1. Épidémiologie :
– Age moyen :
Le cancer de la vulve survient principalement chez les femmes âgées de 70 ans, mais 10 à 15 % des cas sont diagnostiqués avant 50 ans, souvent associés à des facteurs de risque comme le tabagisme ou une infection à HPV.
– Contexte lichénien :
95 % des cas se développent sur un lichen scléreux vulvaire (LSV) non traité ou mal contrôlé.
Le LSV est une dermatose chronique inflammatoire, favorisant la survenue de néoplasies vulvaires.
– Incidence :
Le carcinome épidermoïde (90 % des cas) représente moins de 5 % des cancers gynécologiques, mais son incidence est en augmentation en raison du vieillissement de la population, du tabagisme et de l’infection à HPV (notamment les types 16 et 18).
– Facteurs de risque :
. Infection à HPV (surtout pour les formes chez les femmes jeunes).
. Tabagisme (multiplie le risque par 2 à 4).
. Immunodépression (VIH, greffes).
. Antécédents de néoplasie intraépithéliale vulvaire (VIN).
. Radiothérapie pelvienne antérieure.
2. Classification histologique :
Les cancers primitifs de la vulve sont d’origine histologique variée :
| Type histologique | Fréquence | Particularités |
|---|---|---|
| Carcinomes épithéliaux | 90 % | Carcinomes épidermoïdes (kératinisants ou non), verruqueux, basocellulaires. |
| Adénocarcinomes | Rare | Origine glandulaire (glandes de Bartholin, glandes sudoripares). |
| Tumeurs mésenchymateuses | Très rare | Léiomyosarcome, rhabdomyosarcome. |
| Tumeurs mélanocytaires | 5 % | Mélanomes (pronostic très sévère). |
| Lymphomes | Exceptionnel | Primitive ou secondaire. |
| Tumeurs neuroendocrines | Très rare | Carcinoïdes, tumeurs de Merkel. |
| Schwannomes malins | Exceptionnel | Tumeurs des gaines nerveuses. |
Remarque : Les carcinomes épidermoïdes sont les plus fréquents, mais restent rares (< 5 % des cancers féminins). Leur incidence augmente en raison des infections à HPV, du tabagisme et du vieillissement.
3. Lésions précancéreuses :
1) Dysplasie indifférenciée (liée au HPV) :
– Maladie de Bowen :
. Lésion érythémateuse, squameuse, survenant chez la femme ménopausée.
. Transformation invasive inéluctable en l’absence de traitement.
– Papulose bowenoïde :
. Atteint surtout les femmes jeunes (20-40 ans).
. Risque de transformation invasive : 10 % des cas, surtout en cas d’immunodépression ou de lésions extensives.
2) Dysplasie différenciée (liée au LSV) :
– Lésions leucoplasiques ou érythro-leucoplasiques, associées à une hyperplasie épithéliale modérée.
– Localisées à la partie inférieure de l’épithélium, sur un lichen scléreux vulvaire (LSV) non traité.
– Risque de transformation maligne si le LSV n’est pas pris en charge.
4. Symptomatologie :
– Lésion vulvaire :
. Tumeur indurée, saignante au contact, de taille variable.
. Ulcération ou masse bourgeonnante.
. Prurit ou douleur locale (surtout en cas de surinfection).
– Adénopathies inguinales : présentes dans 40 à 60 % des cas au diagnostic.
– Symptômes associés :
. Dysurie, pollakiurie (si extension à l’urètre).
. Saignements ou douleurs aux rapports (dyspareunie).
5. Diagnostic :
– Examen clinique :
. Inspection et palpation de la vulve et des aires ganglionnaires inguinales.
. Colposcopie pour évaluer l’extension locale.
– Biopsie :
. Preuve histologique indispensable.
. Prélèvement large pour évaluer le degré d’invasion et le type histologique.
6. Bilan d’extension :
– IRM pelvienne ou TDM pour évaluer l’extension locale et ganglionnaire.
– PET-scan en cas de suspicion de métastases.
7. Traitement :
1) Traitement chirurgical (standard) :
– Exérèse locale :
. Pour les tumeurs < 2 cm (T1) : exérèse avec marge de 2 cm (8 mm en histologie) + ganglion sentinelle.
. Vulvectomie partielle ou totale pour les lésions plus étendues.
– Curage ganglionnaire :
. Ganglion sentinelle : si positif → curage inguinal complet.
. Radiothérapie inguinale : proposée en cas d’atteinte ganglionnaire.
2) Traitement des formes avancées :
– Tumeurs > 2 cm (T2) :
. Vulvectomie élargie + curage inguinal.
. Radiothérapie inguinale si ganglions positifs.
– Tumeurs T3 (envahissement urètre/vagin/anus) :
. Radio-chimiothérapie néoadjuvante (cisplatine + 5-FU) pour réduire la taille tumorale et limiter la mutilation.
. Chirurgie de rattrapage si bonne réponse.
3) Traitements complémentaires :
– Radiothérapie :
. Contre-indiquée sur la vulve (mauvaise tolérance cutanée).
. Indiquée sur les aires ganglionnaires en cas d’atteinte.
– Chimiothérapie :
. Palliative pour les formes métastatiques (cisplatine, paclitaxel).
. Immunothérapie (pembrolizumab) en cas de tumeur MSI-H ou dMMR (rare).
4) Morbidité et pronostic :
– Morbidité postopératoire :
. Désunion cicatricielle (30 %).
. Incontinence urinaire (10-15 %).
. Lymphœdème des membres inférieurs (si curage inguinal).
– Pronostic :
Survie à 5 ans :
. 80 % pour les T1N0 (tumeur < 2 cm, ganglions négatifs).
. 48 % pour les tumeurs opérables < 3 cm.
. < 20 % pour les stades avancés/métastatiques.
8. Suivi et prévention :
– Suivi :
. Examen clinique tous les 3-6 mois pendant 2 ans, puis annuel.
. IRM pelvienne en cas de suspicion de récidive.
– Prévention :
. Traitement du lichen scléreux vulvaire (LSV).
. Vaccination anti-HPV (efficace contre les types 16 et 18).
. Arrêt du tabac.
. Dépistage des VIN chez les femmes à risque.
9. Points clés à retenir :
| Aspect | Détails |
|---|---|
| Épidémiologie | Âge moyen : 70 ans ; 95 % sur LSV ; augmentation liée au VPH/tabac. |
| Histologie | 90 % de carcinomes épidermoïdes ; 5 % de mélanomes. |
| Lésions précancéreuses | Maladie de Bowen (transformation inéluctable) ; papulose bowenoïde (10 % de risque invasif). |
| Diagnostic | Biopsie + IRM pelvienne + bilan ganglionnaire. |
| Traitement | Chirurgie (vulvectomie + ganglion sentinelle) ; radiothérapie inguinale si ganglions positifs. |
| Pronostic | Survie à 5 ans : 80 % (T1N0) à < 20 % (stades avancés). |










