Le test génétique BRCA1/2 est désormais systématique en cas de cancer de l’ovaire, quelle que soit l’histoire familiale ou l’âge de la patiente.
Voici les recommandations actuelles et les justifications :
1. Recommandations internationales et françaises :
– ESMO (European Society for Medical Oncology) : le test BRCA1/2 est recommandé pour toutes les patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire épithélial, tubaire ou péritonéal primitif, quel que soit le stade ou l’âge au diagnostic. Cela inclut :
. Les carcinomes épithéliaux (séreux, endométrioïdes, à cellules claires, mucineux).
. Les tumeurs à la limite de la malignité (TOLM) dans certains cas (ex. : TOLM séreuses de haut grade).
– INCa (Institut National du Cancer, France) : le test est systématique depuis 2019, intégré dans le parcours de soins standard. Il est remboursé à 100 % par l’Assurance Maladie.
– NCCN (National Comprehensive Cancer Network, États-Unis) : idem, avec une extension aux gènes de la réparation de l’ADN par recombinaison homologue (HRD : Homologous Recombination Deficiency), qui inclut BRCA1/2 et d’autres gènes (ex. : RAD51C, RAD51D, PALB2).
2. Pourquoi un test systématique ?
– Impact thérapeutique :
. Les patientes porteuses d’une mutation BRCA bénéficient de thérapies ciblées (inhibiteurs de PARP comme l’olaparib ou le niraparib), qui améliorent significativement la survie sans progression.
. Le bevacizumab (anti-angiogénique) peut aussi être proposé en association, avec des schémas thérapeutiques spécifiques.
– Impact familial :
. Identification des apparentés à risque (dépistage du cancer du sein/ovaire).
. Possibilité de mesures préventives pour les proches (ex. : annexectomie prophylactique, surveillance renforcée).
– Implications pronostiques :
. Les patientes BRCA-mutées répondent souvent mieux à la chimiothérapie à base de platine.
3. Modalités pratiques :
– Quand réaliser le test ?
. Dès le diagnostic, idéalement avant la chirurgie ou le début de la chimiothérapie, pour adapter la stratégie thérapeutique.
. Le test peut être fait sur sang (le plus courant) ou sur tumeur.
– Autres gènes testés :
. En plus de BRCA1/2, certains centres recherchent d’autres mutations (ex. : gènes HRD) pour élargir les options thérapeutiques.
– Consentement et accompagnement :
. Une consultation d’oncogénétique est obligatoire avant et après le test, pour expliquer les enjeux et les conséquences (psychologiques, familiales, thérapeutiques).
4. Cas particuliers :
– TOLM (tumeurs à la limite de la malignité) :
. Le test BRCA n’est pas systématique, mais peut être proposé en cas de :
. Antécédents familiaux de cancer du sein/ovaire.
. TOLM séreuse de haut grade ou avec micro-invasion.
. La décision est prise en RCP.
– Cancer de l’ovaire non épithélial (ex. : tumeurs germinales, stromales) :
. Le test BRCA n’est pas indiqué sauf contexte familial évocateur.
5. Conséquences d’un résultat positif :
– Pour la patiente :
. Accès aux inhibiteurs de PARP en traitement d’entretien ou en récidive.
. Discussion d’une chirurgie de réduction du risque (ex. : mastectomie ou annexectomie controlatérale) après le traitement.
– Pour la famille :
. Dépistage génétique des apparentés du 1er degré (frères, sœurs, enfants).
. Mesures préventives pour les porteurs sains (ex. : IRM mammaire annuelle, annexectomie prophylactique).
6. En résumé :
| Situation | Test BRCA systématique ? | Justification |
|---|---|---|
| Cancer épithélial de l’ovaire | Oui | Thérapies ciblées, pronostic, dépistage familial |
| TOLM | Non (sauf cas particuliers) | Risque faible de mutation BRCA |
| Cancer non épithélial | Non (sauf contexte familial) | Pas de bénéfice thérapeutique prouvé |
A retenir :
Le test BRCA est un standard de care pour le cancer épithélial de l’ovaire, avec des implications majeures pour la patiente et sa famille.
Il doit être proposé dès l’annonce du diagnostic et accompagné d’un soutien en oncogénétique.