1. Introduction :
La trichomonase représente l’IST non virale la plus répandue dans le monde.
Causée par le protozoaire Trichomonas vaginalis, cette affection touche particulièrement les femmes en âge de procréer, bien que les hommes puissent également être infectés.
Malgré son incidence élevée, il s’agit d’une pathologie entièrement curable lorsqu’elle est correctement diagnostiquée et traitée.
2. Agent pathogène :
Trichomonas vaginalis est un protozoaire flagellé du genre Trichomonas, observé pour la première fois par Alfred Donné en 1836.
Sa présence sur les muqueuses génito-urinaires détermine la trichomonase uro-génitale.
Il n’existe pas de forme kystique (forme résistante dans le milieu extérieur) ; uniquement la forme végétative.
Le parasite se développe préférentiellement dans les environnements chauds et humides du système reproducteur.
Très sensible aux conditions environnementales in vivo, le parasite peut survivre jusqu’à 24 heures dans le milieu extérieur si les conditions lui sont favorables.
Le plus souvent asymptomatique, une infection accompagnée de symptômes principalement urogénitaux peut apparaitre : on parle alors de trichomonose.
Ce parasite exclusif de l’être humain présente plusieurs caractéristiques importantes :
– Très sensible à la dessiccation, nécessitant des milieux humides pour survivre.
– Réservoir naturel : le vagin.
– Ne survit pas dans le rectum ou la bouche.
– Capable de survivre 30 minutes à 3 heures sur divers supports humides.
Le portage asymptomatique est fréquent, ce qui facilite la dissémination de l’infection.
3. Épidémiologie :
1) Ampleur mondiale :
Largement répandu à travers le monde, l’OMS estime que plus de 250 millions de personnes seraient infestées chaque année, aussi bien des hommes que des femmes.
La région africaine concentre environ un tiers des nouvelles infections dans cette tranche d’âge, suivie par la région des Amériques.
2) Évolution et prévalence :
Autrefois très fréquentes, les vaginites à Trichomonas sont devenues nettement plus rares depuis quelques années, représentant environ 10 % des infections vaginales.
Néanmoins, malgré l’existence de nombreux porteurs sains, particulièrement chez les hommes, Trichomonas vaginalis conserve un rôle pathogène significatif dans les deux sexes :
– La vaginite à Trichomonas vaginalis représente 50 % des vaginites avec leucorrhées.
– Responsable de 30 % des urétrites non gonococciques (le plus souvent subaiguës).
– Peut causer des balano-posthites.
4. Physiopathologie et transmission :
1) Mode de transmission :
Trichomonas vaginalis est un protozoaire flagellé qui colonise le tractus urogénital.
– La transmission s’effectue quasi-exclusivement par voie sexuelle, lors de rapports non protégés avec un partenaire infecté.
– La transmission non sexuelle est possible mais rare (sièges de toilette, échange de serviettes de toilette humides, gants de toilette, maillots de bain et autres sous-vêtements humides), le parasite pouvant survivre jusqu’à 24 heures dans le milieu extérieur si les conditions lui sont favorables.
Cette transmission est favorisée par un pH vaginal alcalin.
Il est recommandé de rechercher sa présence chez les personnes atteintes d’autres IST, car ce dernier peut augmenter leur transmission du fait de l’inflammation qu’il provoque au niveau urogénital.
2) Localisation du parasite :
– Chez la femme : on le retrouve comme parasite de :
. La cavité vaginale et l’urètre (sites principaux).
. La vessie.
. Les glandes de Skène et de Bartholin.
– Chez l’homme : on le trouve au niveau de :
. L’urètre.
. Le sillon balano-préputial.
. Les vésicules séminales.
. La prostate.
5. Manifestations cliniques :
La période d’incubation du parasite s’échelonne de 4 à 28 jours après contamination.
Le plus souvent, l’infestation est asymptomatique chez l’homme (90 % des cas). Dans 80 % des cas environ, des symptômes sont en revanche présents chez la femme.
1) Chez la femme :
La présentation clinique chez la femme est variable.
La trichomonase se manifeste principalement par une vulvo-vaginite accompagnée de sécrétions vaginales le plus souvent abondantes, malodorantes ou pas, d’aspect mousseux, prenant une coloration verdâtre, parfois blanchâtres.
Ces pertes vaginales peuvent présenter un aspect purulent et s’accompagner de plusieurs manifestations :
– Prurit ou brûlures au niveau de la vulve et du vagin.
– Dysurie (douleurs à la miction).
– Dyspareunie.
– Inflammation vaginale avec rougeur et sensibilité.
L’examen clinique au spéculum peut révéler un écoulement vaginal caractéristique et des signes inflammatoires de la muqueuse.
2) Chez l’homme :
La symptomatologie masculine est généralement discrète, avec une majorité d’infections asymptomatiques (90 % des cas), d’où son dépistage difficile et sa dissémination facile.
Néanmoins, certains patients peuvent présenter :
– Urétrite, responsable parfois d’une petite sérosité matinale discrète au niveau du méat urinaire.
– Dysurie.
– Irritations péniennes.
Plus exceptionnellement, l’infection peut se compliquer d’une prostatite.
6. Diagnostic :
1) Approche Clinique :
L’évaluation diagnostique débute par un interrogatoire approfondi explorant les antécédents médicaux et sexuels du patient, complété par un examen génital minutieux incluant un examen au spéculum chez la femme.
2) Méthodes de laboratoire :
Plusieurs techniques diagnostiques sont disponibles :
– Examen microscopique direct :
Observation du parasite mobile sur frottis frais.
– Culture :
Le parasite peut être mis en évidence par culture en milieu Roiron (mais qui nécessite d’attendre 3 à 7 jours).
– Tests antigéniques :
Détection des antigènes spécifiques de T. vaginalis.
– Tests moléculaires (PCR) :
Le diagnostic moléculaire consiste à mettre en évidence l’ADN du parasite à partir d’un prélèvement génital, urinaire ou de pus.
La technique utilisée est la PCR, très spécifique, sensible et fiable ; elle consiste à amplifier l’ADN du parasite éventuellement présent dans le prélèvement pour confirmer sa présence.
Cette technique, non remboursée, doit faire l’objet d’une prescription spécifique et n’est pas réalisée lors de l’examen d’un prélèvement vaginal de routine.
Les échantillons vaginaux ou endocervicaux sont privilégiés pour les analyses diagnostiques.
7. Complications :
1) Complications périnatales :
L’infection non traitée pendant la grossesse expose à plusieurs risques obstétricaux majeurs :
– Faible poids de naissance.
– Accouchement prématuré.
– RPM.
– Transmission périnatale (rare) avec infections vaginales et respiratoires néonatales.
2) Association avec le VIH :
Chez la femme, la trichomonase peut augmenter le risque de contamination par le VIH lors de rapports sexuels avec un ou une partenaire porteur du virus du SIDA.
L’infection à T. vaginalis multiplie par 1,5 le risque d’acquisition du VIH, soulignant l’importance d’un dépistage associé des autres IST.
8. Traitement :
Le traitement de la trichomonase repose sur l’administration par voie orale d’un médicament antiparasitaire de la famille des nitro-imidazolés.
Les molécules de première intention sont :
– Métronidazole : traitement de référence.
– Tinidazole ou secnidazole : alternatives thérapeutiques.
Le traitement par métronidazole peut-être monodose (traitement « minute » de 2 g) ou à prendre sur plusieurs jours selon les symptômes (500 mg x 2/jour per os pendant 7 jours).
Bien que la résistance reste rare, des échecs thérapeutiques peuvent survenir dans une faible proportion de cas, nécessitant le recours à des schémas thérapeutiques de deuxième intention sous supervision médicale.
Dans tous les cas, même en l’absence de symptômes, il est recommandé de traiter simultanément le ou les partenaires de la personne infestée. En cas de traitements simultanés, le taux de guérison peut atteindre 90 %.
9. Prévention :
Il n’existe pas de vaccin permettant de se prémunir d’une infection à Trichomonas vaginalis.
La prévention de la trichomonase repose sur plusieurs stratégies complémentaires :
1) Prévention primaire :
L’utilisation systématique et correcte du préservatif lors des rapports sexuels constitue la méthode la plus efficace pour prévenir la transmission de la trichomonase et de nombreuses autres IST.
2) Notification des partenaires :
Les patients diagnostiqués doivent informer leurs partenaires sexuels pour interrompre la chaîne de transmission.
Si nécessaire, cette notification peut être effectuée avec l’assistance d’un professionnel de santé.
3) Dépistage associé :
En cas de diagnostic confirmé, il est recommandé de réaliser un dépistage complémentaire des autres IST, notamment le VIH et la syphilis.
10. Conclusion :
La trichomonase demeure une IST majeure en termes de santé publique, par sa fréquence et ses complications potentielles.
Son caractère curable et évitable en fait une cible privilégiée des programmes de prévention et de dépistage.
La sensibilisation à l’utilisation du préservatif, l’amélioration de l’accès au diagnostic et la notification systématique des partenaires constituent les piliers d’une stratégie efficace de contrôle de cette infection.
Le dépistage demeure particulièrement important chez l’homme, où l’infection est asymptomatique dans 90 % des cas, favorisant ainsi la transmission silencieuse de cette IST.