La contraception de la femme épileptique est un sujet complexe en raison des interactions pharmacocinétiques réciproques entre antiépileptiques et contraceptifs hormonaux.

Une prescription inadaptée peut entraîner soit un échec contraceptif, soit une aggravation épileptique.

C’est un point souvent négligé mais essentiel, car une grossesse non planifiée sous antiépileptique tératogène est une situation à haut risque.

1. Le problème central : les inducteurs enzymatiques

Certains antiépileptiques sont inducteurs du cytochrome P450 et réduisent l’efficacité des contraceptifs hormonaux de 50 à 75 % :

Inducteurs enzymatiquesNon-inducteurs
Carbamazépine (Tégrétol ®)Acide valproïque (Dépakine ®)
Phénobarbital (Gardénal ®)Lévétiracétam (Keppra ®)
Phénytoïne (Di-Hydan ®)Lamotrigine (Lamictal ®)
Oxcarbazépine (Trileptal ®)Gabapentine (Neurontin ®)
PrimidoneClonazépam (Rivotril ®)
Topiramate ≥ 200 mg/j (Epitomax ®)Vigabatrine (Sabril ®)

Nb : Le topiramate est inducteur enzymatique à dose élevée (≥ 200 mg/j) et peut réduire l’efficacité des contraceptifs hormonaux même à doses intermédiaires.

2. Choix de la contraception :

1) Méthodes recommandées selon le contexte :

a) Sous inducteurs enzymatiques :

– DIU (cuivre ou au lévonorgestrel) : méthode de première intention. Efficacité totalement indépendante du métabolisme hépatique. A privilégier systématiquement.

– Injection de médroxyprogestérone (Depo-Provera ®) : acceptable (dépôt intramusculaire, indépendant du métabolisme oral), mais retour à la fertilité retardé.

– Implant sous-cutané (Nexplanon ®) : à éviter : des grossesses ont été rapportées sous inducteurs enzymatiques malgré l’implant.

– Pilule combinée estroprogestative (CHC) : non fiable sous inducteurs : efficacité insuffisante quelle que soit la dose. A proscrire dans ce contexte.

– Microprogestatifs oraux (désogestrel, Cerazette ®) : efficacité réduite sous inducteurs : fiabilité insuffisante.

b) Sous non-inducteurs :

– Toutes les méthodes hormonales sont utilisables.

– Exception lamotrigine : les estroprogestatifs réduisent les taux plasmatiques de lamotrigine de 40 à 55 %, avec risque d’aggravation des crises, notamment lors de la semaine d’arrêt (pilule cyclique). Préférer une contraception sans œstrogène (DIU, implant, microprogestatif en continu) ou une pilule prise en continu sans interruption.

3. Contraception d’urgence sous inducteurs enzymatiques :

– DIU au cuivre : seule méthode fiable dans ce contexte. À poser dans les 5 jours suivant le rapport non protégé.

– Lévonorgestrel (Norlevo ®) : efficacité insuffisante sous inducteurs.

– Ulipristal acétate (EllaOne ®) : efficacité insuffisante sous inducteurs.

4. Reprise de la contraception en post-partum :

MéthodeDélai recommandé
DIU (cuivre ou LNG)< 48 h post-partum (insertion immédiate) ou ≥ 4 semaines
Implant sous-cutanéÀ partir de J21
Progestatifs seulsJ21–J42 (selon allaitement)
CHC (pilule combinée)Contre-indiqué avant 6 semaines post-partum (risque thromboembolique)

5. Cas particulier : acide valproïque et Programme de Prévention des Grossesses (PPG)

L’acide valproïque (Dépakine ® et génériques) est soumis à un Programme de Prévention des Grossesses (PPG) réglementaire en France (HAS/ANSM).

Obligations :

– Contraception efficace et documentée obligatoire chez toute femme en âge de procréer, quel que soit l’indication (épilepsie ou troubles bipolaires).

– Le choix de la méthode contraceptive doit être tracé dans le dossier médical.

– Réévaluation annuelle obligatoire, avec formulaire de consentement signé.

– En pratique : le DIU (cuivre ou LNG) est la méthode de référence dans ce cadre.

C’est un point souvent négligé mais essentiel, car une grossesse non planifiée sous antiépileptique tératogène est une situation à haut risque.

Anticonvulsivants et contraceptifs estroprogestatifs
Anticonvulsivants contre-indiquant ou autorisant l’usage des contraceptifs estroprogestatifs Classification selon l’effet inducteur enzymatique sur le CYP3A4 — Mise à jour 2024–2025
Anticonvulsivants contre-indiquant en principe les estroprogestatifs (inducteurs enzymatiques — les rendant inefficaces) Anticonvulsivants ne contre-indiquant pas les estroprogestatifs (non inducteurs enzymatiques)
DCI Spécialité(s) DCI Spécialité(s)
Phénytоïne
Fosphénytоïne
Di-Hydan®
Prodilantin®
Valporate de sodium Dépakine®
Phénobarbital Gardénal® Éthosuximide Zarontin®
Primidone Mysoline® Gabapentine Neurontin®
Carbamazépine Tégrétol® Lamotrigine Lamictal®
Oxcarbazépine Trileptal® Tiagabine Gabitril®
Topiramate Epitomax® Vigabatrin Sabril®
Rufinamide Ajout Inovelon® Lévétiracétam Keppra®
Felbamate Taloxa® Prégabaline Lyrica®
    Zonisamide Zonegran®
Lamotrigine (∗) — Interaction bidirectionnelle La lamotrigine n’est pas inductrice enzymatique et ne réduit pas l’efficacité des estroprogestatifs. Cependant, les contraceptifs oraux combinés (éthinylestradiol) induisent le métabolisme de la lamotrigine via UGT1A4, réduisant ses concentrations plasmatiques de 40 à 50 % avec risque de perte de contrôle des crises. Des cas de grossesse ont été rapportés sous cette association. Le DIU au cuivre ou au lévonorgestrel est le premier choix chez la femme sous lamotrigine. Surveillance clinique renforcée si COP prescrit.
Topiramate (†) — Inducteur dose-dépendant et tératogène L’effet inducteur est établi, notamment à dose ≥ 200 mg/jour. Certaines sources le considèrent inducteur quelle que soit la dose. Par ailleurs, le topiramate est un tératogène reconnu (risque de fentes palatines, troubles neuro-développementaux) : il est contre-indiqué pendant la grossesse et impose une contraception efficace non hormonale ou un COP fortement dosé (> 50 µg EE). Spécialité : Epitomax® (anciennement Topamax®).
Felbamate (‡) — Inducteur progestatif-spécifique Le felbamate agit par augmentation de la clairance dugestène sans effet sur l’éthinylestradiol. Son effet sur les autres progestatifs est incertain. Éviter les contraceptifs oraux contenant du gestodène. Usage hospitalier restreint en France.
Valproate de sodium — Non inducteur mais tératogène majeur Le valproate ne réduit pas l’efficacité contraceptive (colonne verte justifiée). Toutefois, il est contre-indiqué chez la femme enceinte et impose un Programme de Prévention de la Grossesse (PPG) obligatoire avec contraception efficace documentée (ANSM, Dépakine). Ce classement ne dispense pas d’une contraception rigoureuse.
Règle générale — Alternatives recommandées sous inducteurs enzymatiques Privilégier le DIU au cuivre ou au lévonorgestrel (action locale, non influencés par les inducteurs enzymatiques). L’acétate de médroxyprogestérone injectable (Depo-Provera®) n’est pas influencé par le CYP3A4. L’implant à l’éton ogestrel et la contraception orale progestative seule sont contre-indiqués sous inducteurs enzymatiques. L’effet inducteur persiste jusqu’à 4 semaines après l’arrêt du traitement.
Sources et références HAS — Contraception hormonale orale : dispensation en officine (révisé) • CNGOF — RPC Contraception 2018 (Interactions médicamenteuses) • ANSM — RCP Lamictal®, Epitomax®, Dépakine® (mis à jour 2022–2024) • CBIP / Folia Pharmacotherapeutica — Interactions contraceptifs hormonaux, nov. 2021 • Vidal.fr — Épilepsie chez la femme en âge de procréer (2024) • FSRH Clinical Guidance — Drug interactions with hormonal contraception (révisé 2025)
Outil d’aide à la décision clinique à usage professionnel médical. Ne se substitue pas au jugement clinique individuel ni à la consultation du RCP de chaque spécialité. Vérifier les mises à jour auprès des sources institutionnelles (ANSM, HAS, Vidal). — Dr KARA-ZAITRI M.A., gynécologie-obstétrique — dr-karazaitri-ma.net
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