1. Introduction :

Le cancer de l’endomètre est le cancer gynécologique le plus fréquent dans les pays développés.

La grande majorité des cas (environ 80 %) surviennent chez la femme ménopausée, et les métrorragies post-ménopausiques en sont la manifestation clinique initiale la plus fréquente.

L’échographie pelvienne transvaginale (ETV) est l’examen de première intention devant toute métrorragie post-ménopausique ou tout saignement anormal en période péri-ménopausique.

2. Échographie transvaginale : technique et sémiologie

1) Conditions techniques optimales :

– Sonde : endovaginale haute fréquence (7–12 MHz) de préférence.

– Position de la patiente : décubitus dorsal, vessie vide.

– Mesure de l’épaisseur endométriale : en coupe sagittale stricte, bord à bord (double couche). Il convient de ne pas inclure dans la mesure la zone hypoéchogène sous-endométriale (qui correspond à la couche basale ou à la jonction endomètre-myomètre) ni la largeur de la cavité utérine si elle est distendue.

– Évaluation systématique : cavité utérine, annexes, cul-de-sac de Douglas.

– Mode Doppler couleur : en complément si une masse endométriale est identifiée.

2) Sémiologie échographique évocatrice de malignité :

– Endomètre épaissi, hétérogène, à contours irréguliers.

– Plages hypo- ou anéchogènes intracavitaires (nécrose, saignement).

– Interruption ou déformation de la ligne cavitaire hyperéchogène.

– Masse endoluminale vascularisée au Doppler.

– Effacement de la jonction endomètre-myomètre (signe d’infiltration myométriale).

– Dilatation de la cavité utérine (hématomètre, pyomètre).

3. Épaisseur endométriale : seuils et interprétation

L’épaisseur endométriale (EE) est le paramètre échographique central. Son interprétation dépend du statut hormonal, du contexte clinique et de la présence ou non d’un traitement hormonal de la ménopause.

1) Tableau décisionnel :

Contexte cliniqueSeuilConduite à tenir
Post-ménopause, saignement spontané> 4 mmBiopsie endométriale systématique (pipelle ou hystéroscopie)
Post-ménopause, saignement spontané≤ 4 mmVPN > 99 % — surveillance clinique si symptômes cèdent ; hystéroscopie si saignements persistants
Post-ménopause, asymptomatique (découverte fortuite)> 11 mmExploration histologique recommandée
Patiente sous tamoxifène, avec saignement> 4 mmExploration histologique recommandée
Patiente sous tamoxifène, asymptomatiquePas de screening systématique ; évaluer tout saignement
Pré-ménopause, saignement anormal persistantVariable / cycleETV entre J5–J10 ; biopsie si EE > 12–16 mm ou aspect suspect

Remarque : Le seuil de 4 mm en post-ménopause repose sur des données de méta-analyse (Smith-Bindman, JAMA 1998 ; Gupta, Lancet 2002) et présente une sensibilité de 96 % pour détecter un carcinome endométrial, avec une spécificité moindre (~ 61 %).

2) Cas particulier : endomètre non mesurable

Lorsque l’endomètre ne peut être mesuré correctement (utérus en rétroversion marquée, fibrome déformant la cavité, atrophie importante, sténose cervicale), une sonohystérographie (SIS) ou une hystéroscopie diagnostique doit être proposée d’emblée, indépendamment de tout seuil.

4. Doppler endométrial :

L’analyse Doppler couleur et pulsé complète l’échographie mode B en cas d’endomètre épaissi ou de masse endométriale. Elle permet de caractériser la vascularisation de la lésion et d’évaluer les résistances vasculaires.

1) Arguments Doppler en faveur d’une lésion maligne :

– Vascularisation centrale anarchique, hypervascularisée (« chaos vasculaire »).

– Index de résistance (IR) bas : IR < 0,40 évocateur de néo-vascularisation tumorale.

– Flux diastolique élevé (basse résistance) au sein de la lésion.

– Vaisseaux néoformés à trajet irrégulier, calibre hétérogène.

2) Performances et limites :

Ces critères Doppler présentent une valeur ajoutée modérée lorsqu’ils sont utilisés seuls (sensibilité 73–80 %, spécificité 70–85 % selon les séries).

Ils doivent être interprétés en synergie avec les données morphologiques et cliniques, sans se substituer à l’histologie.

Le Doppler est surtout utile pour orienter la biopsie vers les zones les plus vascularisées.

5. Limites de l’échographie dans ce contexte :

Malgré ses performances reconnues, l’ETV présente des limitations importantes qu’il convient de connaître pour ne pas exposer la patiente à un retard diagnostique :

LimiteConséquence pratique
Opérateur-dépendanceLa reproductibilité de la mesure EE varie selon l’expérience de l’examinateur (± 1,5 mm dans les meilleures études).
Utérus fibromateuxLes fibromes sous-muqueux peuvent masquer une lésion endométriale ou simuler un épaississement ; la sonohystérographie ou l’hystéroscopie s’imposent.
Carcinomes de type IILes formes séreuses ou à cellules claires peuvent se développer sur un endomètre fin (< 4 mm) — faux négatif de l’ETV possible.
Rétroversion utérine marquéeVisualisation parfois impossible de la cavité complète.
Obésité sévèreFenêtre acoustique limitée, même par voie transvaginale.
Sténose cervicaleEmpêche toute exploration trans-cervicale (SIS, biopsie) sans dilatation préalable.
Staging ganglionnaireL’échographie ne permet pas d’évaluer l’atteinte ganglionnaire pelvienne ou para-aortique.

Point essentiel : Si l’ETV peut suggérer une invasion myométriale superficielle ou profonde, l’IRM pelvienne reste l’examen de référence pour le bilan d’extension locorégional pré-opératoire.

L’échographie n’a pas sa place dans le staging ganglionnaire.

Points clés

L’ETV est l’examen de première intention devant des métrorragies post-ménopausiques.

Un endomètre ≤ 4 mm en post-ménopause avec saignement est très rassurant (VPN > 99 %), mais ne dispense pas d’une réévaluation en cas de persistance des symptômes.

Un endomètre > 4 mm chez une patiente ménopausée avec saignement impose une exploration histologique (pipelle ou hystéroscopie).

La sémiologie évocatrice associe épaississement hétérogène, interruption de la ligne cavitaire, effacement de la jonction endomètre-myomètre et vascularisation anarchique au Doppler.

L’IRM est l’examen de référence pour le bilan d’extension pré-opératoire.

En cas de discordance clinico-échographique (saignements persistants sur endomètre fin), une hystéroscopie diagnostique est indispensable.

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