1. Définition :
Le préservatif masculin (condom) est un fourreau de latex ou de polyuréthane, fin et résistant, de 15 à 20 cm de longueur et 3 à 4 cm de diamètre, destiné à envelopper la verge en érection afin de retenir le sperme à l’éjaculation et d’empêcher le contact muqueux direct entre les partenaires.
Il s’agit à la fois d’une méthode contraceptive mécanique et de la seule contraception ayant démontré une efficacité protectrice vis-à-vis des IST.
Cette double propriété lui confère une place irremplaçable dans la stratégie de santé sexuelle.
La composition du préservatif peut varier selon le matériau utilisé :
– Latex naturel : standard, le plus courant ; incompatible avec les lubrifiants huileux (dégradation du latex)
– Polyuréthane : indiqué en cas d’allergie au latex ; plus coûteux mais plus résistant, meilleur ressenti thermique ; compatible avec tout type de lubrifiant
– Polyisoprène : alternative au latex pour les allergiques, confort proche du latex naturel
2. Historique :
Les premières attestations d’une protection barrière pénienne remontent à l’Égypte ancienne (1350–1200 av. J.-C.), sous forme d’un fourreau en lin imprégné d’huile d’olive.
La première description médicale écrite est attribuée à l’anatomiste italien Gabriel Falloppe (1523–1562), qui mentionne dans son traité De Morbo Gallico (1564) un fourreau de toile de lin imbibé d’une solution antiseptique, utilisé à titre préventif contre la syphilis.
Au XVIIIe siècle, le terme condom s’impose, issu soit du latin condus (celui qui recueille et préserve), soit du nom apocryphe d’un médecin hygiéniste anglais ayant popularisé son usage prophylactique.
Les années 1960–1970 voient son recul au profit des antibiotiques et de la contraception hormonale.
L’émergence de l’épidémie à VIH dans les années 1980 relance sa prescription comme outil majeur de prévention des IST.
Depuis, son usage associé (double protection) est recommandé par toutes les agences sanitaires internationales.
3. Mécanisme d’action :
Le préservatif masculin est une méthode barrière mécanique. Il agit à deux niveaux :
Effet contraceptif : il s’oppose physiquement au dépôt du sperme dans le vagin, empêchant les spermatozoïdes d’atteindre la glaire cervicale. Il ne modifie ni le cycle ovulatoire ni l’écosystème vaginal.
Effet préventif IST : il constitue une barrière imperméable aux agents pathogènes véhiculés par les sécrétions génitales (virus, bactéries, parasites), à condition d’être utilisé de manière correcte et constante.
POINT ESSENTIEL — PRÉVENTION DES IST
Le préservatif masculin est la seule méthode contraceptive ayant fait la preuve de son efficacité dans la prévention de la transmission des IST, incluant VIH, gonocoque, chlamydia, syphilis et herpès génital. Son utilisation est recommandée dès lors que les pratiques sexuelles exposent à un risque d’IST (partenaires multiples, relations occasionnelles, statut sérologique inconnu).
4. Efficacité contraceptive – indice de pearl :
L’efficacité contraceptive est exprimée par l’indice de Pearl, qui représente le nombre de grossesses survenant pour 100 femmes utilisant la méthode pendant 12 mois.
| Usage parfait | Usage courant | Efficacité théorique | Efficacité pratique |
|---|---|---|---|
| Pearl = 2 | Pearl = 13–18 | 97–98 % | 82–87 % |
L’écart significatif entre efficacité théorique et efficacité pratique reflète les erreurs d’utilisation : pose tardive, retrait prématuré, déchirure, glissement, utilisation d’un lubrifiant huileux avec un préservatif en latex, stockage inadéquat ou dépassement de la date de péremption.
5. Mode d’emploi – bonnes pratiques :
– Conditions préalables : le préservatif doit obligatoirement porter la norme CE ou NF. Il doit être conservé à l’abri de la chaleur, de la lumière et de tout frottement (éviter le portefeuille ou une poche arrière). Sa date de péremption doit être vérifiée avant usage.
. Ouvrir l’emballage avec précaution, sans outil tranchant ni ongles, par la découpe prévue à cet effet.
. Vérifier le sens d’enroulement avant pose.
. Pincer le réservoir terminal entre le pouce et l’index afin d’en chasser l’air.
. Dérouler le préservatif jusqu’à la base de la verge en érection, avant tout contact génital.
. Utiliser un lubrifiant hydrosoluble si nécessaire (jamais huileux avec le latex).
. Après éjaculation, retirer la verge avant la détumescence, en maintenant fermement le préservatif à sa base.
. Jeter le préservatif à usage unique ; ne jamais le réutiliser ni le retourner.
. Ne jamais utiliser simultanément préservatif masculin et préservatif féminin (risque de déchirure par friction).
– Un nouveau préservatif est nécessaire pour chaque rapport sexuel et pour chaque partenaire.
6. Avantages :
– Double protection : contraceptive et préventive vis-à-vis des IST (papillomavirus (condylomes), herpès-virus, hépatite B, HIV, chlamydiae).
– Méthode non hormonale, sans contre-indication médicale systémique.
– Facilité d’obtention : pas de consultation médicale préalable, pas de prescription, diversité des lieux de vente (pharmacie, internet, grandes surfaces, distributeurs automatiques…).
– Faible coût.
– Innocuité.
– Utilisable à tout moment, sans délai d’installation ni de sevrage.
– Compatible avec l’allaitement et les suites de couches immédiates.
– Participation active du partenaire masculin à la contraception du couple.
– Association possible à d’autres méthodes (double contraception).
– Absence d’effet sur la fertilité à l’arrêt.
– Rôle protecteur vis-à-vis du cancer du col de l’utérus (réduction de l’exposition au HPV).
Deux réserves doivent cependant être émises, concernant les infections à Papillomavirus et à Herpès-virus : en cas de lésions scrotales (non recouvertes par le préservatif) : une contamination risque de se produire.
7. Inconvénients et facteurs d’échec :
L’efficacité contraceptive en conditions réelles reste inférieure aux méthodes hormonales ou au DIU, en raison du risque d’erreur d’utilisation et des accidents mécaniques :
– Rupture du préservatif (incidence estimée : 1 à 5 % des utilisations selon les études).
– Glissement en cours ou en fin de rapport : pour le limiter choisir une taille adaptée, ne pas mettre de lubrifiant à l’intérieur du préservatif, l’homme doit se retirer rapidement après l’éjaculation.
– Pose tardive (après contact génital pré-éjaculatoire).
– Retrait prématuré avant la fin du rapport.
– Utilisation d’un lubrifiant lipidique avec le latex (vaseline, huiles).
– Stockage inadéquat ou dépassement de la date de péremption.
– Allergie au latex (1 à 3 % de la population générale).
– Diminution des sensations rapportée par certains utilisateurs.
– Nécessité de coopération et d’anticipation à chaque rapport.
En cas de rupture ou de glissement, la contraception d’urgence (lévonorgestrel ou ulipristal acétate) doit être proposée dans les délais recommandés (respectivement 72 h et 120 h). Une consultation pour dépistage IST doit être envisagée selon le contexte.
8. Indications préférentielles :
– Toute situation exposant au risque d’IST : partenaires multiples, relation occasionnelle, statut sérologique non connu.
– Adolescents — première contraception, systématiquement associée à une méthode hormonale si contraception exclusive visée (double protection).
– Post-partum immédiat, avant reprise d’une contraception hormonale ou pose d’un DIU.
– Période périovulatoire en cas d’oubli de pilule ou d’échec de méthode principale.
– Rapport occasionnel en dehors d’une contraception régulière.
– Contre-indication aux méthodes hormonales ou au DIU.
– Utilisation ponctuelle en complément d’une autre méthode dans les situations à risque.
– Partenaire séropositif(ve) au VIH, même sous traitement avec charge virale indétectable (safer sex).
9. Cas particulier : allergie au latex :
L’allergie au latex (latex d’Hevea brasiliensis) touche 1 à 3 % de la population générale et jusqu’à 10 % du personnel de santé exposé chroniquement. Elle peut se manifester par :
– Urticaire de contact (type IV, hypersensibilité retardée) — le plus fréquent.
– Angio-œdème génital ou vulvaire.
– Réaction anaphylactique (rare mais grave) — hypersensibilité immédiate de type I, IgE-médiée.
En cas d’allergie confirmée au latex, les préservatifs en polyuréthane ou en polyisoprène sont indiqués. Ils présentent des caractéristiques comparables en termes d’efficacité contraceptive et de protection IST, mais restent plus coûteux et moins disponibles.
10. Délivrance, remboursement et populations cibles :
| Modalité | Détail |
|---|---|
| Prescription | Non obligatoire — disponible sans ordonnance |
| Remboursement (France) | Non remboursable par l’Assurance Maladie (sauf protocoles locaux spécifiques) |
| Gratuité en pharmacie | Gratuit pour les moins de 26 ans depuis janvier 2023 (France) sur présentation de la carte Vitale |
| Centres gratuits | Planning familial, CeGIDD, CPAM, lycées (infirmeries) |
| Norme obligatoire | Marquage CE (norme EN ISO 4074) ou NF obligatoire |
Points clés
– Seule méthode contraceptive assurant simultanément une protection contre les IST.
– Efficacité théorique : indice de Pearl à 2 ; efficacité pratique nettement inférieure (Pearl 13-18) – l’éducation à l’utilisation est déterminante.
– Recommandé en systématique chez l’adolescente, souvent en association à une méthode hormonale (double protection).
– Incompatible avec les lubrifiants à base d’huile pour les modèles en latex.
– Utilisation unique, à chaque rapport, dès le début du rapport (avant tout contact génital).
– Contre-indication relative : allergie au latex → recourir au polyuréthane ou polyisoprène.
– Tout accident (rupture, glissement) impose d’envisager contraception d’urgence et dépistage IST.
– La femme et l’homme doivent être tous deux informés des possibilités de rattrapage contraceptif.