Les facteurs de la coagulation sont des protéines plasmatiques, principalement synthétisées par le foie, qui jouent un rôle central dans l’hémostase, permettant la formation d’un caillot de fibrine stable pour arrêter les hémorragies en cas de lésion vasculaire.

Une connaissance approfondie de leur physiologie, de leur régulation et des pathologies associées est indispensable en pratique gynécologique et obstétricale, en particulier du fait des modifications physiologiques de l’hémostase induites par la grossesse.

1. Liste des facteurs de la coagulation :

Facteurs de la coagulation
Facteur IFibrinogène
Facteur IIProthrombine
Facteur IIIFacteur tissulaire (anciennement thromboplastine)
Facteur IVCalcium (Ca++)
Facteur VProaccélérine (ou facteur labile)
Facteur VINon attribué : ce numéro ne correspond à aucun facteur actif identifié ; il désignait autrefois une forme activée du facteur V, non individualisée comme facteur distinct
Facteur VIIProconvertine (ou facteur stable)
Facteur VIIIAntihémophilique A
Facteur IXAntihémophilique B (ou facteur Christmas)
Facteur XFacteur Stuart-Prower
Facteur XIAntihémophilique C (ou facteur Rosenthal)
Facteur XIIFacteur Hageman
Facteur XIIIFacteur de stabilisation de la fibrine
VWFFacteur de Von Willebrand.
Nb : ce dernier facteur n'est pas un facteur de la coagulation à proprement parler, mais il joue un rôle important dans le processus de coagulation. Il s'agit d'une protéine qui aide à la formation du caillot sanguin en facilitant l'adhésion des plaquettes sanguines aux parois des vaisseaux sanguins endommagés.
Ces facteurs jouent un rôle crucial dans la cascade de coagulation, contribuant à former un caillot sanguin en réponse à une lésion vasculaire.

2. Physiologie de la coagulation :

1) Phases de l’hémostase :

– Hémostase primaire : vasoconstriction réflexe, adhésion et agrégation plaquettaires, impliquant le facteur Von Willebrand et le fibrinogène, aboutissant à la formation du clou plaquettaire.

– Hémostase secondaire (coagulation plasmatique) : activation en cascade des facteurs de coagulation, aboutissant à la génération de thrombine puis à la formation d’un réseau de fibrine.

– Stabilisation du caillot : intervention du facteur XIII, qui réticule la fibrine et la rend résistante à la fibrinolyse.

2) Modèle de la coagulation :

Le modèle classique en trois voies (intrinsèque, extrinsèque, commune) reste utile pour l’interprétation du bilan de coagulation de routine (TQ, TCA), mais ne reflète pas fidèlement la physiologie in vivo.

Le modèle actuellement retenu est le modèle cellulaire de la coagulation, en trois phases :

– Initiation : exposition du facteur tissulaire au contact du sang lors d’une lésion vasculaire, activation du facteur VII en VIIa ; le complexe facteur tissulaire-VIIa constitue l’initiateur physiologique de la coagulation in vivo.

– Amplification : génération de faibles quantités de thrombine qui activent les plaquettes ainsi que les facteurs V, VIII et XI, à la surface des plaquettes activées.

– Propagation : formation des complexes ténase et prothrombinase à la surface plaquettaire, aboutissant à une génération explosive de thrombine et à la formation d’un caillot de fibrine stable.

Pour mémoire, en interprétation biologique standard :

– Le TCA explore la voie dite intrinsèque (facteurs XII, XI, IX, VIII) et la voie commune.

– Le TQ explore la voie dite extrinsèque (facteur tissulaire, facteur VII) et la voie commune.

3. Synthèse et régulation :

– Synthèse hépatique : tous les facteurs de coagulation, à l’exception du facteur VIII et du facteur Von Willebrand, produits également par l’endothélium vasculaire et les mégacaryocytes.

– Vitamine K : cofacteur indispensable à la γ-carboxylation hépatique des facteurs II, VII, IX, X, ainsi que des protéines C et S ; une carence ou un traitement antivitamine K entraîne un déficit fonctionnel de ces facteurs.

– Régulation physiologique : la protéine C activée, en association avec la protéine S, inactive les facteurs Va et VIIIa ; l’antithrombine inhibe la thrombine ainsi que les facteurs IXa, Xa, XIa et XIIa. Le système fibrinolytique (plasmine) assure la dégradation secondaire du caillot de fibrine.

4. Pathologies associées :

1) Déficits héréditaires :

– Hémophilie A (déficit en facteur VIII) et hémophilie B (déficit en facteur IX) : transmission liée à l’X, sévérité corrélée au taux résiduel de facteur.

– Maladie de Von Willebrand : trouble héréditaire de l’hémostase le plus fréquent, de sévérité variable selon le type.

– Déficit en facteur XI (maladie de Rosenthal) : particulièrement fréquent dans la population ashkénaze ; le risque hémorragique est variable et imprévisible, sans corrélation stricte avec le taux plasmatique, ce qui a une implication directe pour l’évaluation du risque avant anesthésie locorégionale en obstétrique.

– Déficit en facteur XII : allonge le TCA sans traduction hémorragique clinique ; à l’inverse, il peut être associé à un risque thrombotique accru et est parfois retrouvé dans le bilan de fausses couches à répétition. Sa découverte fortuite sur un TCA allongé ne doit pas faire retarder un geste et ne contre-indique pas l’anesthésie locorégionale.

– Déficits rares des facteurs I, II, V, VII, X et XIII : généralement de transmission autosomique récessive, à évoquer devant un syndrome hémorragique avec bilan de coagulation standard normal ou peu contributif.

2) Déficits acquis :

– Insuffisance hépatocellulaire : déficit global de synthèse touchant l’ensemble des facteurs, à l’exception du facteur VIII.

– Carence en vitamine K ou traitement par antivitamine K : déficit sélectif des facteurs II, VII, IX, X.

– CIVD : consommation excessive des facteurs de coagulation et des plaquettes, associée à une activation incontrôlée de la coagulation systémique

3) États d’hypercoagulabilité :

– Mutation du facteur V Leiden (résistance à la protéine C activée), mutation du gène de la prothrombine (facteur II 20210A), déficits en protéine C, protéine S ou antithrombine.

– Syndrome des antiphospholipides : thrombophilie acquise à rechercher systématiquement en contexte de pertes fœtales à répétition, de prééclampsie précoce ou sévère, ou de retard de croissance intra-utérin vasculaire.

5. Applications pratiques en gynécologie-obstétrique :

1) Hémostase et grossesse :

La grossesse induit un état d’hypercoagulabilité physiologique, préparant l’organisme à l’hémostase de la délivrance : augmentation des facteurs VII, VIII, X et du fibrinogène, diminution de l’activité de la protéine S libre, et diminution de la fibrinolyse. Cet état procoagulant physiologique doit être pris en compte dans l’interprétation de tout bilan de coagulation chez la femme enceinte, et explique en partie le risque thromboembolique accru de la grossesse et du post-partum.

2) Bilan préopératoire et pré-anesthésique :

Recherche systématique de troubles de la coagulation avant un geste chirurgical ou une anesthésie locorégionale : interrogatoire orienté (saignements personnels et familiaux), numération plaquettaire, TQ, TCA, et dosage des facteurs spécifiques si point d’appel clinique ou antécédent connu.

3) Thrombophilies et pathologies obstétricales :

Les thrombophilies héréditaires et le syndrome des antiphospholipides doivent être recherchés en cas de pertes fœtales à répétition, de mort fœtale in utero, de prééclampsie sévère ou précoce, ou de retard de croissance intra-utérin d’origine vasculaire, conformément aux recommandations du CNGOF.

4) Hémorragies obstétricales et CIVD :

La prise en charge des hémorragies obstétricales graves (hémorragie du post-partum, CIVD sur HRP, embolie amniotique) fait l’objet d’un protocole dédié sur ce site, auquel il convient de se référer pour les seuils transfusionnels et l’algorithme de prise en charge.

La CIVD associe biologiquement une élévation des D-dimères, une hypofibrinogénémie, une thrombopénie, la présence de schizocytes et un allongement du TQ et du TCA ; sa reconnaissance biologique précoce conditionne la rapidité de la prise en charge transfusionnelle.

6. Cas clinique :

Patiente de 28 ans, antécédent d’hémophilie A dans la famille maternelle (statut de conductrice non documenté avant la grossesse), enceinte de 36 SA, présente un saignement gingival spontané.

Bilan biologique : TCA allongé, facteur VIII effondré, confirmant un statut de conductrice symptomatique.

Prise en charge :

– Dosage du facteur VIII à distance pour évaluer la cinétique attendue en péripartum, le facteur VIII augmentant physiologiquement au troisième trimestre chez la majorité des conductrices, ce qui peut masquer un déficit sous-jacent en début de grossesse.

– Cible habituelle de facteur VIII avant l’accouchement : supérieure à 50 UI/dL pour un accouchement par voie basse, seuil plus élevé en cas de geste chirurgical (césarienne).

– Discussion au cas par cas d’un traitement par desmopressine chez certaines conductrices symptomatiques, en dehors de la grossesse ou selon avis spécialisé multidisciplinaire pendant la grossesse.

– Modalités d’anesthésie locorégionale conditionnées au taux de facteur VIII mesuré à l’approche du terme, en concertation avec l’équipe d’anesthésie et le centre de référence de l’hémophilie.

– Surveillance rapprochée du risque hémorragique du post-partum, période à risque accru en cas de chute du facteur VIII après l’accouchement.

Références :

CNGOF — Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français.

HAS — Haute Autorité de Santé.

Critères ISTH (International Society on Thrombosis and Haemostasis) pour le diagnostic de la CIVD.

Recommandations de la World Federation of Hemophilia (WFH) pour la prise en charge périnatale des troubles de l’hémostase.

Points clés

– Les facteurs de la coagulation sont essentiels à l’hémostase et à la prévention des hémorragies ; leur déficit, acquis ou congénital, expose à un risque hémorragique majoré, particulièrement en contexte obstétrical.

– La grossesse constitue un état procoagulant physiologique qui modifie l’interprétation du bilan de coagulation standard.

– Une évaluation systématique du risque hémorragique et thrombotique, ainsi qu’une coordination multidisciplinaire (obstétricien, anesthésiste, hématologue), sont indispensables en pratique quotidienne.

Cascade de la coagulation

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