1. Papillomavirus : qu’est-ce que c’est ?
L’HPV ou Human Papilloma Virus est un virus très fréquent.
On dénombre aujourd’hui plus de 200 génotypes différents.
Une quarantaine infecte plus particulièrement les muqueuses génitales.
Les HPV à tropisme génital sont répartis en deux groupes :
1) HPV non oncogènes (ou à bas risque) :
Les plus fréquents sont les HPV 6 et 11.
Ils sont à l’origine de 90 % des verrues génitales externes encore appelées condylomes exophytiques (ou condylomes acuminés ou crêtes de coq ou végétations vénériennes).
Ces lésions sont toujours bénignes mais peuvent être gênantes sur le plan esthétique, irritables, et très contagieuses.
Ils peuvent également être à l’origine d’une dysplasie de bas grade du col utérin.
Ils ne possèdent pas de potentiel oncogène reconnu et ne sont pas retenus comme cause de cancer du col utérin en pratique clinique.
2) HPV oncogènes (ou à haut risque) :
L’ADN viral s’intègre à l’ADN des cellules épithéliales.
Les 13 types les plus préoccupants sont les numéros 16, 18, 31, 33, 35, 39, 45, 51, 52, 56, 58, 59 et 68.
Ils sont responsables de 90 % des cancers du col utérin (dont 70 % pour les seuls HPV 16 et 18).
Cependant la plupart du temps (dans 80 à 90 % des cas) l’infection est passagère et régresse spontanément car les personnes infectées se défendent par leurs défenses immunitaires et se débarrassent du virus. Néanmoins lorsque, pour des raisons multiples (exemple le tabagisme qui diminue les défenses immunitaires) le virus persiste, il risque alors d’entraîner le développement de lésions précancéreuses (petites verrues plates du col) qui, si elles-mêmes persistent, peuvent alors évoluer vers un cancer après un temps relativement long environ 10 à 15 ans voire 20 ans.
2. Mode de contamination :
1) Elle est essentiellement sexuelle :
Elle se produit en général dès les premiers rapports sexuels.
Les jeunes femmes sexuellement actives sont les plus exposées au risque d’infection, qui diminue avec l’âge.
En France, sur une population de jeunes étudiantes on a pu noter que près de 70 % d’entre elles contractent les Papillomavirus dans les 2 ans qui suivent les premiers contacts sexuels.
Cela ne signifie pas que 70 % d’entre elles vont développer une lésion sur le col de l’utérus, mais simplement que le virus est extrêmement fréquent et que toute personne sexuellement active peut le rencontrer.
La contamination sexuelle s’effectue chaque fois qu’il y a contact entre une peau ou une muqueuse infectée et une peau ou une muqueuse saine, lors d’un rapport vaginal, oral ou anal, y compris en l’absence de pénétration.
C’est l’infection sexuellement transmissible la plus répandue au monde.
Rem1 : Les HPV ne se transmettent ni par le sperme, ni par le sang ni par les fluides corporels (salive, larmes, toux…).
Rem2 : Le virus pouvant rester inactif dans les tissus pendant de nombreuses années, la contamination n’est donc pas forcément le fait du partenaire actuel.
2) Autres voies de transmission :
Une transmission par contact cutané non génital (caresses) ou par des supports souillés (linge de toilette) est théoriquement décrite dans la littérature ancienne, mais elle reste anecdotique et n’est pas démontrée en pratique clinique.
La transmission sexuelle, au sens large incluant les contacts sans pénétration, demeure très largement la voie prépondérante.
Les rapports sexuels protégés ne constituent donc pas une garantie absolue contre la contagion ; ils réduisent simplement les risques de propagation du virus et protègent par ailleurs des autres infections sexuellement transmissibles.
Près de 90 % des personnes contaminées éliminent spontanément le virus en 2 à 3 ans grâce à leur immunité naturelle.
L’élimination du HPV est associée à la régression des lésions.
3) Contamination en per-partum :
Une mère infectée peut contaminer son enfant lors de l’accouchement.
3. Signes cliniques :
– Souvent, l’infection par le HPV ne provoque aucun symptôme.
– Dans d’autres cas, la contamination se manifeste par l’apparition de condylomes génitaux, qui peuvent atteindre aussi bien l’homme que la femme.
L’anus est souvent atteint chez les deux sexes.
Ces lésions sont bénignes. Elles sont parfois récidivantes, malgré le traitement.
Les condylomes se présentent sous forme de verrues, uniques ou multiples, plus ou moins volumineuses : ce sont des « condylomes acuminés » : l’âge moyen des femmes atteintes se situe entre 19 à 22 ans.
Parfois, les condylomes sont invisibles à l’œil nu : ce sont des « condylomes plans » :
. chez la femme : ils siègent au niveau de la vulve, du vagin et du col de l’utérus,
. chez l’homme : ils siègent essentiellement au niveau des zones de frottement (gland, prépuce, méat urinaire et surtout le sillon balano-préputial).
4. Examen clinique :
On distingue 3 formes cliniques de condylomes qui peuvent être associées : les condylomes acuminés, papuleux et plans.
1) Condylomes acuminés :
Ce sont des lésions bourgeonnantes, exophytiques, uniques ou multiples, rosées ou grisâtres, plus ou moins pédiculées, à surface verruqueuse et hyperkératosique, localisées ou disséminées.
L’examen du partenaire est important en raison du risque de transmission : il comporte l’inspection des organes génitaux et, si besoin, l’examen endoscopique de l’urètre (balanoscopie).
Un examen de l’anus (anuscopie) peut être nécessaire.
2) Condylomes papuleux :
Ils consistent en des papules multiples, rosées ou pigmentées, lisses ou hyperkératosiques, isolées ou en nappe.
3) Condylomes plans :
Ce sont des macules rosées ou blanches, parfois infracliniques révélés par leur blanchiment suite à l’application d’acide acétique à 5 % et visibles à l’examen à la loupe ou au colposcope.
En cas de condylome plan, l’examen du partenaire masculin n’est pas obligatoire, car il est le plus souvent normal dans ce contexte.
Un prélèvement dit de typage viral permet de déterminer si l’HPV en cause est de type oncogène ou non oncogène.
Le risque de contamination après un seul contact sexuel contaminant est de l’ordre de 60 à 70 %.
Les manifestations cliniques apparaissent le plus souvent 3 à 6 mois après l’infection initiale, mais le virus peut également rester à l’état latent pendant plusieurs mois, voire plusieurs années.
Sa réactivation est possible en cas de baisse des défenses immunitaires de l’hôte.
5. Condylomes exophytiques (ou condylomes acuminés) : Cf chapitre spécial
6. Condylomes plans cervicaux : Cf chapitre spécial
7. Diagnostic des lésions à HPV :
1) En clinique :
La démarche pratique repose sur le trépied classique cytologie, colposcopie, histologie.
. Le FCV permet la recherche d’un condylome plan invisible à l’œil nu ou d’une dysplasie associée. Il retrouve parfois un type cellulaire fortement évocateur du HPV : les koïlocytes.
. La colposcopie permet d’apprécier la gravité des lésions et de diriger la biopsie.
. La biopsie confirme le diagnostic en révélant les lésions condylomateuses. Elle permet également d’exclure une tumeur maligne in situ ou un cancer invasif débutant.
2) En biologie :
Il existe un test de diagnostic et de génotypage du HPV par biologie moléculaire, la PCR. Les papillomavirus n’étant pas cultivables et la sérologie n’étant pas réalisable en pratique, cette méthode permet à la fois le diagnostic et le génotypage viral.
Les prélèvements possibles sont la biopsie cutanée ou muqueuse, le prélèvement laryngé, le prélèvement génital (endocol, urètre) ou les urines.
La température de conservation et de transport doit être comprise entre + 2°C et + 8°C.
* Chez les femmes de 30 à 65 ans ne participant pas au dépistage organisé : un auto-prélèvement vaginal peut être proposé pour la recherche du test HPV-HR, en alternative au prélèvement réalisé par un professionnel de santé. Cette option, intégrée au programme de dépistage organisé, vise à réduire les inégalités d’accès au dépistage du cancer du col de l’utérus.
8. Papillomavirus et cancers :
1) Cancer du col :
Les virus HPV 16 et 18 (dits « à haut risque ») peuvent entraîner la formation de lésions au niveau du col de l’utérus, de gravité variable selon la proportion des cellules qui se développent anormalement dans la muqueuse. On parle de dysplasies.
Certaines régressent spontanément.
D’autres évoluent vers un stade précancéreux voire, pour une très petite partie d’entre elles, vers un cancer du col de l’utérus.
Ce processus d’évolution prend une quinzaine d’années.
Une infection par papillomavirus provoque-t-elle automatiquement un cancer ? Non. L’organisme élimine généralement le virus après 6 à 18 mois, sans risque particulier de cancer dans ce cas.
Seule une infection chronique par certains types de papillomavirus (principalement les types 16 et 18) peut causer un cancer du col de l’utérus, à très long terme.
Une infection persistante se manifeste d’abord par des lésions précancéreuses, appelées CIN, néoplasies intra-épithéliales cervicales, terminologie histologique, à laquelle correspond en cytologie la nomenclature de Bethesda (LSIL pour les lésions de bas grade, HSIL pour les lésions de haut grade), couramment utilisée dans les comptes-rendus anatomopathologiques. Il ne s’agit pas encore d’un cancer, et l’organisme peut souvent encore éliminer le virus à ce stade.
En l’absence de traitement, la CIN peut évoluer vers un cancer du col utérin. C’est pourquoi le dépistage organisé du cancer du col est essentiel. Selon les recommandations actuelles de la HAS et de l’INCa, la stratégie de dépistage repose sur deux méthodes selon l’âge :
. de 25 à 29 ans révolus : examen cytologique, le frottis cervico-utérin, réalisé tous les 3 ans après deux frottis normaux à un an d’intervalle,
. de 30 à 65 ans : test HPV-HR (recherche des génotypes oncogènes), réalisé tous les 5 ans en l’absence d’anomalie.
Ce dépistage régulier permet de repérer les lésions précancéreuses avant qu’elles n’évoluent, la progression de la CIN vers le cancer étant relativement lente.
Chez les femmes immunodéprimées, notamment en cas d’infection par le VIH, le risque de persistance de l’infection HPV et de progression vers une lésion précancéreuse est significativement augmenté : un suivi cytologique et colposcopique rapproché, selon des modalités spécifiques, est recommandé en dehors du schéma de dépistage organisé standard.
2) Autres formes de cancers liés aux HPV :
Les papillomavirus peuvent infecter la muqueuse du vagin, entraîner des lésions précancéreuses puis évoluer vers un cancer du vagin.
L’infection peut aussi toucher la vulve, où des lésions peuvent exceptionnellement prendre une forme cancéreuse.
D’autres localisations sont concernées par des infections chroniques à HPV pouvant dégénérer, comme la bouche ou l’oropharynx.
Enfin, le cancer anal survient dans une large majorité des cas suite à une infection à HPV ; ce cancer reste toutefois rare en population générale, mais son incidence est nettement accrue chez les personnes immunodéprimées et notamment chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes vivant avec le VIH, populations pour lesquelles un dépistage spécifique peut être discuté.
9. Papillomavirus et grossesse : Cf chapitre spécial
10. Traitement curatif : Cf chapitre spécial
11. Prévention :
– Seule l’abstinence permet d’éviter totalement la transmission du papillomavirus.
– En dehors de l’abstinence, la meilleure protection contre le HPV reste la vaccination, réalisée avant toute exposition au virus.
Cette vaccination est d’autant plus efficace que la personne n’a jamais rencontré le papillomavirus, d’où l’intérêt de vacciner tôt, avant tout contact sexuel.
Recommandations vaccinales actuelles en France :
La population cible de la vaccination contre le papillomavirus est désormais la cohorte complète des filles et des garçons âgés de 11 à 14 ans, avec une campagne de vaccination proposée en classe de 5ème depuis la rentrée 2023. Un rattrapage vaccinal est proposé jusqu’à 26 ans révolus, pour les deux sexes, sans condition liée à l’absence de rapports sexuels antérieurs.
Les vaccins agissent en provoquant la production d’anticorps qui empêchent les virus de pénétrer dans les cellules de la filière génitale, mais une fois le virus en place, ils ne peuvent empêcher son développement, d’où l’intérêt de vacciner avant toute exposition.
– Autres mesures de prévention :
Il faut traiter le partenaire s’il présente des lésions.
En l’absence de lésion visible, il est conseillé d’utiliser un préservatif pour les rapports jusqu’à la guérison de la personne infectée.
De manière générale, le préservatif ne protège que partiellement contre le HPV, car le virus est présent sur toute la zone génitale et peut se transmettre lors de contacts sans pénétration ; il reste néanmoins indispensable pour se protéger des autres IST.
Références :
Haute Autorité de Santé. Vaccination contre le Papillomavirus Humain (HPV) : élargissement de la cohorte de rattrapage vaccinal chez les hommes et les femmes jusqu’à 26 ans révolus. 30 avril 2025.
Haute Autorité de Santé. Avis GARDASIL 9. Juin 2025.
Haut Conseil de la Santé Publique. Avis relatif à la vaccination contre les papillomavirus. 10 février 2017 — avis initial, dont les préconisations relatives à la cible vaccinale et aux conditions de rattrapage ont depuis été supplantées par les avis HAS 2021 et 2025 ci-dessus ; conservé à titre de repère historique.
Assurance Maladie (ameli.fr). La vaccination contre les papillomavirus humains, actualisation décembre 2025.
Institut National du Cancer (INCa) et Haute Autorité de Santé. Programme de dépistage organisé du cancer du col de l’utérus.
CNGOF. Recommandations pour la pratique clinique : prévention du cancer du col de l’utérus.
L’infection à papillomavirus humains, en résumé
C’EST D’ABORD UNE INFECTION SEXUELLEMENT TRANSMISSIBLE (IST)…
et c’est l’IST la plus fréquente au monde.
La plupart des femmes en sont porteuses dès le début de leur vie sexuelle.
Cette infection se propage par contact cutané ou muqueux, même lors de rapports protégés.
Certains facteurs favorisent la persistance de l’infection par un HPV à haut risque.
Les infections à HPV détectées chez les femmes après 30 ans persistent plus longtemps que celles des femmes plus jeunes, et sont donc plus à risque.
Pour corriger quelques idées reçues : les HPV ne se transmettent ni par le sang, ni par les fluides corporels comme la salive, les larmes ou la toux.
On ne les contracte pas non plus sur les sièges de toilettes, en se tenant la main, en s’embrassant, en partageant de la nourriture ou des ustensiles de cuisine, ou dans les piscines.
La mesure de prévention la plus efficace reste la vaccination de toutes les filles et de tous les garçons à partir de 11 ans. Un dépistage régulier, par frottis cervico-utérin ou test HPV-HR selon l’âge, permet par ailleurs de détecter les lésions précancéreuses avant qu’elles n’évoluent.
Points clés
Les papillomavirus sont des virus très contagieux, résistants, mais le plus souvent sans danger pour la santé. Ils touchent les femmes comme les hommes, dans toutes les régions du monde.
Il existe plusieurs types de HPV, infectant la peau ou les muqueuses : organes génitaux internes et externes, région anale, certaines zones cutanées, ou encore la bouche.
Le risque varie selon le type de HPV en cause :
– certains HPV n’entraînent aucune maladie ni symptôme : ils peuvent rester latents dans l’organisme, avec un risque de transmission persistant, ou disparaître spontanément. Le plus souvent, les défenses immunitaires éliminent le virus en 1 à 2 ans, sans que sa présence n’ait été remarquée,
– d’autres génèrent des symptômes bénins, comme des verrues (sur la peau) ou des condylomes (parties génitales). Elles disparaissent généralement d’elles-mêmes, mais des traitements existent pour les neutraliser plus rapidement, compte tenu de leur contagiosité et de l’inconfort physique et psychologique qu’elles occasionnent,
– treize de ces virus, dits HPV oncogènes, comportent davantage de risques : ils peuvent entraîner des lésions précancéreuses, voire des cancers, dont le plus fréquent est le cancer du col de l’utérus.











