L’hystérométrie a pour but de mesurer la longueur de la cavité utérine, de l’orifice externe du col jusqu’au fond utérin.
Elle renseigne également sur la perméabilité du canal cervical et la direction de l’axe utérin.
1. Indications :
– Avant toute pose de DIU (premier geste systématique).
– Avant hystéroscopie ou curetage.
– Avant transfert embryonnaire en FIV/TEC.
– Bilan d’infertilité (évaluation de la cavité).
– Suspicion d’hypoplasie utérine ou d’anomalie morphologique.
2. Contre-indications :
– Grossesse connue ou suspectée (contre-indication absolue).
– Infection cervico-vaginale évolutive.
– Deuxième moitié du cycle en l’absence de contraception efficace, afin d’éviter tout traumatisme d’une grossesse débutante non diagnostiquée.
3. Matériel :
– Hystéromètre métallique gradué en centimètres, avec curseur mobile : le classique hystéromètre de Meigs.
– Hystéromètre flexible en gomme souple : modèle de Dalsace.
– Hystéromètre à usage unique (laboratoire CCD) : à privilégier en pratique courante pour des raisons d’hygiène.
– Diamètre adapté à la patiente : chez la nullipare ou la femme ménopausée dont le canal cervical est souvent étroit, préférer un hystéromètre de petit diamètre (charnière CH 10–12 plutôt que CH 14).
4. Technique :
1) Préparation du col :
Après avoir vérifié la propreté du col et de sa glaire cervicale (toute infection cervico-vaginale évidente faisant renoncer à l’examen) : le col est nettoyé avec une compresse stérile sèche, puis badigeonné avec un antiseptique :
– Chlorhexidine aqueuse : antiseptique de référence actuelle, bonne activité résiduelle, pas de risque thyroïdien.
– Povidone iodée (Bétadine ® verte) : alternative acceptable, en l’absence d’allergie à l’iode et en dehors de la grossesse.
– Dakin : utilisable selon le protocole institutionnel.
2) Introduction de l’hystéromètre :
Le col est saisi avec une pince de Pozzi ; l’opérateur exerce une traction douce et progressive pour réduire l’antéflexion utérine.
L’hystéromètre est présenté à l’entrée du col sans toucher les parois vaginales, puis introduit dans le canal cervical par de petits mouvements doux, sans forcer, en progressant pas à pas « avec persuasion » vers l’isthme, puis vers le fond utérin.
Cette progression ne doit rencontrer ni résistance franche, ni provoquer la moindre douleur.
L’opérateur perçoit enfin la résistance élastique du fond utérin : il ne faut pas forcer, sous peine de perforation.
3) Geste de sécurité : double mesure
Il est recommandé de retirer l’hystéromètre et de reprendre la mesure une seconde fois afin de s’assurer que les deux valeurs concordent.
5. Valeurs normales :
| Segment | Longueur normale |
|---|---|
| Cavité totale (OE → fond) | 70–75 mm chez la nullipare / 75–85 mm chez la multipare |
| Canal cervical (OE → OI) | 30–40 mm |
| Cavité corporéale (OI → fond) | 40–50 mm |
| Rapport corporéo-cervical | 3/2 (normal) |
Chez la nullipare : l’hystérométrie est souvent plus petite (60–70 mm) et le canal cervical plus étroit, ce qui justifie l’emploi d’un hystéromètre de petit calibre et d’un DIU de taille réduite (gamme SHORT ou SL pour les DIU au cuivre).
6. Interprétation :
– Cavité réduite — hypoplasie utérine :
Le rapport corporéo-cervical s’inverse : il passe de 3/2 à 1/1 ou même 2/3. Signe évocateur d’infantilisme utérin.
– Allongement du col — prolapsus :
Dans les prolapsus génitaux, il existe un allongement atrophique du col, augmentant la mesure cervicale sans modifier la cavité corporéale.
– Augmentation globale de la cavité :
Les fibromes sous-muqueux ou interstitiels peuvent agrandir et déformer la cavité utérine, augmentant sa longueur et modifiant son axe.
– Place de l’échographie :
La mesure de la cavité utérine est aujourd’hui réalisée le plus souvent par échographie endovaginale, qui offre en outre des informations morphologiques (endomètre, myomètre, ovaires). L’hystérométrie instrumentale reste néanmoins indispensable avant tout geste intra-utérin.
7. Appréciation de la direction utérine :
La direction de l’utérus doit être connue avant toute tentative d’hystérométrie afin d’éviter une perforation. Elle s’apprécie par le toucher vaginal ou, en cas de doute, par l’échographie.
– Utérus en antéversion normale (situation habituelle) :
L’hystéromètre présente une courbure concave du côté des chiffres gravés. Il entre sans difficulté et le manche s’abaisse progressivement vers le bas au fur et à mesure de la progression.
– Hyperantéflexion :
Il faut accentuer la traction sur la pince de Pozzi et abaisser le manche plus que d’habitude vers le bas pour pénétrer dans la cavité.
– Rétroversion / rétroflexion :
L’hystéromètre doit être retourné, chiffres vers le bas, pour s’adapter à la courbure de la cavité et progresser sans effort.
8. Obstacles à la progression :
Lorsque l’hystéromètre ne pénètre pas dans la cavité utérine, il faut envisager :
– Mauvaise technique : axe incorrect, traction insuffisante sur la pince.
– Sténose ou oblitération cervicale : post-conisation, post-infectieuse.
– Déformation en baïonnette du canal cervical : endométriose cervicale.
– Spasme cervical : fréquent chez la nullipare ou en cas d’anxiété.
Conduite à tenir : ne jamais forcer. Vérifier la morphologie du col par hystérographie avec canule à bout court, ou par hystéroscopie diagnostique — particulièrement utile dans le cadre d’un bilan d’infertilité avant PMA.
9. Complications :
| Complication | Fréquence | Conduite à tenir |
|---|---|---|
| Perforation utérine | ≈ 1/1.000 | Retirer doucement l’hystéromètre ; surveillance clinique ; nouvelle tentative possible après 4 semaines de cicatrisation |
| Malaise vagal | Rare | Position allongée, surveillance des constantes |
| Saignement minime | Fréquent, bénin | Compression douce, résolution spontanée |
| Infection | Exceptionnelle si asepsie rigoureuse | Prévenu par le respect des contre-indications infectieuses |
10. Place dans la pratique actuelle :
– L’hystérométrie instrumentale reste le premier geste systématique avant toute pose de DIU, quelle que soit la parité.
– Elle est indispensable avant hystéroscopie opératoire, curetage et transfert embryonnaire.
– L’échographie endovaginale la complète ou la remplace pour l’évaluation morphologique de la cavité, mais ne s’y substitue pas pour le geste opératoire.