La cœlioscopie reste l’un des outils majeurs de la prise en charge des kystes ovariens.

Son rôle a toutefois changé. Grâce à l’évaluation préopératoire (échographie avec score IOTA ou O-RADS, IRM de seconde ligne), on sélectionne les patientes à opérer.

La cœlioscopie sert alors surtout à confirmer la nature ovarienne de la lésion, à la traiter et à obtenir le diagnostic histologique.

Elle présente de multiples intérêts :

– Élimination des lésions non ovariennes :

. les hydrosalpinx (qui à l’échographie, en l’absence d’hystérosalpingographie, peuvent parfois en imposer pour une tumeur séreuse de l’ovaire),

. l’hématosalpinx, plus rarement,

. les kystes paraovariens ou développés à partir des reliquats embryonnaires (hydatide, paroophore),

. les fibromes sous-séreux pédiculés, plus ou moins inclus dans le ligament large,

. exceptionnellement une tumeur de la trompe,

. certaines formations pseudo-kystiques développées aux dépens du péritoine pelvien, de nature inflammatoire, facilement reconnues (pelvis visqueux),

. en zone d’endémie, la tuberculose péritonéale pseudo-tumorale, qui simule une carcinose ou un cancer de l’ovaire et dont le diagnostic de certitude repose sur les biopsies.

– La cœlioscopie permet le diagnostic et parfois le traitement de la torsion d’annexes, qui est une urgence chirurgicale.

– Elle permet de traiter les kystes d’aspect bénin avec les avantages de la mini-invasivité.

Les cœlioscopies de « second look » dans le cancer de l’ovaire ne sont plus pratiquées en routine, faute de bénéfice démontré sur la survie.

Caractéristiques morphologiques des kystes ovariens : aspect cœlioscopique

CritèreKyste fonctionnelKyste organique bénin
Ligament utéro-ovarienNormalSouvent allongé
Paroi du kysteFine et translucide ; parfois, plages jaunes de lutéinisationLe plus souvent épaisse (peut être fine dans certains cystadénomes séreux)
Vaisseaux ovariensPlus rares, coralliformesRéguliers à partir du mésovarium (en peigne)
Liquide kystiqueClair, jaune citrin, safran ou hématiqueVariable selon l’histologie : clair (séreux), muqueux (mucineux), chocolat (endométriome) ; contenu sébacé avec poils (dermoïde)
Aspect interne de la paroiRétinoïdeLe plus souvent lisse ; cloisons possibles (kystes multiloculaires)

Aucun aspect cœlioscopique ne permet d’affirmer la bénignité

Un kyste à paroi interne lisse n’est pas forcément bénin. Signes de suspicion :

  • Végétations intrakystiques ou excroissances de la surface ovarienne
  • Paroi épaisse et irrégulière, composante solide
  • Vascularisation anarchique
  • Ascite, implants péritonéaux, adénopathies
  • Atteinte bilatérale, ménopause

En cas de doute : ne pas rompre le kyste, extraction protégée, examen anatomopathologique (extemporané si besoin) et avis oncologique.

Au total :

– si le kyste est manifestement bénin : plusieurs traitements cœlioscopiques sont bien codifiés (kystectomie, annexectomie), la cœlioscopie étant la voie de référence (CNGOF 2013, grade A) ;

– si l’aspect est douteux ou suspect : la conduite est adaptée à la suspicion (voir section 2) : avis d’un centre expert, absence de rupture de la lésion, extraction protégée, et conversion en laparotomie si nécessaire.

Elle n’est pas indiquée pour un kyste uniloculaire liquidien pur de moins de 10 cm, asymptomatique, chez une femme sans antécédent oncologique. Dans cette situation, l’abstention thérapeutique (surveillance) est une option possible (grade B).

1. Indications :

La cœlioscopie est indiquée dans les situations suivantes :

– suspicion de torsion d’annexe (urgence : détorsion conservatrice),

– kyste symptomatique de façon persistante (douleur pelvienne),

– kyste volumineux (10 cm ou plus),

– kyste dont l’aspect devient suspect ou indéterminé (IOTA) ou classé O-RADS US 4 ou 5, après IRM,

– kyste organique nécessitant un traitement (dermoïde, endométriome symptomatique),

– masse indéterminée après échographie et IRM,

– antécédent oncologique personnel (sein, ovaire),

– complication aiguë (rupture hémorragique mal tolérée).

2. Cœlioscopie diagnostique :

Son but est de confirmer l’origine ovarienne de la lésion, d’apprécier son aspect macroscopique, de rechercher des signes de malignité et d’orienter la conduite à tenir.

Elle précède le plus souvent le geste thérapeutique, dans le même temps opératoire.

Elle se déroule en trois temps : installation et exploration, décision selon l’aspect, puis geste.

1) Installation et exploration :

L’inspection confirme l’origine ovarienne de la lésion kystique et élimine les hydrosalpinx et les faux-kystes péritonéaux.

– En cas de suspicion de malignité ou de carcinose, les trocarts sont placés sur la ligne médiane.

– Un prélèvement de cytologie péritonéale (liquide d’ascite ou lavage péritonéal) est réalisé avant toute manipulation de la tumeur, en particulier si la lésion est suspecte.

– Une étude minutieuse de toutes les faces de l’ovaire est possible après sa mobilisation à l’aide d’une pince atraumatique placée sur son ligament utéro-ovarien, et une éventuelle adhésiolyse.

– On recherche des végétations exokystiques.

– On apprécie sa taille, son type de vascularisation (par transparence), sa nature, ainsi que la longueur du ligament utéro-ovarien.

– L’ovaire controlatéral est examiné, ainsi que le reste de la cavité péritonéale (Douglas, gouttières pariéto-coliques, appendice, foie, coupoles diaphragmatiques, épiploon…) à la recherche de signes d’extension d’une tumeur maligne.

2) Décision selon l’aspect de la lésion :

a) Lésion d’aspect bénin (lisse, régulière, sans végétation) :

– Le traitement cœlioscopique peut être poursuivi : kystectomie chez la femme non ménopausée, annexectomie après la ménopause ou en cas de kystectomie impossible.

– La ponction à visée diagnostique n’est plus recommandée (CNGOF 2013, grade B). Elle n’apporte pas d’information fiable, expose à la rupture du kyste et est contre-indiquée en cas de suspicion de malignité, de kyste borderline, dermoïde ou mucineux.

– Le dosage de marqueurs tumoraux dans le liquide du kyste (estradiol, CA 125, CA 19-9, ACE, β-hCG) n’a pas de valeur diagnostique validée. Le bilan repose sur l’imagerie et sur les marqueurs sériques.

– La distinction entre kyste fonctionnel et kyste organique repose sur l’échographie, l’évolution et l’examen anatomopathologique, et non sur l’aspect macroscopique seul.

– Si une évacuation est nécessaire pour extraire un kyste volumineux, elle est faite à l’intérieur d’un sac endoscopique, sans écoulement dans la cavité péritonéale.

b) Lésion suspecte (végétations exokystiques, carcinose, ascite, bilatéralité) :

– Il faut éviter toute rupture de la lésion. La rupture tumorale modifie le stade de la maladie et aggrave le pronostic.

– La prise en charge se fait de préférence avec l’avis d’un centre expert ou d’une RCP d’oncologie gynécologique.

– En cas de carcinose ou de lésion étendue, la cœlioscopie sert à confirmer le diagnostic par des biopsies et à évaluer la résécabilité. La chirurgie de réduction tumorale est ensuite planifiée dans un centre expert.

– En cas de masse annexielle isolée d’allure maligne et de stade apparemment précoce, une annexectomie avec extraction protégée dans un sac, sans rupture, peut être réalisée par cœlioscopie. Elle est suivie, si la malignité est confirmée, d’une stadification complète. Pour les carcinomes épithéliaux de haut grade, la laparotomie médiane reste la voie de référence (ESMO).

– La laparoconversion est décidée en peropératoire si l’on ne peut pas éviter la rupture de la tumeur (CNGOF 2020, grade C pour les tumeurs frontières de l’ovaire).

– L’examen extemporané peut être demandé en cas de masse annexielle isolée. Il n’est pas systématique et ne doit pas retarder une prise en charge adaptée.

3) Geste thérapeutique :

– Kystectomie : technique du stripping, sans rompre le kyste, avec extraction dans un sac à travers l’orifice de cœlioscopie. Le parenchyme ovarien est préservé, et la coagulation bipolaire sur l’ovaire est limitée (réserve ovarienne). Voir le chapitre « Cœlio-chirurgie : kystes ovariens ».

– Annexectomie : après la ménopause, en cas de suspicion de malignité ou si la kystectomie est impossible. Voir le chapitre « Cœlio-chirurgie : annexectomie ».

– La pièce opératoire est systématiquement adressée à l’examen anatomopathologique.

3. Risques et précautions :

– Rupture du kyste avec dissémination (risque majeur en cas de lésion suspecte ou borderline).

– Hémorragie.

– Lésions viscérales ou vasculaires, en particulier lors de l’adhésiolyse.

– Adhérences post-opératoires.

– Altération de la réserve ovarienne (à prendre en compte chez la femme jeune, surtout en cas d’endométriome).

– Conversion en laparotomie.

– Grossesse : un kyste anéchogène asymptomatique de moins de 6 cm relève d’une abstention (grade C). Une chirurgie non urgente est de préférence réalisée au deuxième trimestre, l’urgence (torsion, hémorragie) faisant exception.

Points clés

– La cœlioscopie est la voie de référence pour traiter un kyste d’aspect bénin, mais elle n’est pas indiquée pour un kyste uniloculaire pur, asymptomatique, de moins de 10 cm. Dans ce cas, l’abstention est une option (grade B).

– Pas de ponction diagnostique du kyste : elle n’est pas recommandée, et elle est contre-indiquée si la lésion est suspecte.

– En cas de suspicion de malignité : éviter la rupture, extraire la pièce dans un sac, avis d’un centre expert, laparoconversion si nécessaire (CNGOF 2020, grade C pour les tumeurs frontières de l’ovaire).

– La cœlioscopie de second look n’est pas pratiquée en routine dans le cancer de l’ovaire.

– La torsion d’annexe est une urgence : détorsion conservatrice. Chez la femme ménopausée, une annexectomie est recommandée (grade C). L’absence de recoloration après détorsion n’impose pas l’annexectomie (grade C), car une récupération fonctionnelle est possible.

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