1. Principe fondamental :

Tout saignement génital survenant après 12 mois d’aménorrhée chez une femme ménopausée doit être considéré comme un cancer de l’endomètre jusqu’à preuve du contraire.

– Bien que l’atrophie soit la cause la plus fréquente, l’urgence est d’éliminer la malignité.

– Une exploration systématique est obligatoire, même pour des saignements minimes ou un « spotting » isolé.

2. Etiologies :

1) Causes organiques (priorité diagnostique) :

a) Cancer de l’endomètre :

Priorité absolue du diagnostic différentiel :

– Terrain à risque : obésité (facteur majeur), diabète, HTA, nulliparité, ménopause tardive (> 55 ans), syndrome de Lynch.

– Signes d’alerte : saignements spontanés, indolores, souvent minimes.

– Bilan diagnostique :

Examen au spéculum : pour éliminer une cause cervicale ou vaginale évidente avant toute imagerie.

. Échographie endovaginale (1ère intention) :

. Mesure de l’épaisseur endométriale (double feuillet) sur une coupe sagittale stricte.

. Seuil d’alerte : > 4 mm (si ≤ 4 mm : le risque de cancer est < 1 %).

. Biopsie d’endomètre / hystéroscopie :

. La biopsie est indiquée si épaisseur > 4 mm ou si les saignements persistent malgré une échographie normale.

. L’hystéroscopie avec biopsies ciblées est le gold standard (supérieure au curetage aveugle).

. IRM pelvienne : uniquement pour le bilan d’extension si le cancer est prouvé.

b) Autres tumeurs malignes :

– Sarcome utérin : très rare. Suspecté devant une augmentation rapide du volume utérin associée à des saignements. Pronostic redoutable car les métastases sont précoces.

– Cancers du col utérin : diagnostic visuel au spéculum + biopsie cervicale.

– Tumeurs de l’ovaire : certaines tumeurs (tumeurs de la granulosa) sécrètent des œstrogènes et provoquent des saignements par stimulation endométriale.

c) Pathologies bénignes :

– Polypes (cervicaux ou endométriaux) : doivent être réséqués pour analyse histologique (risque de malignité focalisée ou de « polype sentinelle »).

– Atrophie vulvo-vaginale : cause fréquente (diagnostic d’élimination). Muqueuse pâle, fine, saignant au contact ou après les rapports.

– Fibrome sous-muqueux : rare en post-ménopause sans THM.

– Ulcération traumatique du col (sur prolapsus génital) ou ulcération vaginale liée à des rapports sexuels sur muqueuse atrophique.

2) Causes fonctionnelles (sans lésion structurelle) :

Les hémorragies fonctionnelles sont liées à une atrophie ou une hyperplasie de l’endomètre. 

a) Hyperplasie de l’endomètre :

Liée à une hyperoestrogénie relative : obésité, THM mal équilibré (œstrogènes seuls), tumeur sécrétante (granulosa).

Mise à jour classification OMS 2014/2020 :

– Hyperplasie sans atypies : risque d’évolution vers le cancer très faible (< 1-3 %).

– Hyperplasie atypique (ou Néoplasie Intra-épithéliale Endométriale – NIA) : lésion précancéreuse. Risque élevé de cancer concomitant ou futur (30-40 %).

b) Atrophie endométriale :

– La cause la plus fréquente des métrorragies post-ménopausiques (environ 50 % des cas), mais c’est un diagnostic d’élimination.

– Mécanisme : carence œstrogénique → endomètre fin et fragile qui s’ulcère superficiellement.

– Échographie : ligne endométriale très fine (≤ 4 mm).

3) Causes iatrogènes et générales :

a) Traitement hormonal de la ménopause (THM) :

– THM séquentiel : saignements anormaux s’ils surviennent hors de la fenêtre de privation prévue.

– THM combiné continu : saignements anormaux s’ils persistent après 6 mois de traitement (période d’adaptation).

b) Tamoxifène (cancer du sein) :

– C’est un antagoniste des œstrogènes au niveau mammaire mais un agoniste au niveau de l’endomètre (effet œstrogénique), entraînant un risque accru de polypes, d’hyperplasie et de cancer de l’endomètre. 

– Provoque souvent une atrophie kystique du myomètre, donnant de fausses images d’épaississement à l’échographie (« Fromage de gruyère »).

– Surveillance :

. Patiente asymptomatique : pas de surveillance échographique systématique (trop de faux positifs, biopsies inutiles).

. Patiente symptomatique (saignements) : exploration immédiate obligatoire (hystéroscopie + biopsie).

c) Anticoagulants / troubles de l’hémostase (Willebrand, thrombopénies…) :

Ne jamais attribuer un saignement uniquement aux anticoagulants (AVK, AOD) sans avoir éliminé une cause organique (polype, cancer) qui aurait été « démasquée » par le traitement.

d) Œstrogènes « cachés » (sources exogènes non déclarées) :

Situation fréquente : patiente niant toute prise de traitement hormonal, mais présentant un endomètre épaissi ou prolifératif.

– Phytoœstrogènes à forte dose (compléments alimentaires) +++ :

. Substances : isoflavones de soja, trèfle rouge (Red clover), graines de lin, houblon, sauge.

. Souvent pris en automédication pour soulager les bouffées de chaleur (« traitement naturel »). Ils ont une activité Oestrogen-Like suffisante pour stimuler l’endomètre et provoquer des saignements.

– Produits « anti-âge » non réglementés (frelatés) :

. Il s’agit de crèmes visage ou corps (souvent achetées sur internet hors circuit pharmaceutique) qui contiennent illégalement des œstrogènes ou des précurseurs non étiquetés pour augmenter leur efficacité.

– Perturbateurs endocriniens (Xénoestrogènes) :

. Cosmétiques classiques et produits d’hygiène : exposition transdermique chronique aux parabènes (conservateurs dans les crèmes, laits corporels) et aux phtalates (fixateurs dans les parfums, vernis).

. Plastiques alimentaires : exposition digestive aux bisphénols (contenants plastiques chauffés, boîtes de conserve).

Note : ces substances miment l’action des œstrogènes sur les récepteurs endométriaux. Bien que leur activité soit faible, l’effet « cocktail » sur le long terme est suspecté.

Conduite à tenir :

= Interrogatoire « policier » : ne pas demander « Prenez-vous des hormones ? » (elle répondra non), mais « Prenez-vous des plantes, des vitamines ou des gélules pour la ménopause ou la fatigue ? ».

= Dosage de l’Estradiol (E2) plasmatique : si le taux est élevé chez une femme ménopausée sans tumeur ovarienne, cela signe une prise exogène cachée.

3. Prise en charge thérapeutique :

CAUSE

TRAITEMENT DE REFERENCE

SUIVI

Cancer de l’endomètre

Chirurgie (Hystérectomie totale + Annexectomie bilatérale) ± Ganglion sentinelle / Radiothérapie

Oncologue / RCP

Hyperplasie sans atypies

Progestatifs (en continu ou séquentiel long)

Biopsie de contrôle à 6 mois

Hyperplasie atypique (NIA)

Hystérectomie totale

 (Recommandé car haut risque de cancer)

Anatomopathologie définitive

Atrophie endométriale

Abstention ou Œstrogènes locaux (si atrophie vaginale associée)

Symptomatique

Polype

Résection hystéroscopique systématique

Analyse histologique

Sous Tamoxifène

Arrêt du Tamoxifène si pathologie maligne/prémaligne confirmée (avis oncologue)

Éducation de la patiente (signaler tout saignement)

4. Cas particuler de l’hyperplasie sans atypie :

Si l’examen histologique (la biopsie) revient en faveur d’une hyperplasie bénigne (c’est-à-dire sans atypies cellulaires) : la prise en charge se fait en deux temps :

1) Traitement de première intention (médical) :

Traitement : prescription de progestatifs (en comprimés ou via un DIU au lévonorgestrel type Mirena).

But : atrophier l’endomètre pour arrêter les saignements et faire régresser l’hyperplasie.

Question : pourquoi prescrire des hormones alors qu’elle est ménopausée ?

Chez la femme ménopausée, les ovaires ne fonctionnent plus, mais il persiste souvent une production résiduelle d’œstrogènes (via la transformation des androgènes dans le tissu adipeux).

Si cette femme n’a plus de progestérone naturelle pour « contrer » ces œstrogènes, l’endomètre peut se mettre à épaissir de façon anarchique : c’est l’hyperplasie.

– Le but du traitement :

Le progestatif va agir comme un « anti-prolifératif » : il va forcer la muqueuse utérine à s’atrophier.

Résultat : l’épaisseur de l’endomètre repasse sous la barre des 4-5 mm et les saignements s’arrêtent.

Avantage : éviter une chirurgie lourde (hystérectomie) pour une pathologie qui est bénigne.

– Comment le prescrit-on ? Il existe deux voies principales :

. Voie orale (comprimés) : prise en continu ou sur de longues séquences (ex : 21 jours par mois) pour maintenir l’endomètre au repos.

. Voie intra-utérine (le DIU hormonal type Mirena) : c’est souvent l’option privilégiée aujourd’hui. Le stérilet délivre le progestatif directement au contact de l’endomètre ; il est très efficace pour atrophier la muqueuse avec très peu d’effets secondaires généraux.

– Suivi : une hystéroscopie de contrôle avec biopsie est souvent réalisée après 3 à 6 mois de traitement pour vérifier la guérison.

2) Traitement par hystéroscopie (chirurgical) :

Si le traitement médical échoue (persistance des saignements), s’il est contre-indiqué, ou s’il y a des récidives, on passe à l’hystéroscopie opératoire.

L’acte réalisé est une endométrectomie (ablation de la totalité de la muqueuse endométriale) à l’aide de l’anse de résection.

Indication : traitement de l’hyperplasie bénigne résistante.

3) En résumé :

– Hystéroscopie diagnostique : objective l’épaississement (> 10 mm).

– Biopsie : confirme la bénignité (hyperplasie simple).

– Traitement : progestatifs (pour faire atrophier l’endomètre).

– Hystéroscopie de contrôle : faite quelques mois plus tard pour vérifier que tout est rentré dans l’ordre.

5. Points clés à retenir :

– Réflexe n°1 : tout saignement post-ménopausique = Cancer jusqu’à preuve du contraire.

– Examen clinique : spéculum d’abord (éliminer cause cervicale / vaginale).

– Échographie endovaginale (endomètre) : examen de triage de 1ère intention (seuil d’alerte : > 4 mm chez la femme qui saigne ⇒ Biopsie obligatoire).

– Si endomètre ≤ 4 mm : le risque de cancer est quasi nul : on traite l’atrophie (Exception : si les saignements récidivent, on biopsie quand même).

– Hystéroscopie : gold standard pour la visualisation directe de la cavité et la réalisation de biopsies ciblées (supérieure au curetage aveugle).

– Hyperplasie endométriale :

. Sans atypie = traitement progestatif.

. Avec atypie (NIA) = hystérectomie (risque élevé de cancer).

– Tamoxifène : pas de surveillance chez la femme asymptomatique. Exploration immédiate si saignements.

– Anticoagulants : ne jamais attribuer un saignement à un anticoagulant sans avoir éliminé une cause organique (ils font saigner une lésion préexistante, ils ne créent pas la lésion).

6. Conclusion :

Les métrorragies post-ménopausiques imposent une démarche standardisée.

L’échographie est l’examen de triage clé (seuil de 4 mm).

L’hystéroscopie avec biopsie est l’examen de confirmation.

L’objectif unique est de ne pas méconnaître un cancer de l’endomètre à un stade curable.

* Références 2025 :

– Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) – Stratégies diagnostiques.

– ACOG Committee Opinion – Management of Postmenopausal Bleeding.

– Classification OMS des tumeurs du corps utérin (2020).

CAS CLINIQUE : Hémorragie sur terrain fragile

Patiente :

Fatima, 52 ans, ménopausée depuis 3 ans.

Antécédents :

Cirrhose hépatique post-hépatite C (Child-Pugh B) avec hypertension portale.

Traitements : Bêta-bloquants, diurétiques.

Motif de consultation :

Métrorragies d’abondance moyenne (« comme une règle ») depuis 5 jours.

Examen clinique :

Constantes : PA 100/60 mmHg, FC 90/min. Pâleur cutanéo-muqueuse.

Abdomen : hépatomégalie dure, signes d’insuffisance hépatocellulaire (angiomes stellaires) et d’HTP (circulation veineuse collatérale).

Spéculum : saignement rouge sombre venant de l’endocol. Col atrophique sain.

TV : utérus normal, pas de masse annexielle.

Examens complémentaires (Clés) :

Biologie : anémie (Hb 8 g/dL), Thrombopénie (80.000/mm³), TP abaissé à 40 %.

Échographie pelvienne : utérus atrophique, endomètre fin et régulier mesuré à 3 mm.

Diagnostic :

Métrorragies fonctionnelles sur atrophie endométriale, décompensées par un trouble grave de l’hémostase  (coagulopathie liée à la cirrhose).

(insuffisance hépatique ⇒ déficit en facteurs de coagulation + thrombopénie).

(L’échographie normale < 4 mm permet d’éliminer une cause organique comme le cancer).

Prise en charge :

1. Hospitalisation (terrain fragile, anémie).

2. Traitement symptomatique : transfusion de culots globulaires (si mauvaise tolérance de l’anémie).

3. Traitement hémostatique : discussion avec l’hépatologue (Vitamine K, voire Plasma Frais Congelé si hémorragie incontrôlable). Les antifibrinolytiques (Exacyl) sont à utiliser avec prudence (risque de thrombose portale).

4. Consignes médicamenteuses : maintien des bêta-bloquants (protection varices) mais contre-indication absolue aux AINS.

Points pédagogiques :

Le diagnostic de « cause générale » (trouble de la coagulation) ne peut être retenu qu’après avoir éliminé une cause locale par l’échographie.

Ici, l’endomètre à 3 mm (< 4 mm) nous autorise à ne pas faire de biopsie et à traiter le trouble de la coagulation en priorité.

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