La prévention des salpingites (IGH) est essentielle pour éviter les complications graves à long terme : infertilité tubaire, douleurs pelviennes chroniques, GEU.
Elle repose sur cinq axes principaux, articulés en prévention primaire, secondaire et tertiaire.
1. Dépistage et traitement des infections génitales basses :
1) Diagnostic et traitement précoce :
– Il est impératif de diagnostiquer et traiter précocement toutes les vaginites, cervicites et endométrites avant leur ascension vers les trompes.
– Principe du traitement probabiliste : face à une cervicite (ou une vaginite d’allure sexuellement transmissible), le traitement de première intention doit systématiquement associer :
. Un antibiotique anti-gonocoque : céphalosporine de 3ème génération en IM, ex. ceftriaxone 500 mg.
. Un antibiotique anti-chlamydia : doxycycline 100 mg x2/j 7 jours, ou azithromycine 1 g dose unique.
Ce traitement est initié sans attendre les résultats bactériologiques.
2) Dépistage systématique de Chlamydia trachomatis :
La HAS (2018) recommande un dépistage annuel systématique de Chlamydia trachomatis chez :
– toutes les femmes de 15 à 25 ans sexuellement actives,
– et chez les femmes de plus de 25 ans en cas de facteurs de risque (partenaires multiples, antécédent d’IST, absence de préservatif).
Ce dépistage est réalisé par PCR sur prélèvement vaginal auto-collecté ou sur urine du premier jet.
Il constitue le pilier central de la prévention secondaire des IGH à Chlamydia.
3) Traitement simultané du ou des partenaires :
Le ou les partenaires sexuels des 60 derniers jours doivent être informés, dépistés et traités simultanément, même en l’absence de symptômes.
Cette notification aux partenaires (partner notification) est recommandée par l’OMS, l’ECDC et la BASHH. Sans ce traitement simultané, le risque de réinfection dans les 3 mois est élevé (30-40 % pour Chlamydia).
Si la patiente ne peut / veut pas notifier elle-même ses partenaires : une assistance médicale peut être proposée.
2. Respect des contre-indications aux gestes endo-utérins :
L’introduction de matériel dans l’utérus (pose de DIU, HSG, hystérométrie, biopsie d’endomètre…) risque de faire remonter des germes cervico-vaginaux vers les trompes.
1) Evaluation pré-geste :
– Interrogatoire ciblé : recherche d’antécédents d’IGH, de partenaires multiples, d’antécédent d’IST, de vaginose bactérienne récidivante.
– Dépistage des IST si facteurs de risque : PCR Chlamydia / Gonocoque sur prélèvement vaginal ou urinaire.
– Examen clinique : éliminer toute infection génitale active (leucorrhées pathologiques, cervicite).
Nb : Le bilan inflammatoire (NFS, VS, CRP) n’est pas recommandé en routine avant pose de DIU chez une femme asymptomatique (CNGOF 2018, OMS MEC 2015).
L’évaluation repose sur l’interrogatoire ciblé et, en cas de facteurs de risque, sur le dépistage microbiologique (PCR Chlamydia / Gonocoque).
Un bilan inflammatoire peut être indiqué en cas de suspicion clinique d’infection active, non de façon systématique.
2) Délai de sécurité post-salpingite :
Les recommandations préconisent d’attendre la guérison clinique et biologique complète (disparition des symptômes, normalisation de la CRP, absence de signe infectieux) avant d’entreprendre tout geste endo-utérin.
Il n’existe pas de délai minimal chiffré validé dans les recommandations actuelles. La décision est clinique et individualisée.
Un geste endo-utérin peut être envisagé dès la guérison confirmée, généralement après un contrôle clinique à J14-J21 du traitement antibiotique.
3. Asepsie rigoureuse et antibioprophylaxie ciblée :
Tous les gestes instrumentaux endo-utérins doivent être réalisés dans des conditions strictes d’asepsie (préparation du col, désinfection, matériel stérile).
1) Lors d’une HSG :
– Antibioprophylaxie indiquée si : antécédent d’IGH documenté, ou dilatation tubaire visible (hydrosalpinx).
– Molécule recommandée : Doxycycline 100 mg x2/j pendant 5 jours débuté la veille du geste (pratique standard).
– En l’absence de facteur de risque : pas d’antibioprophylaxie systématique.
2) Lors d’une IVG chirurgicale :
Antibioprophylaxie systématique recommandée (toutes femmes, sans distinction de facteur de risque).
Pour l’IVG chirurgicale : les schémas recommandés sont (CNGOF 2016) :
– Doxycycline 100 mg x2/j pendant 7 jours (traitement de référence).
– Ou Azithromycine 500 mg/j pendant 3 jours + Métronidazole 500 mg x2/j pendant 5 jours.
Le Métronidazole est ajouté en cas de risque de vaginose bactérienne associée.
3) Lors d’une pose de DIU :
L’antibioprophylaxie systématique lors de la pose de DIU n’est pas recommandée en routine (CNGOF 2018).
Elle peut être envisagée en cas de facteurs de risque IST identifiés et de résultats de dépistage non disponibles au moment du geste.
En cas d’infection active détectée au dépistage : le geste doit être reporté après traitement et guérison confirmée.
4) Lors d’autres gestes endo-utérins :
– Révisions utérines, curetages : antibioprophylaxie selon le contexte clinique.
– Hystéroscopie diagnostique : risque faible mais asepsie rigoureuse obligatoire.
– Hystéroscopie opératoire : antibioprophylaxie à discuter selon le terrain et le type de geste.
4. Prévention primaire et éducation sexuelle :
1) Préservatif :
Le préservatif masculin est le seul moyen de protection efficace contre Chlamydia trachomatis et Neisseria gonorrhoeae, agents principaux des IGH.
Il doit être recommandé systématiquement lors de rapports avec :
– Nouveau partenaire ou partenaire occasionnel.
– Partenaires multiples.
– Partenaire dont le statut infectieux est inconnu.
– Toute situation à risque d’IST.
2) Réduction des comportements à risque :
La prévention primaire inclut également :
– L’information sur la réduction du nombre de partenaires sexuels comme facteur de risque modifiable.
– La promotion du dépistage régulier des IST chez les personnes à risque (au moins annuel chez les moins de 25 ans).
– L’encouragement à consulter rapidement en cas de symptômes génitaux (leucorrhées, brûlures, douleurs pelviennes).
– La sensibilisation au risque de l’automédication et à l’importance du suivi thérapeutique.
5. Suivi post-traitement et prévention des récidives :
Un suivi clinique et biologique est indispensable après traitement d’une IGH :
– Consultation de contrôle à J14-J21 : évaluation clinique (régression des douleurs, de la fièvre, des leucorrhées), normalisation de la CRP.
– Contrôle microbiologique à distance (4 à 6 semaines après la fin du traitement) pour documenter la guérison bactériologique.
– Dépistage d’autres IST associées (VIH, syphilis, hépatite B) lors de la consultation initiale.
– Évaluation de la fertilité à distance en cas d’IGH sévère ou récidivante (bilan de perméabilité tubaire).
– Prévention des récidives : insister sur le traitement des partenaires, l’utilisation du préservatif, et les règles d’hygiène sexuelle.
Tableau récapitulatif : Prévention des IGH
| Axe | Mesure principale | Référence |
|---|---|---|
| 1. Dépistage & traitement | Traitement probabiliste double (anti-GC + anti-CT) sans attendre bactériologie Dépistage Chlamydia systématique < 25 ans | CNGOF 2018, HAS 2018 |
| 2. Notification partenaires | Traitement simultané du/des partenaire(s) des 60 derniers jours | OMS, ECDC, BASHH 2019 |
| 3. Gestes endo-utérins | Interrogatoire ciblé + dépistage IST si facteurs de risque Antibioprophylaxie ciblée (IVG, HSG avec ATCD) | CNGOF 2018, OMS MEC 2015 |
| 4. Prévention primaire | Préservatif systématique avec partenaires à risque. Dépistage IST régulier, éducation sexuelle | HAS 2018, OMS 2021 |
| 5. Suivi post-traitement | Contrôle clinico à J14-J21 puis biologique à 4-6 semaines. Bilan fertilité à distance si IGH sévère | CNGOF 2018 |
Conclusion :
La prévention des salpingites est une démarche globale articulant :
– prévention primaire : préservatif, éducation sexuelle, dépistage systématique,
– prévention secondaire : traitement probabiliste précoce, notification des partenaires, asepsie des gestes,
– et prévention tertiaire : suivi post-traitement, prévention des récidives, évaluation de la fertilité.
L’enjeu est majeur : une IGH non ou mal traitée expose à un risque d’infertilité tubaire de 10-15 % après le premier épisode, 35 % après le deuxième, et plus de 75 % après le troisième (données CNGOF 2018).