1. Indications :

L’incision-drainage chirurgicale est le traitement de référence d’un abcès de la glande de Bartholin bien collecté, conformément aux recommandations de pratique clinique en vigueur, c’est-à-dire formant une collection purulente individualisée et fluctuante.

En cas d’abcès débutant (douleur minime, orifice inflammatoire sans collection franche) : une antibiothérapie associée à des antalgiques peut être tentée en première intention.

En l’absence d’amélioration rapide (24-48 h) : le drainage chirurgical s’impose.

Point d’attention diagnostique : chez la femme de plus de 40 ans, toute masse de la région de Bartholin, a fortiori récidivante ou de présentation atypique, doit faire évoquer un adénocarcinome de la glande de Bartholin (rare, mais classique piège diagnostique) et justifie une biopsie de la paroi lors du geste.

2. Technique chirurgicale :

L’intervention se réalise le plus souvent sous anesthésie locale en ambulatoire, par infiltration en bourrelet de lidocaïne 1% (avec ou sans adrénaline) autour du site d’incision prévu.

Une anesthésie générale ou loco-régionale peut être préférée en cas d’abcès très volumineux, douloureux, ou de terrain anxieux.

1) Voie d’abord :

L’incision cutanée est pratiquée au niveau du sillon nympho-hyménéal (entre la petite lèvre et l’hymen), le plus souvent verticalement.

Cette voie interne est la meilleure voie d’abord : elle permet l’accès direct à l’abcès par le plus court chemin, assure un drainage en position déclive (aucun tissu cellulaire ne s’interpose entre la collection et la fine muqueuse vestibulaire), et offre un résultat esthétique supérieur à une incision cutanée externe.

Une incision au niveau du dôme saillant de l’abcès reste une alternative possible si l’anatomie l’impose.

L’incision, réalisée au bistouri, doit être suffisamment large (au moins 1,5 cm) pour permettre l’effondrement digital de toutes les logettes de l’abcès — en restant prudent dans le prolongement postérieur, proche du rectum, et dans l’éventuel prolongement antérieur, au contact du bord vestibulaire.

2) Évacuation et prélèvement :

Évacuation du pus, lavage abondant de la cavité au sérum physiologique ou à la Bétadine.

Un prélèvement bactériologique systématique permet l’identification du germe (souvent flore mixte, parfois E. coli, Staphylococcus, ou germes sexuellement transmissibles à rechercher selon le contexte).

3) Maintien du drainage :

La plaie est laissée ouverte.

Un dispositif de drainage est maintenu 48 à 72 heures pour éviter une fermeture prématurée et une récidive précoce. Trois techniques sont utilisées, à hiérarchiser selon la pratique :

. Lame de Delbet (technique de référence en pratique courante) : petite lame de caoutchouc ondulée, fixée par un ou deux points au fil résorbable (Vicryl 2/0) à l’une des berges, laissée en place jusqu’à résorption. Simple, peu coûteuse, efficace.

. Cathéter de Word (Word catheter) (alternative de première intention, largement utilisée en pratique anglo-saxonne) : petit cathéter à ballonnet gonflé au sérum physiologique (2–3 mL), inséré dans la cavité après incision minimale (quelques millimètres, sans effondrement complet des logettes). Laissé en place 2 à 4 semaines pour permettre l’épithélialisation d’un nouveau trajet de drainage. Efficacité comparable à la lame de Delbet, avec un meilleur confort pour la patiente et un caractère ambulatoire facilité.

. Méchage : mèche antiseptique laissée dans la cavité, changée quotidiennement, retirée à 48–72 h. Technique plus contraignante, en perte de vitesse.

. Marsupialisation : suture des berges de l’incision cutanée à celles de la cavité abcédée pour créer un orifice de drainage permanent. Technique plus invasive, réservée en première intention aux abcès volumineux ou à la récidive, ou en option secondaire après échec d’un drainage simple.

3. Suites opératoires :

– Soins locaux : irrigations de la plaie à la Bétadine, réalisables à domicile par une infirmière.

– Antalgiques systématiques.

– Antibiothérapie post-opératoire : non systématique. À discuter en cas de cellulite péri-lésionnelle extensive, de signes généraux (fièvre, syndrome inflammatoire), de terrain à risque (diabète, immunodépression, drépanocytose) ou de germe identifié à potentiel invasif.

– Reprise rapide d’une activité normale.

4. Avantages, inconvénients :

L’incision-drainage évacue correctement la collection, contrairement à une fistulisation spontanée, et soulage rapidement la patiente.

Cependant, elle ne traite pas la cause sous-jacente : l’obturation du canal excréteur.

La formation d’un tissu de granulation tend à reproduire cette obturation, expliquant le taux élevé de récidive après simple incision sans maintien prolongé du drainage (jusqu’à 70–75 % dans les séries anciennes utilisant uniquement l’incision simple sans dispositif de drainage prolongé ; ce taux est significativement réduit par l’utilisation du cathéter de Word ou de la marsupialisation).

5. Complications possibles :

– Œdème local, généralement transitoire.

– Récidive d’abcès ou de kyste.

– Cicatrice vicieuse, parfois source de dyspareunie.

– Complications infectieuses : cellulite extensive, exceptionnellement septicémie.

6. Prise en charge des récidives :

En cas de récidives multiples après drainage simple : deux options principales se discutent :

– Marsupialisation à froid, en dehors de tout épisode infectieux aigu.

– Bartholinectomie (exérèse complète de la glande), réservée aux échecs répétés des techniques conservatrices, du fait d’un risque hémorragique propre à cette intervention et d’un temps opératoire plus long.

L’exérèse de la glande n’est jamais réalisée en phase aiguë infectieuse, en raison du risque accru de complications hémorragiques et septiques sur un tissu inflammatoire.

 

 

 

 

 

Références :

Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) — Recommandations pour la pratique clinique sur les pathologies vulvo-vaginales (2022).
URL : https://cngof.fr/rpc/

American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) — Marsupialization of Bartholin Cyst and Abscess, module de formation chirurgicale.
URL : https://www.acog.org/education-and-events/simulations/marsupialization-of-bartholin-cyst-and-abscess/

Merck Manual Professional Edition — Bartholin Gland Cyst and Bartholin Gland Abscess (référence clinique régulièrement mise à jour, en accès libre).
URL : https://www.merckmanuals.com/professional/gynecology-and-obstetrics/miscellaneous-gynecologic-disorders/bartholin-gland-cyst-and-bartholin-gland-abscess

Points clés

– Le traitement de référence de l’abcès de la glande de Bartholin collecté est le drainage chirurgical, idéalement par voie du sillon nympho-hyménéal.

– L’antibiothérapie seule est illogique, voire dangereuse, devant un abcès constitué et collecté ; elle ne se discute qu’en phase débutante, non collectée.

– Le maintien d’un dispositif de drainage (lame de Delbet ou cathéter de Word) pendant plusieurs jours à plusieurs semaines est essentiel pour limiter le risque de récidive précoce.

– Au-delà de 40 ans, toute lésion de la région de Bartholin justifie une vigilance diagnostique (biopsie) pour écarter un adénocarcinome.

Bartholinite

Exemple de Compte-rendu opératoire

 

Incision du sillon nympho-hyménéal droit/gauche.

Drainage de l’abcès.

Effondrement des logettes au doigt.

Lavage abondant (sérum physiologique et Bétadine) de la loge.

Mise en place d’une lame de Delbet fixée à 12 h et 6 h par 2 points au fil non résorbable.

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Questions fréquentes — Abcès de la glande de Bartholin

Réponses basées sur les recommandations CNGOF, ACOG & Merck Manual

Une fistulisation spontanée à la peau est possible, mais elle est incomplète et lente, avec un risque élevé de récidive précoce. Dès qu'une collection purulente est bien individualisée (« bien collectée »), le drainage chirurgical reste le traitement de référence, plus rapide et plus fiable qu'une évolution spontanée.
Non, dès lors que l'abcès est constitué et collecté. Une antibiothérapie isolée est illogique, voire dangereuse, car elle ne résout que partiellement l'infection et expose à des récidives, des traitements prolongés et une sélection de germes résistants. Elle ne se discute qu'au stade très débutant, avant toute collection franche.
L'intervention se réalise le plus souvent sous anesthésie locale, en ambulatoire, sans hospitalisation. Une anesthésie générale ou loco-régionale peut être proposée en cas d'abcès volumineux ou de terrain anxieux. La reprise d'une activité normale est généralement rapide.
Sans dispositif de drainage maintenu, le trajet créé par l'incision se referme rapidement, ce qui favorise la récidive. Une lame de Delbet ou un cathéter de Word est laissé en place quelques jours à quelques semaines pour permettre l'épithélialisation d'un nouveau trajet, réduisant nettement le risque de récidive comparé à une incision simple non drainée.
Avec une incision simple sans drainage prolongé, le taux de récidive peut atteindre 70 à 75 % dans les séries anciennes. Ce taux chute considérablement, autour de 7 à 9 %, lorsque la technique inclut un cathéter de Word ou une marsupialisation — d'où l'importance du choix de la technique de drainage.
Deux options se discutent : la marsupialisation à froid (en dehors de tout épisode infectieux aigu), ou la bartholinectomie (exérèse complète de la glande), réservée aux échecs répétés des techniques conservatrices. L'exérèse n'est jamais réalisée en phase aiguë infectieuse, en raison du risque hémorragique et septique accru.
Le cancer de la glande de Bartholin est rare, mais chez la femme de plus de 40 ans, toute masse de cette région, surtout si elle est récidivante ou de présentation atypique, doit faire évoquer un adénocarcinome et justifie une biopsie de la paroi lors du geste chirurgical.
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