer les champs et souvent sous eux, un haricot destiné à recevoir le pus,

– tenir le bistouri entre le pouce et le majeur de la main dominante, l’index appuyant sur le manche, l’autre main maintient l’abcès entre le pouce et l’index;  le tranchant de la lame de bistouri doit être perpendiculaire au plan cutané,

– inciser selon l’axe le plus large de l’abcès, d’un seul trait franc ; la longueur de l’incision doit être suffisante pour laisser pénétrer un doigt,

– recueillir quelques ml de pus qui s’écoule,

– introduire le doigt dans la cavité pour effondrer les logettes qui cloisonnent l’abcès (il doit rester une cavité unique) ; ce geste est fondamental, on est surpris souvent de découvrir une cavité beaucoup plus volumineuse que prévue,

– on lave abondamment à la seringue la cavité avec la solution antiseptique (Bétadine, eau oxygénée, Dakin) de façon à enlever le pus et les débris sphacélés,

– drainage de la cavité : 

. mettre en place une lame de caoutchouc (Delbet) ou un drain de Redon de bonne taille où l’on a fait de nombreux trous, ou bien des mèches de gaze drainantes dans le fond de la cavité,

. le drain peut sortir par l’incision ou mieux par une petite contre-incision radiée située au point de déclive (nous conseillons vivement de faire cette 2ème incision, lorsque la poche est vaste),

. fixer la lame si possible, avec un point de suture sur l’une des berges.

– rapprocher les lèvres de l’incision par un ou deux points si nécessaire,

– réaliser un volumineux pansement absorbant.

Durée de l’intervention : environ 30 minutes.

6) Post-opératoire :

Un pansement quotidien avec lavages au Dakin est indispensable.

Celui-ci sera fait dans la salle septique où l’incision a été réalisée.

– les drains seront d’abord mobilisés puis retirés progressivement,

– le drain est ensuite retiré progressivement et enlevé au 3e-5e jour,

– l’antibiothérapie est généralement inutile, sauf s’il y a pas des phénomènes généraux.

Ces soins locaux qui suivront sont indispensables pour permettre une cicatrisation progressive du fond vers la peau, pour éviter que celle-ci se referme trop vite, augmentant le risque de récidive.

La cicatrisation est obtenue en 12 à 15 jours.

Le port du soutien-gorge est tout à fait autorisé, il aide souvent les suites en soutenant le sein.

7) Arrêt de l’allaitement :

– il est indispensable étant donné le risque d’infection pour l’enfant,

– il permet de réduire les phénomènes congestifs et ainsi de hâter la cicatrisation,

– est réalisé par l’administration de bromocriptine (Parlodel ®).

Nb : la femme pourra reprendre l’allaitement, si elle le désire, 3 semaines après l’incision à condition que le sein soit bien cicatrisé et après 2 prélèvements bactériologiques (-) faits sur le lait à 8 jours d’intervalle. Entre-temps, on aura tiré le lait en le jetant.

Durée d’hospitalisation : variable selon les soins à effectuer, mais en moyenne entre 1 et 3 jours.

Arrêt de travail : le repos est nécessaire après l’intervention ; sa durée sera variable en fonction de la profession, en moyenne 10 à 15 jours.

La visite post-opératoire est effectuée en général un mois après.

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