Présentation de la patiente :

– Nom : Mme D., 32 ans.

– Motif de consultation :

« Je saigne en dehors de mes règles depuis 3 semaines, et c’est abondant. »

– Antécédents :

. Gynécologiques : 2 grossesses (1 accouchement par voie basse, 1 IVG à 22 ans), stérilet au cuivre posé il y a 5 ans.

. Médicaux : asthme traité par corticoïdes inhalés, pas d’autres antécédents notables.

. Chirurgicaux : appendicectomie à 12 ans.

. Allergies : aucune connue.

. Traitements en cours : Ventoline ® (salbutamol) et Flutiform ® (fluticasone + formotérol).

. Habitudes de vie : tabagisme occasionnel (3 cigarettes/jour), pas d’alcool, pas de drogues.

– Contexte :

. Dernières règles il y a 1 mois (cycle habituel de 28 jours).

. Saignements intermittents depuis 3 semaines, parfois abondants (nécessitant 3 protections/h pendant 2 jours).

. Pas de douleurs pelviennes, pas de fièvre, pas de leucorrhées.

. Pas de rapports sexuels non protégés récemment.

. Pas de perte de poids ni de signes généraux.

– Examen clinique :

. Signes vitaux : PA = 120/70 mmHg, FC = 78 bpm, température = 36,8°C.

. Examen général : pas de pâleur cutanéo-muqueuse, pas d’adénopathies.

– Examen gynécologique :

. Spéculum :

. Col utérin normal, pas de lésion visible.

. Saignement actif provenant du col.

. Fil du stérilet visible, bien positionné.

. Toucher vaginal :

. Utérus de taille normale, mobile, indolore.

. Pas de masse annexielle.

. Pas de douleur à la mobilisation utérine.

Hypothèses diagnostiques :

– Complication du stérilet au cuivre :

. Métrorragies fréquentes avec les stérilets au cuivre (surtout en début de pose, mais possible à tout moment).

. Risque d’infection ou de perforation utérine (moins probable ici, pas de douleurs ni de signes infectieux).

– Pathologie cervicale :

. Polype cervical : cause fréquente de saignements post-coïtaux ou spontanés.

. Cervicite : inflammation/infection (Chlamydia, Mycoplasma), mais pas de leucorrhées ni de douleurs.

. Lésion maligne : cancer du col (peu probable à 32 ans sans facteur de risque, mais à éliminer).

– Pathologie utérine :

. Polype endométrial : cause fréquente de métrorragies.

. Fibrome sous-muqueux : peut provoquer des saignements abondants.

. Adénomyose/Endométriose : souvent associée à des douleurs (absentes ici).

. Hyperplasie de l’endomètre : possible en cas de déséquilibre hormonal (mais cycle régulier).

– Cause fonctionnelle :

. Dysfonction ovulatoire : cycles anovulatoires (mais règles régulières).

– Causes générales (systémiques) :

. Trouble de l’hémostase : à évoquer en cas de saignements abondants (mais pas d’antécédents hémorragiques).

. Médicaments : ceux qu’elle prend ne provoquent pas d’hémorragies (comme les anticoagulants ou les antiagrégants).

– Grossesse :

. Grossesse intra-utérine : à éliminer systématiquement (test de grossesse).

. Grossesse extra-utérine : peu probable (pas de douleurs, test négatif à faire).

. Fausse couche précoce : possible, mais test de grossesse négatif rend cette hypothèse improbable.

Examens complémentaires :

– Test de grossesse urinaire : négatif (élimine grossesse).

– Échographie pelvienne :

. Utérus de taille normale, endomètre régulier (épaisseur = 8 mm).

. Polype endométrial de 12 mm visible en Doppler couleur (vascularisé).

. Ovaires normaux, pas de kyste.

. Stérilet en place, bien positionné.

– Prélèvements vaginaux :

. PCR Chlamydia/Mycoplasma : négatifs.

. FCV : normal.

Diagnostic retenu :

– Polype endométrial (cause la plus probable des métrorragies, confirmé par l’échographie).

– Diagnostics différentiels éliminés :

. Grossesse (test négatif).

. Infection (prélèvements négatifs).

. Lésion maligne (frottis normal, échographie rassurante).

. Complication du stérilet (position normale, pas de signes d’infection).

Prise en charge :

– Traitement étiologique :

. Résection du polype par hystéroscopie opératoire sous anesthésie générale.

. Analyse histologique du polype (pour éliminer une lésion maligne ou une hyperplasie atypique).

– Traitement symptomatique en attendant l’intervention :

. Acide tranexamique (Exacyl ®) 1 g × 3/j pendant 5 jours pour réduire l’abondance des saignements.

. Antalgiques (paracétamol) si douleurs.

– Conseils :

. Éviter les rapports sexuels jusqu’à la prise en charge.

. Surveillance des saignements (consulter en urgence en cas d’hémorragie abondante).

. Discussion sur le stérilet : le garder (les métrorragies sont probablement liées au polype), mais envisager un changement pour un stérilet hormonal (Mirena ®) si les saignements persistent après ablation du polype.

– Suivi :

. Contrôle à 1 mois post-hystéroscopie pour vérifier l’arrêt des saignements.

. Frottis de contrôle à 1 an (suivi standard).

Discussion :

– Pourquoi un polype ? les polypes endométriaux sont fréquents chez les femmes en période d’activité génitale (prévalence ~10-25%). Ils sont souvent asymptomatiques, mais peuvent provoquer des métrorragies ou des ménorragies. Leur étiologie est mal connue, mais ils sont associés à des déséquilibres hormonaux (excès d’œstrogènes relatifs) ou une inflammation chronique.

– Pourquoi pas une autre cause ?

. Fibrome : souvent associé à des ménorragies (règles abondantes), mais ici saignements en dehors des règles.

. Endométriose/Adénomyose : généralement associée à des douleurs pelviennes (absentes ici).

. Infection : absence de leucorrhées, de fièvre, ou de douleurs pelviennes. Les prélèvements sont négatifs.

. Complication du stérilet : le stérilet au cuivre peut causer des saignements, mais ici la présence d’un polype explique mieux les symptômes.

– Risque de malignité ? les polypes endométriaux sont bénins dans 95% des cas, mais un petit pourcentage peut être associé à une hyperplasie atypique ou un cancer de l’endomètre (surtout après 40 ans ou en cas de facteurs de risque). D’où l’importance de l’analyse histologique.

Points clés à retenir :

– Toute métrorragie en période d’activité génitale nécessite un bilan étiologique complet.

– L’échographie pelvienne est l’examen de 1ère intention (recherche de polypes, fibromes, anomalies endométriales).

– Les polypes endométriaux sont une cause fréquente de métrorragies et doivent être réséqués pour analyse.

– Le stérilet au cuivre peut causer des saignements, mais ici le polype est la cause principale.

– Un frottis et des prélèvements infectieux sont indispensables pour éliminer une pathologie cervicale ou une infection.

Questions pour l’étudiant ou le clinicien :

– Quels sont les 3 diagnostics différentiels principaux à évoquer devant des métrorragies chez une femme avec un stérilet ?

. Polype endométrial.

. Complication du stérilet (infection, perforation).

. Grossesse (même si test négatif, une GEU est possible).

– Pourquoi est-il important de réaliser une analyse histologique du polype ?

. Pour éliminer une hyperplasie atypique ou un cancer de l’endomètre, même si c’est rare à 32 ans.

– Quelle alternative thérapeutique pourrait être proposée si les saignements persistent après ablation du polype ?

. Changement de stérilet : remplacer le stérilet au cuivre par un stérilet hormonal (Mirena ®), qui réduit les saignements.

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