Le frottis cervico-vaginal (FCV) ou test de Papanicolaou, actuellement appelé frottis cervico-utérin (FCU), est un examen de dépistage du cancer du col utérin dont le principe repose sur l’analyse microscopique de lames cellulaires après recueil des cellules du col utérin.
1. Précautions à observer avant un frottis :
1- S’abstenir de tout rapport sexuel dans les 48 heures précédant.
2- En dehors de la période menstruelle.
3- Avoir terminé tout traitement vaginal local depuis au moins 48 à 72 heures (notamment les ovules).
4- Éviter toute douche vaginale durant les 24 heures avant le prélèvement.
5- Réaliser le prélèvement avant tout toucher vaginal.
Il est généralement recommandé de planifier le frottis environ 10 à 20 jours après le premier jour des règles, ce qui correspond à la période idéale pour un résultat fiable (col ouvert).
2. Matériel utilisé :
– spéculums (différentes tailles), gants,
– tampons,
– dispositifs de prélèvements :
. spatule d’Ayre,
. cytobrosse type Cytobrush (balayette),
. trident type Cervex-Brush ®.
– flacon contenant un milieu de conservation cellulaire liquide,
– en cas de frottis conventionnel : lames microscopiques, crayon, spray fixateur ou solution alcoolique.
Nb : L’écouvillon (coton-tige) pour le prélèvement endocervical est déconseillé. S’il est tout de même utilisé, on recommande de le mouiller avec une solution saline avant le prélèvement.
1) Prélèvement exocol avec la spatule d’Ayre :
– La pointe de la spatule est insérée dans l’orifice,
– avec une pression légère et un changement de main en cours de rotation, la spatule exécute un tour de 360°,
– l’extrémité arrondie est utilisée chez les multipares, l’extrémité allongée chez les nullipares,
– la jonction pavimento-cylindrique doit être raclée entièrement. En présence d’un ectropion important, l’exocol est raclé séparément.
2) Prélèvement endocol avec la cytobrosse (cytobrush) :
– la cytobrosse est insérée jusqu’aux deux tiers dans l’endocol, avec une rotation douce de 90 à 180°,
– en frottis conventionnel, elle est immédiatement roulée (et non essuyée) sur la lame, sans zigzag et sans pression, pour obtenir un étalement uniforme.
3) Prélèvement exocol-endocol avec le trident (Cervex-Brush ®) :
Les cellules exo- et endocervicales sont prélevées simultanément : les longs poils recueillent les cellules endocervicales, les courts les cellules exocervicales.
– les longs poils sont positionnés dans l’endocol,
– avec une pression délicate, on tourne 5 fois la brosse dans le sens des aiguilles d’une montre, entre le pouce et l’index,
– en frottis conventionnel, l’échantillon est étalé sur la lame en deux mouvements, en utilisant les deux côtés de la brosse.
3. Technique de prélèvement :
– mise en place du spéculum, sans lubrifiant,
– visualisation du col utérin : moucher le col prudemment, avec une pince longuette et du coton hydrophile, pour le débarrasser d’un excès de mucus, de sang ou de pertes,
– on débute par :
1) Prélèvement exocervical :
Spatule d’Ayre ou trident : on balaye toute la surface du col dans un mouvement circulaire, en un seul passage.
2) Prélèvement endocervical :
L’instrument est adapté à la zone de jonction : cytobrosse ou trident.
On cathétérise le canal endocervical sur un centimètre environ, avec un prudent mouvement de rotation.





3) Conditionnement du prélèvement :
– en milieu liquide : la tête du trident (ou la cytobrosse) est rincée dans le flacon, sans étalement sur lame,
– en frottis conventionnel : étalement de chaque prélèvement sur lame, fixation immédiate au spray tenu à 30 cm, puis séchage complet.
Nb : l’association spatule d’Ayre (exocol) – cytobrosse (endocol) est la technique idéale lors des jonctions hautes (souvent post-ménopausiques), après une chirurgie cervicale ou en cas d’ectropion étendu.
La présence d’une lésion cervicale suspecte est une contre-indication au dépistage : dans ce cas, les patientes doivent être orientées directement pour une colposcopie et/ou une biopsie.
4. Indicateurs de la qualité du frottis :
Le matériel cellulaire, prélevé en priorité dans la zone de transformation, est étalé en une fine couche homogène et fixé aussi vite que possible (frottis conventionnel), ou recueilli dans le milieu de conservation (milieu liquide).
Un bon frottis contiendra des cellules endo- et exocervicales.
5. Facteurs diminuant la qualité du frottis cervico-vaginal :
– pertes de sang importantes,
– infection ou inflammation vaginale,
– atrophie génitale sévère (ménopause),
– grossesse et allaitement,
– manœuvre physique ou irritation chimique préalable :
. toucher vaginal avant le frottis ou rapport sexuel dans les 48 heures qui précèdent,
. lubrifiant, douche vaginale (dans les 24 h),
. ovules ou traitement local vaginal (dans les 48 à 72 h),
. colposcopie, biopsie ou geste cervical récent (au minimum 6 à 8 semaines ; 3 mois après une chirurgie cervicale),
– radiothérapie.
6. Adresser au laboratoire :
– un prélèvement en milieu liquide (support de référence) : laver le trident ou la cytobrosse dans le pot contenant le liquide,
– ou un prélèvement sur lame : lames, ordonnance et feuille de renseignements pour le cytologiste sont introduites dans une enveloppe et remises à la patiente pour dépôt au laboratoire,
– bien renseigner le cytologiste : âge de la patiente, date des dernières règles, motif du frottis, contexte clinique (atrophie, cervicite, prolapsus, traitement hormonal…).
7. Échecs du FCV :
Les raisons de l’échec du FCV sont les suivantes :
– des prélèvements défectueux :
. inadéquation entre la morphologie cervicale et les instruments de prélèvement (ex. : spatule d’Ayre avec jonction endocervicale),
. cellules épithéliales non visibles (présence de sang, de glaire),
– un défaut d’étalement et de fixation (frottis conventionnel),
– une erreur de lecture par le cytologiste,
– une erreur de lecture du compte rendu du cytologiste par le clinicien.
Un prélèvement non interprétable doit être refait, après traitement d’une éventuelle infection ou atrophie, dans un délai de l’ordre de 3 mois (3 à 6 mois selon les sources).
Deux prélèvements successifs non interprétables justifient une colposcopie.
8. Périodicité du dépistage :
Depuis l’actualisation des recommandations de la HAS du 11 juillet 2019, la stratégie de dépistage du cancer du col utérin dépend de l’âge de la patiente.
Elle concerne les femmes de 25 à 65 ans, asymptomatiques, immunocompétentes, sans hystérectomie totale ni traitement conservateur d’une lésion cervicale, qu’elles soient vaccinées contre le HPV ou non : la vaccination ne dispense pas du dépistage.
1) Femmes de 25 à 29 ans :
– dépistage par examen cytologique (FCU),
– 2 frottis à 1 an d’intervalle, puis un frottis tous les 3 ans si les 2 premiers sont normaux.
2) Femmes de 30 à 65 ans :
– le test HPV-HR (recherche d’ADN viral) remplace la cytologie en première intention,
– il est réalisé 3 ans après le dernier FCU normal, puis tous les 5 ans si le résultat reste négatif,
– en cas de test HPV positif, une cytologie de triage (FCU réflexe, réalisé sur le même prélèvement en milieu liquide) est nécessaire :
. cytologie ASC-US ou anomalie plus sévère : colposcopie,
. cytologie négative : nouveau test HPV un an plus tard ; s’il est positif, colposcopie ; s’il est négatif, nouveau test de dépistage 5 ans plus tard,
. colposcopie normale avec jonction vue (ASC-US ou LSIL) : nouveau test HPV un an plus tard, sans contrôle cytologique.
3) Auto-prélèvement vaginal (APV) :
– alternative au prélèvement cervico-utérin réalisé par le praticien, réservée à la réalisation du test HPV (non validée pour la cytologie),
– proposée en priorité aux femmes de 30 à 65 ans non ou insuffisamment dépistées, ou éloignées du système de soins,
– réalisable au cabinet ou à domicile via un kit dédié, avec transport du prélèvement vers le laboratoire (circuits à vérifier selon la période),
– en cas de test positif, la patiente doit être convoquée pour un prélèvement cervico-utérin classique (cytologie de triage).
4) Avant 25 ans :
Le dépistage n’est pas recommandé en population générale (infections HPV transitoires très fréquentes, risque de surtraitement).
Il reste possible au cas par cas chez des patientes très exposées.
5) Après 65 ans :
L’arrêt du dépistage est proposé si le suivi antérieur était normal (2 derniers résultats négatifs dans les 10 ans, dont un de moins de 3 ans).
Ce dépistage s’adresse à toutes les femmes asymptomatiques ayant ou ayant eu une activité sexuelle.
6) Situations particulières :
– immunodépression : le schéma ci-dessus ne s’applique pas, ces patientes relèvent d’une recommandation HAS spécifique (octobre 2025),
– grossesse :
. devant un ASC-US ou un LSIL, pas de colposcopie en cours de grossesse ; contrôle 3 à 6 mois après l’accouchement (test HPV à partir de 30 ans, cytologie avant 30 ans),
. devant un ASC-H, un AGC ou un HSIL : colposcopie dès que possible, contrôlée 3 mois plus tard en cours de grossesse, puis 3 à 6 mois après l’accouchement,
– antécédent d’hystérectomie totale ou de traitement conservateur d’une lésion cervicale : hors schéma général, surveillance spécifique (voir l’outil Dysplasie cervicale).
9. Techniques de recueil et d’analyse :
1) Cytologie en milieu liquide :
La cytologie en milieu liquide est aujourd’hui la technique de recueil de référence pour le dépistage.
Contrairement au frottis conventionnel étalé directement sur lame, l’échantillon cellulaire est recueilli dans un flacon contenant un liquide de conservation.
Le Cervex-Brush ® est généralement l’instrument utilisé : sa tête est amovible et immergée directement dans le flacon de transport, qui est ensuite acheminé vers un laboratoire équipé pour ce type d’analyse.
Ses avantages sont bien établis :
– meilleure qualité de lecture (moins de faux négatifs liés à un mauvais étalement),
– possibilité de réaliser, sur le même prélèvement et sans reconvoquer la patiente, un test HPV réflexe en cas d’ASC-US, ou une cytologie réflexe en cas de test HPV positif,
– conservation prolongée de l’échantillon, utile en cas d’analyses complémentaires.
2) Auto-prélèvement vaginal (APV) :
Le test HPV peut être réalisé à partir d’un auto-prélèvement vaginal, contrairement à la cytologie qui nécessite un prélèvement cervico-utérin par un professionnel de santé.
– kit remis à la patiente (au cabinet, en pharmacie ou envoyé à domicile selon les circuits organisés), contenant un écouvillon et un tube de milieu de transport,
– la patiente réalise elle-même le prélèvement vaginal, selon une notice illustrée,
– sensibilité de détection du HPV-HR proche de celle du prélèvement médical pour les tests validés,
– outil clé pour atteindre les femmes non participantes au dépistage (frein géographique, pudeur, refus de l’examen gynécologique).


10. Conduite à tenir en fonction des résultats du frottis :
| Résultat du frottis (Classification de Bethesda) | Conduite à tenir / explorations complémentaires |
|---|---|
| Normal | 25-29 ans : FCU à 3 ans (après 2 FCU normaux à 1 an). 30-65 ans : test HPV 3 ans après le dernier FCU normal, puis tous les 5 ans si négatif |
| Non satisfaisant | À refaire dans un délai de l’ordre de 3 mois ; colposcopie après 2 prélèvements successifs non interprétables |
| ASC-US (Atypical Squamous Cells of Undetermined Significance) | Test HPV réflexe sur le même prélèvement : positif, colposcopie ; négatif (avant 30 ans), pas de colposcopie ni de cytologie répétée d’emblée, prochain test : test HPV 5 ans plus tard. À partir de 30 ans, l’ASC-US est découvert sur la cytologie réflexe d’un test HPV positif : colposcopie |
| ASC-H (Atypical Squamous Cells, cannot exclude HSIL) | Colposcopie systématique |
| AGC (Atypical Glandular Cells) | Colposcopie systématique avec exploration de l’endocol ; test HPV recommandé ; après 45 ans, exploration de l’endomètre (échographie pelvienne et biopsie), indépendamment du test HPV ; plus jeune en cas de métrorragies ou de facteurs de risque |
| L-SIL (Low-grade Squamous Intraepithelial Lesion) | Colposcopie d’emblée (pas de triage HPV, quasi systématiquement positif) ; avant 30 ans, le double immunomarquage p16/Ki-67 est une option de triage |
| H-SIL (High-grade Squamous Intraepithelial Lesion) | Colposcopie avec biopsies dirigées ; résection diagnostique d’emblée (see-and-treat) envisageable selon le contexte |
| Carcinome épidermoïde ou adénocarcinome | Colposcopie avec biopsie en urgence, discussion en RCP |
| Test HPV positif avec cytologie négative (30-65 ans) | Test HPV à 1 an ; colposcopie s’il est toujours positif ; retour au dépistage à 5 ans s’il est négatif |
Après la colposcopie : voir l’outil Dysplasie cervicale : conduite à tenir.
Sources :
HAS, synthèse de la recommandation en santé publique (juillet 2019)
HAS, le test HPV-HR recommandé chez les femmes de plus de 30 ans
EBM France, dépistage du cancer du col de l’utérus et place du test HPV (ASC-US, AGC)
Gyneco-Online, dépistage du col et grossesse
InfoCancer (Arcagy), frottis de dépistage
HAS, dépistage du cancer du col de l’utérus chez les personnes immunodéprimées (octobre 2025)
Exemple de compte-rendu de FCV et de test HPV :
FROTTIS CERVICO-UTERIN
(Recueil en milieu liquide)
Qualité du prélèvement : Satisfaisant.
L’étalement effectué comporte :
Une population malpighienne représentée par des cellules des assises superficielles et intermédiaires.
De rares cellules cylindriques de type endocervical.
De rares anomalies cellulaires pouvant évoquer un processus viral de type HPV.
Un fond renfermant quelques polynucléaires neutrophiles.
Absence de mycose ou de parasitose.
CONCLUSION :
Muqueuse d’apparence fonctionnelle.
Cytologie d’ASC-US*
(*) Terminologie du Système Bethesda
DETECTION DE L’ADN VIRAL DE PAPILLOMAVIRUS
Génotypage pour recherche de Human Papilloma Virus HR OMS
Détection qualitative de l’ADN viral par QPCR (détection et génotypage Xpert ® Cepheid) permettant d’identifier la présence d’au moins un HPV dans chacun des groupes suivants :
HPV (39, 56, 66, 68) : POSITIFS
HPV(16) – HPV(18,45) – HPV (31, 33, 35, 52, 58) – HPV(51,59) : NEGATIFS
Conduite : ASC-US avec HPV-HR positif (génotype hors 16/18) : colposcopie.
Frottis de type AGC (atypical glandular cells) :
Un frottis de type AGC indique la présence de cellules glandulaires (cylindriques) atypiques, sans autre précision.
Les cytologistes ont observé des anomalies dans les cellules provenant de l’endocol, de l’endomètre ou des trompes, sans pouvoir en déterminer avec certitude la nature.
Les frottis AGC sont rares (moins de 1 % des anomalies cytologiques).
Ils posent un défi de prise en charge, car la colposcopie est souvent normale et les lésions glandulaires sont difficiles à visualiser.
Ils peuvent révéler des pathologies variées, allant de lésions précancéreuses du col (HSIL) à des lésions de l’endomètre ou des trompes.
La lésion la plus fréquemment identifiée est en réalité une lésion épidermoïde de haut grade (HSIL) du col.
La prise en charge recommandée associe :
– une colposcopie systématique, avec exploration de l’endocol (curetage ou brossage endocervical),
– un test HPV, recommandé en première intention,
– après 45 ans, une exploration de l’endomètre (échographie pelvienne et biopsie), indépendamment du résultat du test HPV.
En résumé, les frottis AGC sont des anomalies rares qui imposent une exploration complète du col et de l’utérus.
Points clés : dépistage cancer du col
Le test HPV et le FCV sont deux outils complémentaires du dépistage du cancer du col de l’utérus, mais leur place respective dépend de l’âge de la patiente.
En France, depuis les recommandations HAS de juillet 2019 :
– de 25 à 29 ans : le FCU reste l’examen de dépistage primaire,
– de 30 à 65 ans : le test HPV remplace la cytologie en première intention ; en cas de positivité, un FCU de triage est réalisé sur le même prélèvement : ASC-US ou plus, colposcopie ; cytologie négative, test HPV à 1 an.
Cette séquence (HPV puis cytologie réflexe après 30 ans) constitue la stratégie nationale actuelle, et non une simple option parmi d’autres pratiques internationales.
Partage des rôles des 4 outils :
• Dépistage du cancer du col de l’utérus : référence pour le dépistage (âge, rythme, parcours, ASC-US, HPV négatif ou non réalisé) ;
• Frottis cervico-utérin (FCU) : guide de référence : populations particulières, technique, signification de Bethesda ;
• Frottis réflexe après test HPV-HR positif : conduite à tenir quand le HPV est positif ;
• Dysplasie cervicale : conduite à tenir : conduite après colposcopie et biopsie (CIN1, CIN2 avec p16, CIN3, micro-invasif) et surveillance post-conisation.